Rabat
top of page

L'ART DU CUIR EST NÉ AU MAROC, L'HISTOIRE D'UNE EXCELLENCE MILLÉNAIRE

L'ART DU CUIR EST NÉ AU MAROC, L'HISTOIRE D'UNE EXCELLENCE MILLÉNAIRE, MAROQUINERIE, MARROQUINERIA, MAROQUIN

Il y a une vérité que les dictionnaires du monde entier portent sans toujours la connaître. En français, en anglais, en espagnol, en allemand, le mot qui désigne l'art du travail du cuir raffiné porte en lui le nom d'un pays. Maroquinerie. Maroquin. Morocco leather. Marroquinería. C'est au XIVe siècle que le terme "maroquin" apparaît dans les langues européennes pour désigner le cuir de chèvre et de mouton tanné du côté du poil, témoignant de l'excellence reconnue du travail du cuir au Maroc, particulièrement dans la Fès almohade. Un pays a tellement dominé un savoir-faire que le monde entier a emprunté son nom pour le désigner. Ce n'est pas une anecdote. C'est une consécration.


L'ART DU CUIR EST NÉ AU MAROC, L'HISTOIRE D'UNE EXCELLENCE MILLÉNAIRE, MAROQUINERIE, MARROQUINERIA, MAROQUIN

Pour comprendre pourquoi, il faut se rendre à Fès dans les entrailles de la ville, là où les ruelles de Fès el Bali rétrécissent jusqu'à ne laisser passer qu'un homme et sa charge, là où l'odeur du cuir travaillé saisit avant même que les yeux ne voient. La tannerie Chouara, nichée au cœur de la médina de Fès, est considérée comme la plus ancienne tannerie du monde encore en activité, ses origines remontant à près de neuf cents ans. Elle a traversé les Almohades, les Mérinides, les Saadiens et les Alaouites sans jamais cesser de fonctionner. Les mêmes gestes, les mêmes cuves, la même lumière sur les bassins colorés. Un proverbe de Fès résume ce que la ville sait de cette industrie depuis des siècles : "Dar Dbagha, Dar Edheb", une maison de tannerie est une maison d'or.


C'est à l'époque de la dynasty des Almohades, au XIIe siècle, que l'art du tannage s'est propagé et structuré dans le Royaume, depuis Fès et Marrakech comme foyers principaux, donnant naissance à une organisation artisanale qui n'a pas de véritable équivalent dans le monde. En 1325, selon les chroniques historiques, on comptait environ 86 maisons de tannerie dans la seule médina de Fès. Aujourd'hui, trois subsistent : Chouara, Sidi Moussa et Ain Azliten. Trois témoins d'un monde qui refuse de disparaître.


L'ART DU CUIR EST NÉ AU MAROC, L'HISTOIRE D'UNE EXCELLENCE MILLÉNAIRE, MAROQUINERIE, MARROQUINERIA, MAROQUIN

La médina de Fès el Bali, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981, organise son espace artisanal avec une logique immémoriale. Le quartier des nejjarrines pour les menuisiers, celui des semmarine pour les dinandiers travaillant le cuivre et l'étain, et le quartier des dabbaghines pour les tanneurs, chaque métier a son territoire, sa corporation, ses règles de transmission. Cette organisation n'est pas le fruit du hasard mais le résultat de siècles de rationalisation artisanale sous l'autorité des dynasties marocaines qui ont fait de Fès le cerveau économique et culturel du Royaume.


La fabrication du cuir marocain suit un processus immuable que les artisans qualifiés, appelés maâlems, transmettent presque exclusivement de père en fils depuis des générations, assurant la pérennité des gestes techniques et la cohésion de la corporation au sein du quartier. Tout commence par le trempage des peaux, bovines, ovines, caprines ou de chameau dans des cuves de chaux vive, d'eau et de sel pendant deux à trois jours, pour décomposer les résidus organiques. Les peaux passent ensuite dans des bassins riches en ammoniaque naturelle, issue traditionnellement de fientes de pigeons, que les tanneurs malaxent à pieds nus pendant plusieurs heures pour obtenir la souplesse souhaitée. Enfin vient la teinture, moment où la tannerie devient peinture. Les pigments naturels donnent leurs couleurs aux cuirs : le safran ou la grenade pour les jaunes éclatants, le pavot et la garance pour les rouges profonds, le henné pour les oranges chauds, l'indigo pour les bleus intenses. Le cuir séché au soleil sur les toits de la médina puis livré aux artisans maroquiniers devient alors sac, babouche, ceinture, pouf ou vêtement.


Chaque ville marocaine a développé sa signature propre dans ce dialogue avec le cuir. Fès est réputée pour ses sacs et portefeuilles teints en vert ou en rouge et appliqués aux dorures. Marrakech se distingue par ses articles de cuir rebrodés de fils de couleurs ou de fines lanières de peau. Rabat s'illustre dans l'élégante technique du repoussage du cuir. Tétouan et Taroudant perpétuent leurs propres variantes. Un archipel de savoir-faire régionaux qui forment ensemble un patrimoine d'une richesse exceptionnelle.


L'ART DU CUIR EST NÉ AU MAROC, L'HISTOIRE D'UNE EXCELLENCE MILLÉNAIRE, MAROQUINERIE, MARROQUINERIA, MAROQUIN

La babouche résume à elle seule cette excellence. La babouche Ziwani de Fès, d'une belle couleur jaune obtenue naturellement par le tannage du cuir de chèvre au safran, est depuis des siècles un signe de luxe, tirant son nom de Haj Ziwani, créateur de chaussures ayant vécu à Fès et spécialisé dans sa confection. Côté du chapeau rouge, la babouche est un symbole du Maroc reconnu dans le monde entier et comme le chapeau, elle n'a pas changé parce qu'elle n'a pas besoin de changer. La perfection n'a pas de version améliorée.


L'importance du Maroc dans l'histoire mondiale du cuir est telle que l'industrie emploie aujourd'hui environ 100 000 personnes et génère des milliards de dollars de revenus annuels, avec des exportations massives vers les marchés européens et américains. Le secteur de l'artisanat dans son ensemble occupe une place structurante dans l'économie nationale, soutenu par le ministère du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Économie Sociale et Solidaire, et porté par des programmes de préservation et de modernisation que SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, a inscrits dans la politique nationale comme priorité culturelle et économique.


L'ART DU CUIR EST NÉ AU MAROC, L'HISTOIRE D'UNE EXCELLENCE MILLÉNAIRE, MAROQUINERIE, MARROQUINERIA, MAROQUIN

La recherche académique internationale confirme la profondeur historique de ce lien. L'étude publiée sur MEMOs, plateforme universitaire, révèle que le "Morocco leather" était vendu en Grande-Bretagne dès 1596 sous le nom de "Barbary hides." Après la prise de Tanger par les Britanniques en 1662, les marchands marocains amenaient quotidiennement leurs chameaux chargés de peaux jusqu'au port. Les élites britanniques du XVIIe siècle garnissaient leurs salons de "Red Morocco leather Chairs." Et pendant des décennies, les artisans britanniques ont consacré leurs efforts à imiter ce cuir marocain, on n'imite que ce qui est supérieur. Le Victoria and Albert Museum de Londres conserve encore aujourd'hui des pièces en Morocco leather datées de 1750-1800.


L'évolution contemporaine ne trahit pas cet héritage mais elle l'amplifie. Des ateliers familiaux aux plateformes de commerce en ligne, des souks de Marrakech aux boutiques de Londres et de New York, la maroquinerie marocaine a opéré une transition remarquable sans renier son essence. Une nouvelle génération de créateurs marocains, formés par leurs pères dans les mêmes gestes millénaires, intègre des influences de design contemporain sans abandonner le cuir végétal, la couture main, les teintures naturelles. Ces créateurs font de l'avenir avec les racines du passé.


Il y a quelque chose de profondément juste dans le fait que le mot "maroquinerie" existe dans toutes les langues du monde et il dit que le Maroc n'a pas seulement produit du cuir mais il a produit un standard et un niveau d'excellence tellement reconnu que les autres nations ont dû lui emprunter le nom pour désigner ce qu'elles aspiraient à atteindre. Aujourd'hui, quand un artisan de Fès plonge ses mains dans une cuve de teinture à l'indigo, il perpétue sans le savoir un geste qui a donné son nom à une industrie mondiale. Et chaque sac qui sort de ses mains porte, cousue dans le cuir, toute la mémoire et toute la fierté d'une civilisation.



2 commentaires


Youssef.B
Youssef.B
20 mai

Enfin une plume qui ne cède pas à la facilité et qui traite notre patrimoine avec la déférence qu’il exige. Ce texte de Maroc Patriotique est une remise en perspective nécessaire, portée par une rigueur exemplaire. En rappelant que notre nom est le socle même du lexique mondial du cuir, du Maroquin au Morocco leather, vous ne faites pas qu'écrire une page d'histoire, vous affirmez une souveraineté culturelle qui défie les époques.


Fès, ses tanneries, le génie de nos maâlems, tout est exposé avec cette précision chirurgicale qui fait du bien à lire. C'est le genre de travail de fond qui rappelle que notre savoir-faire n'est pas un vestige, mais une force vivante, et que le monde continue, sans toujours…

J'aime

Nadia
20 mai

Magnifique 👏🏼 Merci de nous rappeler l’histoire et le savoir faire de la maroquinerie, un artisanat marocain authentique !

J'aime
bottom of page