« MAROC, FIN DE RÈGNE ? » LE TITRE QUI TRAHIT L’AGONIE DE L’EXPRESS
- Brahim Al Maghribi

- 2 mai
- 5 min de lecture

Lorsqu’un hebdomadaire français titre « Maroc, fin de règne ? », la question mérite d’être posée non seulement à propos du Royaume, mais aussi, et peut-être surtout, à propos de celui qui la formule. Derrière cette couverture volontairement provocatrice, ce n’est pas uniquement une analyse qui est proposée au lecteur, mais un récit construit, inscrit dans des logiques éditoriales, économiques et idéologiques bien précises. Comprendre ce titre, c’est donc d’abord comprendre le média qui le produit.
L’Express n’est pas un organe académique ni une institution neutre chargée de produire une vérité froide. C’est un hebdomadaire généraliste, ancré dans le paysage médiatique français, historiquement positionné sur une ligne libérale et destiné à un lectorat de cadres, de décideurs et d’élites économiques. Depuis sa reprise par Alain Weill en 2023, le titre s’inscrit plus encore dans une logique de transformation visant à en faire un équivalent français de The Economist, c’est-à-dire un média d’influence combinant analyse, opinion et attractivité éditoriale.
Cette prétention à la rigueur et à l’indépendance sonne particulièrement creux lorsque l’on rappelle les propres déboires de L’Express. En février 2024, le journal lui-même a révélé que son ancien directeur historique, Philippe Grumbach (en poste de 1964 à 1981), était un agent du KGB pendant 35 ans sous le nom de code « Brok », renseignant Moscou sur la vie politique française. Par ailleurs, en 2021, L’Express a été condamné en diffamation par la justice française pour un article jugé mensonger. Autant de casseroles qui contrastent singulièrement avec le ton moralisateur et accusateur adopté aujourd’hui à l’égard du Royaume.
Cette mutation n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans un contexte de crise profonde de la presse écrite, où la survie dépend de la capacité à capter l’attention dans un environnement saturé. Selon les derniers chiffres de l’ACPM (octobre 2024-septembre 2025), la diffusion France payée de L’Express s’établit à seulement 124 452 exemplaires, en recul de -7,41 % sur un an. Le titre peine à dépasser les 126 000 exemplaires payés, loin des sommets d’autrefois. Dans ce cadre, la « une » devient un produit stratégique. Elle n’est plus seulement informative mais elle doit interpeller, provoquer, susciter le débat, voire la polémique. Le recours à la forme interrogative, « fin de règne ? », n’est pas neutre. Il permet d’introduire une hypothèse forte sans avoir à la démontrer frontalement.
Ce type de procédé est régulièrement pointé par des observateurs critiques des médias comme Acrimed, qui dénoncent depuis des années une tendance des grands hebdomadaires français à privilégier des couvertures « tapageuses », construites pour capter l’attention, parfois au détriment de la complexité des réalités traitées. Dans cette logique concurrentielle, le Maroc devient un sujet particulièrement « rentable » éditorialement.
Or ce titre n’est pas sorti de nulle part. Il est directement tiré du livre d’Omar Brouksy, Maroc : Fin de règne, publié le 29 avril 2026 aux éditions Nouveau Monde. L’Express en publie les « bonnes feuilles » en grande pompe, présentant l’ouvrage comme « un récit inouï sur les coulisses du pouvoir à Rabat ». Le média français fait ainsi la promotion d’un auteur dont le parcours et la crédibilité méritent d’être examinés de près.
Omar Brouksy, journaliste et professeur de science politique à l’université de Settat, a été rédacteur en chef du Journal Hebdomadaire jusqu’à sa fermeture en 2010, puis correspondant de l’AFP. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dressants un portrait très critique de la monarchie et de ce qu'il nomme « liaisons dangereuses » franco-marocaines.
Ses livres, nourris de témoignages anonymes et de récits de coulisses, ont été accusés, à juste titre, par la presse marocaine de recycler des rumeurs et de servir une narration systématiquement hostile au Palais. Certains observateurs marocains l’ont même qualifié d’opportuniste, notamment lorsqu’il a surfé sur la vague Pegasus en 2021 pour relancer la vente de ses anciens ouvrages dans un livre-compilation intitulé Maroc, les enquêtes interdites.
L’Express ne s’arrête pas là. Il met en avant une phrase choc : « Omar Brouksy connaît le prix du journalisme indépendant : jusqu’en 2021, son numéro de téléphone a été sélectionné par le renseignement marocain pour surveillance potentielle via le logiciel Pegasus, ont révélé plusieurs médias internationaux. »
Curieux pour un média qui se veut sérieux de reprendre sans distance une allégation de 2021 sans mentionner l’essentiel : en juin 2023, le Parlement européen, à travers la commission d’enquête “PEGA”, a clairement établi dans son rapport final du 15 juin 2023 que “Aucune preuve technique ne permet de conclure que le Royaume du Maroc a utilisé le système Pegasus. Aucune sanction ni mesure ne doit être envisagée contre lui.” Autrement dit, le Parlement européen a officiellement blanchi le Maroc. Ce rapport a discrédité la campagne de 2021, orchestrée sur fond de tensions diplomatiques entre certains pays européens et le Royaume, notamment après la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur son Sahara.
En relayant sans nuance une vieille allégation déjà démentie par les faits, L’Express révèle surtout son propre manque de rigueur et son empressement à colporter un narratif anti-marocain. Cette offensive n’est pas fortuite. Elle suit une géométrie de l’attaque bien rodée, qui vise systématiquement le triptyque garant de la stabilité nationale : la Monarchie, son entourage et les services de sécurité. En s’acharnant notamment contre M. Abdellatif Hammouchi, considéré comme le bouclier du Maroc et un partenaire incontournable de nombreuses puissances, le média tente de peindre un tableau noir du Royaume. Le recours systématique à des sources anonymes, à des visages usés comme celui d’Omar Brouksy et à des propos prêtés au Souverain sans le moindre témoin vérifiable, trahit un essoufflement manifeste de cette propagande. On ne cherche plus ici à informer, mais à entretenir une doctrine imprégnée de paternalisme colonialiste qui refuse obstinément de voir le Maroc du XXIe siècle tel qu’il est : fort, souverain et résilient face aux tentatives répétées de déstabilisation médiatique.
Cette campagne de presse ressemble davantage à une tentative de chantage médiatique qu’à une analyse politique sérieuse. En recyclant les mêmes vieilles rengaines et en fabriquant des récits imaginaires dignes d’un « journalisme d’astrologie », L’Express s’enferme dans une vision archaïque et biaisée. Il échoue lamentablement à ébranler la confiance des Marocains envers leurs institutions, car la réalité du terrain et les succès diplomatiques et sécuritaires du Royaume parlent bien plus fort que les fables d’un hebdomadaire en mal de lectorat.
Car au fond, ce titre en dit bien plus sur la fin de règne de L’Express que sur la monarchie. Un hebdomadaire qui s’essouffle, qui perd son lectorat, qui voit son modèle économique vaciller et qui n’a plus d’autre choix que de provoquer pour exister encore un peu. Le Maroc, lui, ne connaît pas la fin de règne. Son histoire s’inscrit dans la durée, dans des institutions solides, dans une souveraineté incarnée et dans une trajectoire de succès diplomatiques et sécuritaires reconnus bien au-delà de ses frontières.
L’histoire du Maroc n’est pas une hypothèse mais elle s’inscrit dans la durée, dans des institutions solides, dans une souveraineté incarnée et dans une trajectoire qui se lit dans les faits. Face à cela, les récits médiatiques français, eux, passent, se succèdent et répondent à d’autres impératifs comme la survie économique, la quête de clics, et parfois résidus d’une vision archaïque qui refuse de voir le Maroc tel qu’il est.
Le Maroc ne finit pas son règne. Il continue d’écrire son histoire, avec la même détermination et la même fierté qui ont toujours guidé sa trajectoire.






👏🏼exactement
L’Express, nous fait du sensationnalisme cependant il est en déclin…..merci à Maroc Patriotique pour cette réponse lucide et percutante 💪🏼
Maroc Patriotique nous livre ici une véritable leçon de contre-offensive intellectuelle, menée avec une élégance et une précision qui forcent le respect. En déconstruisant la Une tapageuse de L’Express, l’auteur ne se contente pas de répondre à une provocation ; il dévoile avec une ironie mordante le paradoxe d'un média qui prophétise une fin de règne alors qu'il lutte lui-même contre sa propre agonie éditoriale. C'est une mise à nu nécessaire d'un journalisme en perdition, qui troque la déontologie contre le sensationnalisme pour assurer sa survie économique.
La finesse de cette analyse réside dans sa capacité à rappeler, sans jamais hausser le ton, les zones d'ombre de ceux qui prétendent nous juger. Entre les souvenirs d'infiltration du KGB et les…