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AU MAROC, LE VISAGE D’UN HOMO SAPIENS VIEUX DE 315 000 ANS RECONSTITUÉ

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AU MAROC, LE VISAGE D’UN HOMO SAPIENS VIEUX DE 315 000 ANS RECONSTITUÉ

Le visage de l'un des plus anciens représentants connus de notre espèce vient d'être reconstitué à partir de fossiles découverts au Maroc. Une étude publiée le 13 septembre 2026 dans la revue scientifique Heritage présente le résultat obtenu par une équipe internationale dirigée par Cicero Moraes à partir des restes d'Homo sapiens de Jebel Irhoud. Les chercheurs ont associé modélisation 3D, connaissances anatomiques et techniques issues de l'approximation faciale médico-légale pour restituer les traits d'un individu ayant vécu il y a environ 315 000 ans. Le travail repose principalement sur Irhoud 1, un crâne découvert en 1961, dont les parties manquantes ont été complétées à l'aide d'autres vestiges du même ensemble archéologique. Une méthode de déformation anatomique contrainte a ensuite permis d'adapter les tissus d'un modèle humain à la géométrie obtenue. L'épaisseur des tissus mous et la position probable de certaines structures, notamment le nez, ont été estimées à partir de références utilisées dans ce type de reconstruction, en l'occurrence des données prélevées sur des populations d'ascendance africaine. La photogrammétrie et des logiciels libres ont accompagné les différentes étapes du processus, permettant aux auteurs de proposer une méthode reproductible par d'autres équipes scientifiques.



Deux versions ont été produites. La première, en niveaux de gris et sans cheveux, privilégie les éléments pouvant être déduits de la structure osseuse. La seconde ajoute couleur de peau, cheveux et pilosité faciale afin de donner au résultat une apparence plus réaliste. Ces caractéristiques extérieures sont interprétatives, contrairement aux volumes directement contraints par le crâne. L'homme apparaît avec une morphologie robuste et des structures sus-orbitaires prononcées. L'écart entre les deux versions permet également de distinguer ce que les chercheurs peuvent raisonnablement déduire d'un fossile de ce qui relève nécessairement d'un choix destiné à lui donner une apparence vivante. Les scientifiques se sont également intéressés à l'intérieur de la boîte crânienne. Sa segmentation a permis d'obtenir un volume endocrânien d'environ 1 364 millilitres, cohérent avec les estimations précédemment établies sur ces fossiles, qui s'échelonnent entre 1 305 et 1 480 millilitres selon les mesures directes réalisées lors d'études antérieures, et compatible avec la variation observée chez les populations actuelles. Ce travail illustre les possibilités offertes par les nouvelles technologies à la paléoanthropologie : des vestiges incomplets peuvent être assemblés virtuellement, étudiés sous différents angles et comparés sans interventions répétées sur les pièces originales. La mise à disposition d'outils open source facilite en outre la vérification et la reproduction des méthodes employées.



Les restes de Jebel Irhoud occupent une place particulière dans l'histoire des origines humaines et font l'objet d'un article dédié de Maroc Patriotique. La nouvelle étude leur apporte désormais une dimension supplémentaire en passant de l'analyse du squelette à l'apparence physique. Derrière Irhoud 1 et les autres références utilisées depuis des décennies par les paléoanthropologues apparaît désormais un homme avec des traits et des proportions perceptibles par tous. Une avancée technologique qui rapproche, par l'image, le présent d'un habitant du territoire de l'actuel Maroc séparé de nous par plusieurs centaines de milliers d'années.


Cette reconstitution s'inscrit dans la continuité directe des travaux menés depuis 2004 sur le site par l'Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine (INSAP) et l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste, qui avaient établi en 2017 l'âge et l'anatomie des fossiles de Jebel Irhoud. Elle ne modifie pas les conclusions scientifiques déjà établies sur l'ancienneté ou la morphologie osseuse de ces restes, mais leur donne une traduction visuelle destinée aussi bien à la recherche qu'à la diffusion du savoir auprès du grand public.

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