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CE QUE LE TAS VA TRANCHER APRÈS L’AUDIENCE DE LAUSANNE SUR LA FINALE MAROC-SÉNÉGAL

il y a 11 minutes
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CE QUE LE TAS VA TRANCHER APRÈS L’AUDIENCE DE LAUSANNE SUR LA FINALE MAROC-SÉNÉGAL

Le 8 octobre 2026 à 9h30, le Tribunal arbitral du sport a ouvert à Lausanne l'audience consacrée au recours de la Fédération sénégalaise de football contre la décision rendue le 17 mars par le Jury d'appel de la Confédération africaine de football. L'audience s'est tenue toute la journée et est désormais close, les deux fédérations attendant maintenant la sentence arbitrale qui désignera officiellement le champion d'Afrique 2025. La décision du Jury d'appel, objet du recours, avait déclaré le Sénégal perdant par forfait et enregistré une victoire 3-0 du Maroc lors de la finale de la CAN 2025. La procédure, enregistrée sous la référence TAS 2026/A/12295, compte officiellement deux intimées : la CAF, dont la décision est contestée, et la Fédération Royale Marocaine de Football, directement concernée par l'issue du recours.


Pour comprendre ce qui s'est joué devant les trois arbitres, il faut revenir au 18 janvier et aux dernières minutes d'une finale disputée au Complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat. Après 90 minutes sans but, le Sénégal pense ouvrir le score par Ismaïla Sarr, alors que Jean-Jacques Ndala avait déjà sifflé une faute d'Abdoulaye Seck sur Achraf Hakimi. Dans les ultimes secondes du temps additionnel, Brahim Diaz est retenu par El Hadji Malick Diouf lors d'un corner marocain. L'arbitre congolais reçoit un signal dans son oreillette, se dirige vers l'écran de la VAR, visionne les images et accorde un penalty au Maroc. Sur instruction de Pape Thiaw, les joueurs sénégalais quittent alors l'aire de jeu et rejoignent les vestiaires. Les documents établis après la rencontre donnent une importance particulière à cet épisode : le coordonnateur général de la finale décrit les Sénégalais comme ayant rejoint les vestiaires en abandonnant le match, tandis que l'arbitre fera état d'environ douze minutes avant la reprise. Sadio Mané reste sur la pelouse et intervient pour convaincre ses coéquipiers de revenir.



La FRMF retiendra pour sa part dans son communiqué officiel le retrait de l'aire de jeu des joueurs et membres du staff sénégalais. Le caractère exceptionnel de la scène est également documenté depuis l'intérieur du vestiaire : Ibrahim Mbaye, jeune international sénégalais du Paris Saint-Germain entré en jeu pendant la finale, utilise son téléphone alors que la rencontre est toujours en cours et publie sur Snapchat une photo accompagnée du message "Peace, on se fait voler". La publication circule immédiatement sur les réseaux sociaux et le joueur présentera ensuite ses excuses, expliquant avoir agi dans le feu de l'action. Au même moment, la situation dégénère autour du terrain : des supporters sénégalais pénètrent sur la pelouse et de violents affrontements éclatent avec les forces de sécurité. La FRMF fera officiellement état de cet envahissement et des violentes échauffourées qui l'accompagnent.


Après le retour de l'équipe sénégalaise, les désordres se poursuivent et la reprise intervient dans un climat particulièrement tendu. Cette séquence soulève également une question disciplinaire importante au regard des Lois du jeu de l'International Football Association Board : un joueur quittant délibérément le terrain sans l'autorisation de l'arbitre doit recevoir un avertissement. Ismaïla Sarr et El Hadji Malick Diouf avaient déjà été avertis au cours de la rencontre ; l'application de cette disposition lors de leur retour aurait donc pu entraîner pour chacun un deuxième carton jaune, suivi d'une exclusion, et conduire le Sénégal à poursuivre la finale à neuf. Jean-Jacques Ndala ne leur adresse pas ces avertissements. Walid Regragui reviendra lui-même plusieurs mois plus tard sur cette conséquence réglementaire. Lorsque le penalty peut enfin être exécuté, des supporters sénégalais se trouvent encore dans la zone du terrain. Brahim Diaz tire face à Édouard Mendy, qui capte le ballon. La finale se poursuit en prolongation et Pape Gueye marque à la 94e minute, permettant au Sénégal de terminer la rencontre avec une victoire 1-0 sur le terrain.


La bataille juridique commence dès le lendemain. La FRMF annonce qu'elle utilisera les procédures prévues auprès de la CAF et de la FIFA afin qu'il soit statué sur le retrait de l'équipe sénégalaise et les événements ayant affecté le déroulement de la rencontre. Le Jury disciplinaire de la CAF sanctionne ensuite plusieurs protagonistes tout en maintenant initialement le résultat obtenu après la reprise. Pape Thiaw reçoit notamment cinq matches de suspension dans les compétitions de la CAF et une amende de 100 000 dollars pour comportement antisportif, violation des principes de fair-play et d'intégrité et atteinte à l'image du football ; la Fédération sénégalaise reçoit également plusieurs sanctions financières liées au comportement de son équipe et de ses supporters, tandis que la FRMF est elle aussi sanctionnée pour différents incidents.



La Fédération marocaine fait appel sur la question du résultat et obtient le 17 mars une décision radicalement différente : le Jury d'appel considère que la Fédération sénégalaise, à travers le comportement de son équipe, a enfreint l'article 82 du règlement de la CAN et applique les conséquences prévues par l'article 84. Le Sénégal est déclaré perdant par forfait et le résultat officiel devient 3-0 en faveur du Maroc. Le 25 mars, la FSF saisit à son tour le Tribunal arbitral du sport, demande l'annulation de cette décision et réclame sa reconnaissance comme vainqueur de la CAN 2025. Elle sollicite également la suspension du délai de dépôt de son mémoire jusqu'à la communication des motifs complets de la CAF, puisque le texte du 17 mars contenait initialement uniquement le dispositif. Ces motifs sont ensuite transmis et plusieurs mois de procédure écrite commencent, au cours desquels mémoires, arguments et pièces sont échangés. La FRMF figure officiellement parmi les intimées parce que l'issue du recours affecte directement la décision qui attribue la victoire au Maroc.


C'est ce dossier déjà largement instruit que trois arbitres ont examiné oralement le 8 octobre. Des représentants de la FSF et de la FRMF étaient physiquement présents à Lausanne, tandis que la CAF était représentée par ses avocats. L'ensemble de la procédure s'est déroulée en français, les débats ayant eu lieu à huis clos, aucune des parties n'ayant demandé leur ouverture au public. La formation était présidée par le Français Gérald Simon, professeur de droit et spécialiste du droit du sport, accompagné de l'Italien Luigi Fumagalli et de l'Allemand Ulrich Haas, deux juristes particulièrement expérimentés dans l'arbitrage sportif international. Le parcours de Fumagalli mérite une attention particulière : il présidait en 2014 la formation du TAS dans l'affaire Cap-Vert contre FIFA, lorsque la fédération capverdienne contestait une décision ayant transformé le résultat d'un match de qualification pour la Coupe du monde en défaite 3-0 par forfait en raison de l'utilisation d'un joueur inéligible. Le TAS avait confirmé le forfait. Les faits et les règlements diffèrent de ceux de la finale Maroc-Sénégal, mais ce précédent illustre la méthode employée à Lausanne lorsqu'une fédération conteste une sanction ayant modifié administrativement un résultat acquis sur le terrain.



Le cœur de l'affaire résidait dans l'interprétation juridique des événements du 18 janvier. Les trois arbitres ont pu examiner les circonstances du départ de l'équipe vers les vestiaires, les rapports établis par les officiels, la durée de l'arrêt, les conditions de la reprise, les incidents autour de la pelouse et l'achèvement ultérieur de la rencontre afin de déterminer si le Jury d'appel a correctement appliqué les articles 82 et 84 du règlement de la CAN. La décision de Jean-Jacques Ndala d'accorder le penalty appartient au contexte ayant déclenché les événements, avec une particularité importante : la jurisprudence du TAS accorde traditionnellement une forte autonomie aux décisions prises de bonne foi par les arbitres pendant une rencontre. La doctrine dite "field of play" limite fortement leur remise en cause ultérieure, sauf circonstances exceptionnelles comme l'arbitraire ou la mauvaise foi. En revanche, l'article R57 du Code du TAS donne aux arbitres un plein pouvoir d'examen des faits et du droit concernant la décision attaquée. Ils peuvent donc procéder à leur propre lecture des éléments versés au dossier et du règlement appliqué par la CAF. Les précédents montrent également qu'un résultat obtenu sur le terrain peut être remplacé par un forfait lorsque les règles de la compétition le justifient. Outre l'affaire Cap-Vert-FIFA, le FC Prishtina avait ainsi porté devant le TAS une décision de l'UEFA lui infligeant une défaite 3-0. Aucune de ces affaires ne fournit mécaniquement la solution de la finale Maroc-Sénégal, puisque chaque litige dépend de ses faits et de ses textes, mais elles confirment l'étendue du contrôle exercé par Lausanne sur la justification réglementaire d'un forfait.


L'audience close, aucune décision n'est tombée le 8 octobre, conformément à ce qu'avait annoncé le TAS. Gérald Simon, Luigi Fumagalli et Ulrich Haas sont désormais en délibération et devront parvenir à une décision selon les règles prévues par le Code du Tribunal. La sentence est adoptée à la majorité des membres de la formation ; en l'absence de majorité, le président peut statuer seul. Elle sera ensuite établie par écrit, datée et signée. Le calendrier reste ouvert puisque les parties n'ont pas réussi à s'accorder sur une procédure accélérée, souhaitée par la Fédération sénégalaise, et le TAS indique qu'aucune date de verdict ne peut être annoncée. Les pouvoirs de la formation sont larges : elle peut rejeter le recours sénégalais et laisser en vigueur la victoire 3-0 attribuée au Maroc, accueillir totalement ou partiellement l'appel et rendre une décision se substituant à celle de la CAF, ou annuler la décision contestée et renvoyer l'affaire devant l'instance compétente pour qu'elle statue de nouveau. La décision qui suivra constituera l'aboutissement du contentieux dans l'ordre sportif, sous réserve d'une possibilité de recours très encadrée devant le Tribunal fédéral suisse. Cette juridiction contrôle notamment la compétence du tribunal arbitral, sa composition, certaines garanties procédurales et le respect de l'ordre public, sans procéder à un nouvel examen complet de la finale. Lorsque la sentence arbitrale sera rendue, elle déterminera quel résultat restera officiellement attaché à la finale de la CAN 2025 et qui, du Maroc ou du Sénégal, en sera déclaré champion d'Afrique.

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