DEVANT L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L'ONU, LE MAROC DÉCLINE SA VISION DU MONDE ET SES LIGNES ROUGES

Le 24 septembre 2026, devant les délégations de 193 États membres réunies à New York pour la 81ème session de l'Assemblée Générale des Nations Unies, Nasser Bourita a pris la parole au nom du Royaume du Maroc. Son intervention, concise et sans ornements inutiles, a couvert en moins de vingt minutes l'ensemble des grands dossiers qui structurent la politique étrangère marocaine : la sécurité internationale, la Palestine, le Sahara et la vision du Royaume pour le continent africain. Loin des déclarations de principe qui peuplent habituellement ce type de tribune, le ministre marocain a choisi la précision et la franchise, livrant depuis la plus haute instance diplomatique du monde un discours qui engage le Maroc et répond, point par point, aux narratifs qui cherchent à brouiller sa position sur la scène internationale.
Bourita ouvre sur une citation de SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, qui n'a rien d'une formule de protocole. Le Roi avait dit que le monde changeait à un rythme sans précédent, que les certitudes s'effaçaient, que les normes se brouillaient. Bourita décrit l'escalade des crises, montée des logiques d'affrontement entre États, droit international trop souvent piétiné, structures multilatérales incapables de peser sur les crises qu'elles sont censées prévenir. On sait quand les conflits commencent, rarement quand ils s'arrêtent.
C'est depuis ce constat, lucide sans être défaitiste, que le Maroc définit ses priorités devant le monde.
Premier point, et peut-être le plus dense politiquement : la question des groupes armés non-étatiques. Bourita sort les chiffres. Plus de 200 millions de personnes vivent aujourd'hui dans des zones sous contrôle de ces groupes ou dans des espaces contestés. Plus de 130 organisations armées sont formellement identifiées comme parties à des conflits. Ces acteurs contrôlent des corridors maritimes, menacent la libre navigation, ciblent des institutions avant d'ajouter que ces groupes "utilisent la violence pour imposer un fait accompli et pour servir l'agenda de ceux qui les contrôlent." Et que les États qui les sponsorisent, les financent, les arment et les soutiennent, portent une responsabilité qui n'est "pas seulement politique, mais aussi légale, morale et historique."
Chaque mot est pesé. Et quiconque suit ce qui se passe en Afrique du Nord et le Sahel depuis quelques années n'a pas besoin de chercher longtemps à qui ce portrait correspond.
Voilà le coeur du sujet pour tous ceux qui, depuis des mois, agitent la bannière de la trahison marocaine. Alors, qu'est-ce que le Maroc a dit sur la Palestine devant l'Assemblée Générale des Nations Unies ?
Nasser Bourita a dit que les développements en Cisjordanie occupée sont "très alarmants.", que les lois qui affectent le statut légal du territoire palestinien, que l'expansion des colonies, que les violences de colons contre des civils, toutes ces choses "pointent dans une seule direction : le déplacement de la population et la destruction de la base matérielle pour l'établissement d'un État palestinien indépendant." Avant de conclure sur les mesures unilatérales israéliennes sur Al-Aqsa constituent de "sérieuses transgressions."
Et surtout : il a rappelé que SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, Président du Comité Al-Quds de l'OCI, "continuera son travail pour préserver l'identité historique, culturelle et spirituelle de Jérusalem et son statut légal", avec l'agence Bayt al-Maal al-Quds al-Sharif et les instances qui travaillent, concrètement, sur le terrain, au bénéfice des habitants de Jérusalem.
Les mots sont faciles mais les programmes sur le terrain, beaucoup moins. Alors à ceux qui accusent le Maroc de trahison, une question simple : qu'avez-vous fait pour Jérusalem, vous, au cours des cinq dernières années ?
Sur le sujet du conflit artificiel du Sahara, Bourita choisit une image parlante. Depuis l'adoption de la résolution 2797 par le Conseil de Sécurité, dit-il, "cette dispute régionale a embarqué sur un parcours irréversible." Le train de la solution politique a déjà quitté le quai.
Cinq principes, posés devant toutes les nations du monde. Pas de solution hors du cadre de l'autonomie sous souveraineté marocaine. Pas de mécanisme autre que la négociation sur la seule base de l'initiative marocaine. Pas de confusion possible sur la responsabilité des quatre parties identifiées par le Conseil de Sécurité. Pas de statu quo. Et pas de tolérance pour le maintien de populations dans des camps depuis un demi-siècle, en violation du droit international humanitaire.
"L'Afrique doit s'en remettre à l'Afrique." La formule est de SM le Roi Mohammed VI. Bourita la porte à l'ONU et la décline en actes : l'initiative royale d'accès à l'Atlantique pour les États enclavés du Sahel, le gazoduc africain-atlantique reliant le Nigeria à l'Europe via le Maroc, les investissements dans les infrastructures continentales, la sécurité alimentaire, la production d'engrais, les partenariats dans la santé, les renouvelables et l'eau.
Ce n'est pas une liste de promesses mais le véritable inventaire de ce qui existe déjà.
Le discours se ferme sur une annonce qui n'est pas une surprise mais qui mérite d'être soulignée : le Maroc candidate officiellement à un siège non-permanent au Conseil de Sécurité pour 2028-2029. Bourita le formule avec la sobriété d'un pays qui sait ce qu'il vaut : "la candidature d'un Royaume avec un héritage diplomatique de plusieurs siècles, acteur de stabilité, ancrage pour le développement durable dans le monde entier."







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