IRIFI, LE MAROC MUSCLE SON INDUSTRIE DE DÉFENSE

Le Maroc franchit une nouvelle étape dans le développement de son industrie de défense. À l'occasion du Marrakech Air Show, le 7 octobre 2026, l'Administration de la Défense nationale et Harmattan AI Morocco ont signé une lettre d'intention portant sur l'acquisition, le développement et la production au Maroc d'IRIFI, un système autonome de frappe dans la profondeur dont la portée maximale annoncée atteint 2 000 kilomètres. Le Royaume devient également le premier client de ce programme encore en développement, dont la mise en production est visée par Harmattan AI d'ici la fin de l'année 2027. IRIFI appartient à une nouvelle génération d'effecteurs à usage unique destinés aux frappes de précision à longue distance. Il doit être lancé depuis une architecture mobile et conteneurisée et embarquer ses propres capacités de navigation, de détection et de traitement afin de poursuivre sa mission lorsque les communications ou les systèmes de navigation par satellite, comme le GPS, sont perturbés. Un guidage terminal optique doit permettre l'approche finale vers l'objectif désigné. L'autonomie intervient après validation humaine : l'objectif, la position de lancement et les paramètres de mission sont approuvés au niveau du commandement, puis une autorisation finale est requise au moment du lancement. Plusieurs données déterminantes restent néanmoins confidentielles, notamment la nature et la masse de la charge militaire, le coût unitaire et les performances définitives face aux systèmes de guerre électronique et de défense antiaérienne.
L'enjeu majeur pour le Royaume réside dans la dimension industrielle du programme. Harmattan AI prévoit de développer et de produire au Maroc des technologies critiques en s'appuyant sur des ressources humaines essentiellement marocaines. Son directeur général au Maroc, Amir Benmahjoub, a indiqué que l'ambition portait sur une fabrication complète accompagnée d'activités de recherche et développement, ainsi que sur le recrutement et la formation d'ingénieurs. Une implantation industrielle est prévue près de Casablanca, parallèlement au développement de capacités d'ingénierie dans le Royaume. L'expression "drone 100 % marocain", apparue sur les réseaux sociaux après l'annonce, doit toutefois être maniée avec précision : aucune information publique disponible ne permet actuellement d'établir que l'intégralité des composants sera d'origine marocaine. La participation au développement, la production sur le territoire national et la localisation annoncée de technologies critiques sont en revanche documentées. Le programme prolonge le partenariat stratégique conclu le 17 juin 2026 entre Harmattan AI et les Forces Armées Royales autour des systèmes autonomes et de l'intelligence artificielle appliquée à la défense. Celui-ci prévoit également un centre de recherche et développement et des partenariats avec les établissements marocains d'enseignement supérieur et de recherche.
Le choix d'Harmattan AI place le Maroc aux côtés d'une entreprise récente mais déjà intégrée à plusieurs programmes militaires importants. Fondée en 2024, elle a levé 200 millions de dollars en janvier 2026 lors d'un tour de financement mené par Dassault Aviation, qui a parallèlement conclu avec elle un partenariat stratégique autour de l'intelligence artificielle et de l'autonomie appliquées aux futurs systèmes de combat aérien. Harmattan AI dispose aussi d'une première expérience de production en série pour les forces françaises : la Direction générale de l'armement a annoncé en janvier la livraison à l'armée de Terre des 1 000 premiers drones issus d'un marché remporté par l'entreprise. Au Maroc, son implantation se matérialise déjà par des recrutements dans des domaines couvrant l'aérodynamique, l'électronique, les logiciels embarqués, la vision par ordinateur, la fusion de capteurs, la propulsion, les essais, la qualité et la chaîne logistique. Ces métiers donnent une indication de l'écosystème technologique nécessaire pour concevoir et industrialiser localement des systèmes autonomes complexes.
IRIFI s'inscrit ainsi dans une transformation plus large de la politique marocaine de défense, soutenue notamment par le cadre instauré par la loi 10-20 relative aux matériels et équipements de défense et de sécurité, aux armes et aux munitions. Le Royaume cherche progressivement à compléter ses acquisitions auprès de partenaires étrangers par une capacité nationale de production, de recherche et de maîtrise technologique. L'intérêt du programme dépasse donc le futur système d'armes : développer au Maroc des compétences en aéronautique, électronique, capteurs, navigation, intelligence artificielle, logiciels embarqués et intégration peut alimenter d'autres projets et favoriser l'émergence d'un réseau national d'ingénieurs, de chercheurs et de fournisseurs spécialisés. Avec IRIFI, Rabat poursuit ainsi son passage d'une logique principalement fondée sur l'achat d'équipements étrangers vers un modèle associant acquisition, développement conjoint et industrialisation nationale, avec pour objectif de renforcer durablement l'autonomie technologique et la souveraineté militaire du Royaume.







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