Rabat
top of page

LES PLUS ANCIENS HOMO SAPIENS CONNUS ONT ÉTÉ DÉCOUVERTS AU MAROC

il y a 2 jours
2 min de lecture
LES PLUS ANCIENS HOMO SAPIENS CONNUS ONT ÉTÉ DÉCOUVERTS AU MAROC

Bien avant les premières civilisations, l'agriculture ou l'apparition des villes, des représentants très anciens de notre propre espèce vivaient déjà sur le territoire de l'actuel Maroc. À Jebel Irhoud, situé à environ 70 kilomètres au sud-est de Safi, des fossiles humains vieux d'environ 315 000 ans constituent aujourd'hui les plus anciens restes connus attribués à Homo sapiens. Leur datation, publiée en 2017 dans la revue scientifique Nature, a placé le Maroc au centre d'une évolution majeure de la recherche sur les origines humaines.


L'histoire scientifique du site commence dans les années 1960, lorsque son exploitation minière conduit à la découverte d'un premier crâne humain, baptisé Irhoud 1. D'autres restes sont progressivement mis au jour avant que de nouvelles fouilles, engagées à partir de 2004, ne permettent d'étudier le gisement avec des méthodes modernes. Les recherches sont menées dans le cadre d'une coopération entre l'Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine (INSAP) et l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste. Abdelouahed Ben-Ncer et Jean-Jacques Hublin codirigent notamment les travaux, auxquels participent également plusieurs scientifiques marocains. Les fouilles révèlent des restes appartenant à au moins cinq individus, adultes et plus jeunes, accompagnés d'outils en pierre et de nombreux vestiges animaux.



La véritable surprise vient de leur âge. Plusieurs silex découverts dans la même couche archéologique avaient été chauffés dans des foyers préhistoriques, permettant aux chercheurs de les analyser par thermoluminescence. Les résultats, publiés dans une étude parallèle de datation parue également dans Nature, donnent un âge moyen de 315 000 ans, avec une marge d'incertitude de 34 000 ans. Une seconde méthode appliquée à une dent de la mandibule Irhoud 3 aboutit à environ 286 000 ans, avec une marge de 32 000 ans, une estimation compatible avec la première. À l'époque de leur publication, ces résultats repoussent d'environ 100 000 ans la chronologie fondée sur les principaux fossiles d'Homo sapiens connus jusque-là. L'anatomie des individus apporte une autre information essentielle. Leur visage, leur mandibule et leur dentition présentent plusieurs caractéristiques proches de celles des humains actuels, alors que leur boîte crânienne conserve une forme plus allongée. Cette combinaison indique que les différents caractères anatomiques associés à notre espèce se sont mis en place progressivement. Elle a également élargi considérablement la carte des premières populations humaines modernes : des représentants anciens d'Homo sapiens étaient présents au Maroc à une période extrêmement reculée. Les auteurs des travaux de 2017 ont ainsi défendu l'hypothèse d'une émergence panafricaine, impliquant différentes populations réparties sur le continent et susceptibles d'avoir été connectées entre elles, plutôt qu'une évolution concentrée dans une seule région.


Jebel Irhoud constitue depuis une référence majeure de la paléoanthropologie mondiale. Les recherches conduites par les scientifiques marocains et leurs partenaires internationaux ont montré que le territoire de l'actuel Maroc abritait des populations appartenant aux premières phases connues de notre espèce il y a plus de 300 000 ans. Cette découverte donne également au Maroc une place essentielle dans un récit scientifique autrefois principalement construit autour des fossiles retrouvés plus à l'est du continent. Sous le sol marocain se trouvait ainsi depuis des centaines de millénaires l'une des pièces les plus anciennes connues de l'histoire d'Homo sapiens.

Commentaires


bottom of page