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CASABLANCA, VALORISER LES DÉCHETS SANS SACRIFIER LE RECYCLAGE

il y a 11 minutes
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CASABLANCA, VALORISER LES DÉCHETS SANS SACRIFIER LE RECYCLAGE

Avec un investissement annoncé d’environ 1,5 milliard de dollars, Casablanca s’apprête à accueillir une infrastructure capable de transformer à grande échelle ses déchets non recyclables en électricité. Prévue pour entrer pleinement en service à la mi-2030, elle pourrait modifier le traitement des déchets de la métropole, tout en posant une question décisive : quelle place donner à l’incinération dans un pays qui cherche parallèlement à développer le tri, le recyclage et l’économie circulaire ?


Le 4 août 2026, un consortium réunissant le groupe suisse Kanadevia Inova, anciennement Hitachi Zosen Inova, le marocain Nareva et le japonais Itochu a signé avec la Commune de Casablanca une concession d’une durée de 33,5 ans. L’annonce officielle d’Itochu confirme également la signature de contrats d’achat d’électricité avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable, l’ONEE, ainsi qu’avec la Société régionale multiservices Casablanca-Settat. Le projet sera porté par une société dédiée, Al Beida Clean Power, dans laquelle Itochu investira par l’intermédiaire de sa filiale britannique I-Environment Investments.


Quelques semaines plus tard, le consortium a confié le contrat d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction au groupe libanais BUTEC, associé à Kanadevia Inova. Le site sera implanté au nord-ouest de la décharge de Médiouna, dans la région Casablanca-Settat. Le projet doit traiter environ 1,5 million de tonnes de déchets municipaux par an. La chaleur produite par l’incinération sera récupérée pour générer de l’électricité. Itochu annonce une capacité de 115 MW pour la production issue de la valorisation énergétique, tandis que des sources sectorielles évoquent une puissance globale proche de 126 MW pour l’ensemble du complexe. Cette différence doit être conservée dans la lecture du projet, car elle correspond vraisemblablement à des périmètres de calcul distincts.


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Maquette du futur Centre d’enfouissement et de valorisation des déchets de Casablanca.

Le dispositif doit également intégrer une centrale de 4 MW alimentée par le biogaz récupéré dans les anciennes décharges, ainsi qu’une installation solaire de 50 MW. Selon Itochu, l’ensemble pourra couvrir l’équivalent des besoins annuels d’environ un million de personnes. La société japonaise estime aussi que le projet pourrait éviter jusqu’à 128 millions de tonnes d’émissions de CO₂ sur la durée de la concession, en réduisant l’enfouissement et les émissions de méthane. Ces projections appartiennent aux promoteurs du projet et devront être confrontées aux résultats réels de l’installation, une fois celle-ci entrée en service.


Médiouna concentre une partie des difficultés auxquelles Casablanca est confrontée depuis plusieurs années. La décharge reçoit d’importantes quantités de déchets et reste associée à des nuisances olfactives, aux émissions de méthane et aux risques liés aux lixiviats. Le futur complexe doit donc traiter plusieurs problèmes à la fois : réduire la quantité de déchets envoyés directement en décharge, récupérer une partie de l’énergie contenue dans les déchets résiduels, capter le biogaz et organiser la fermeture ainsi que le suivi des sites existants. Le contrat comprend aussi la construction et la gestion de nouvelles installations de stockage.


Cette infrastructure arrive dans un contexte national marqué par l’augmentation des volumes produits. Le Programme de soutien de la Banque mondiale à la gestion des déchets municipaux au Maroc, approuvé en novembre 2024, rappelle que la couverture de collecte des déchets urbains est passée de 40 % en 2008 à 96 % en 2022. Cette progression constitue un résultat important pour les villes marocaines. Elle ne règle cependant pas toute la chaîne de gestion. La collecte ne représente que la première étape, avant le tri, le recyclage, la valorisation organique, la valorisation énergétique et le traitement des déchets ultimes.


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La même source indique que le Programme national de valorisation des déchets ménagers, établi en 2023, vise à réduire la dépendance à l’enfouissement et à améliorer la récupération des déchets. La Banque mondiale a engagé 250 millions de dollars pour accompagner cette transformation, améliorer la performance financière du secteur, réhabiliter certaines décharges et renforcer le suivi des émissions de gaz à effet de serre. Le projet de Casablanca s’inscrit donc dans une politique publique plus large. Il ne constitue pas une opération isolée, mais l’un des éléments d’une réorganisation progressive du modèle marocain de gestion des déchets.


La composition des poubelles marocaines rend cette évolution particulièrement complexe. La fraction organique peut représenter une part très importante des déchets ménagers dans plusieurs régions. Lorsque les biodéchets sont mélangés au papier, au carton, aux plastiques ou aux métaux, la récupération des matières devient plus difficile et plus coûteuse. Le tri intervient donc avant le choix de la technologie. Une politique efficace doit séparer autant que possible les matières recyclables, les biodéchets et les déchets véritablement résiduels. Ces derniers peuvent alors être orientés vers une unité de valorisation énergétique, tandis que les matières organiques peuvent alimenter le compostage ou la méthanisation.


La question du recyclage est au cœur du débat. Les promoteurs présentent l’installation comme une infrastructure destinée aux déchets non recyclables. Cette précision est essentielle. La valorisation énergétique ne doit pas absorber des matières qui peuvent encore être réemployées ou recyclées. Le papier, le carton, certains plastiques, les métaux et le verre possèdent une valeur matière qui disparaît lorsqu’ils sont brûlés. La hiérarchie de gestion des déchets place généralement la prévention, le réemploi et le recyclage avant la récupération d’énergie. Le projet de Casablanca devra donc démontrer, par ses règles d’approvisionnement et ses données publiques, que l’installation reçoit bien des déchets résiduels après les opérations de tri et de récupération.


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La durée de la concession, fixée à 33,5 ans, renforce cette exigence. Une infrastructure industrielle de cette ampleur doit disposer d’un flux régulier de déchets pour fonctionner. Si le Maroc augmente fortement son taux de recyclage, développe la collecte séparée des biodéchets et réduit la production à la source, la composition et le volume des déchets destinés à l’usine évolueront. Cette évolution ne constitue pas un problème en soi. Elle représente même le signe d’une politique environnementale réussie. Le contrat devra toutefois être suffisamment adaptable pour accompagner la progression de l’économie circulaire au lieu de la ralentir.


Le débat international sur la valorisation énergétique repose précisément sur cette question. Des organisations environnementales et des chercheurs cités dans plusieurs analyses spécialisées estiment que des installations conçues pour fonctionner pendant plusieurs décennies peuvent créer une dépendance à l’incinération lorsque les contrats garantissent un approvisionnement élevé. Cette position mérite d’être examinée, sans permettre de conclure à l’avance que le projet de Casablanca produira un tel effet. Tout dépendra de la définition juridique des déchets non recyclables, des obligations de tri, des objectifs fixés aux collectivités et de la transparence des données.


Les performances environnementales devront également être mesurées après la mise en exploitation. Les émissions atmosphériques, la qualité du traitement des fumées, la gestion des cendres, la récupération du biogaz, les rejets liquides et la fréquence des contrôles devront faire l’objet d’un suivi documenté. La publication régulière de ces informations permettra aux citoyens, aux chercheurs et aux collectivités de vérifier les résultats annoncés. Le recours à des technologies modernes ne dispense pas d’une surveillance rigoureuse. Il la rend nécessaire.


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Casablanca fait ainsi le choix d’une infrastructure industrielle d’une ampleur majeure pour le Maroc. La communication officielle d’Itochu présente le projet comme la première infrastructure intégrée de valorisation énergétique des déchets de cette nature au Royaume. Certaines sources ont évoqué une première installation africaine, mais cette formulation doit être écartée ou nuancée, Reuters présentant le projet comme le deuxième du genre sur le continent. La précision des termes compte, surtout pour un projet appelé à devenir une référence nationale.


D’ici à la mise en service prévue à la mi-2030, plusieurs étapes seront décisives : le bouclage du financement, le démarrage du chantier, la construction des unités industrielles, la modernisation du site de Médiouna, la mise en place des dispositifs de contrôle et la clarification des règles de tri. La réussite du projet ne se mesurera pas uniquement en mégawatts produits ou en tonnes de déchets traitées. Elle dépendra de la capacité à articuler plusieurs objectifs : réduire l’enfouissement, récupérer le méthane, produire de l’électricité, protéger les riverains, soutenir les filières de recyclage et développer le compostage.


Le Maroc dispose désormais d’une occasion de franchir une nouvelle étape dans la gestion de ses déchets. La valorisation énergétique peut contribuer à réduire la pression exercée sur les décharges et à produire une énergie utile à la métropole. Elle doit toutefois intervenir après la prévention, le tri, le réemploi, le recyclage et la valorisation des biodéchets. La modernisation ne se mesurera pas seulement en mégawatts, mais à la capacité du Royaume à transformer les déchets en ressources tout en préservant les matières qui peuvent encore être réutilisées. À Médiouna, l’enjeu sera donc de démontrer qu’une grande infrastructure industrielle peut soutenir l’économie circulaire au lieu de s’y substituer.

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