KHÉNIFRA

Khénifra s'étire à 830 mètres d'altitude sur les deux rives de l'Oum Errabia, à la lisière occidentale du Moyen Atlas. Chef-lieu de la province du même nom, la ville concentrait environ 123 686 habitants selon le recensement 2024, contre 72 672 en 2004, une croissance qui traduit l'ampleur de l'exode rural et de l'attractivité urbaine du Moyen Atlas central sur deux décennies. Capitale historique de la tribu amazighe des Zayane, Khénifra doit une partie de son nom, selon la tradition locale, au verbe amazigh « khnfr », qui évoque l'idée de tenir fermement, comme un écho à l'histoire de résistance qui a forgé la réputation de la ville.
Cette réputation s'enracine dans les événements de 1914. Le 12 juin, les troupes françaises occupent la ville, que les Zayane incendient plutôt que de la laisser intacte à l'occupant. Le 13 novembre suivant, à El Herri, à quelques kilomètres de là, les cavaliers de Mouha ou Hammou Zayani infligent au colonel Laverdure une défaite retentissante, avec plusieurs centaines de morts dans les rangs français selon les sources de l'époque. Cette bataille reste l'un des épisodes les plus marquants de la résistance marocaine à la pénétration coloniale, avant que les tribus zayanes ne finissent par se soumettre en 1920, peu avant la mort de leur chef en 1921. La kasbah qui porte le nom de Mouha ou Hammou Zayani, bâtie à l'origine sous les Almoravides puis restaurée sous le règne du sultan Moulay Ismaïl en 1688, domine toujours la ville aux côtés du vieux pont dit « portugais » enjambant l'Oum Errabia.
Au-delà de son passé guerrier, Khénifra revendique le titre de capitale des lacs et des cèdres : la forêt de cèdres qui l'entoure couvre plus de 65 000 hectares, soit environ la moitié du couvert cédricole national, et le parc national de Khénifra s'étend sur plus de 202 000 hectares autour de plans d'eau comme Aguelmame Aziza. La province a par ailleurs vu naître Lalla Latifa, née Fatima Amahzoune en 1945, épouse du Roi Hassan II et mère du Roi Mohammed VI. Sur le plan économique, le secteur tertiaire domine l'activité locale, tandis que l'artisanat zayane, tapis et tissages traditionnels, perpétue un savoir-faire ancestral aux côtés de traditions musicales toujours vivantes, incarnées notamment par l'artiste Mohamed Rouicha.







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