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LE MAROC AU CŒUR DE L’OFFENSIVE AMÉRICAINE SUR LE GNL

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LE MAROC AU CŒUR DE L’OFFENSIVE AMÉRICAINE SUR LE GNL

Les États-Unis accélèrent leur rapprochement avec le Maroc dans le secteur gazier. Du 19 au 30 septembre 2026, l'Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA) organise une mission de onze jours réunissant 16 représentants publics et privés de l'énergie du Maroc, de l'Égypte et de la Jordanie, avec l'objectif clairement affiché de positionner les technologies et les entreprises américaines sur les futurs investissements gaziers de ces trois pays.


Dans son communiqué du 15 septembre, l'USTDA présente cette initiative comme un moyen de promouvoir des technologies américaines de gaz naturel liquéfié (GNL) susceptibles de renforcer la sécurité énergétique des trois États. L'agence inscrit également cette démarche dans la volonté américaine d'affirmer sa "prééminence industrielle" et sa "domination énergétique". La dimension politique de la mission apparaît dès son passage à Washington. La délégation est accueillie à la Maison-Blanche par le National Energy Dominance Council du président américain dans le cadre d'une journée consacrée aux échanges avec de hauts responsables des agences fédérales concernées. Le programme se poursuit à Houston, au Texas, où sont prévues des rencontres avec les industriels américains et des démonstrations technologiques couvrant l'ensemble de la chaîne de valeur du gaz. Le 24 septembre, un business briefing organisé par l'USTDA doit permettre aux représentants marocains, égyptiens et jordaniens de présenter directement leurs projets, leurs besoins et les difficultés rencontrées aux fournisseurs américains, avant des rendez-vous individuels ciblés.


Pour le Maroc, la délégation comprend des représentants du Ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, de l'ONHYM et du groupe Managem. Leur présence intervient alors que le Royaume prépare plusieurs projets susceptibles de transformer progressivement son infrastructure gazière. Le principal dossier concerne Nador West Med, où le Maroc prévoit l'installation d'un terminal de GNL reposant sur une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU). Celle-ci serait connectée au gazoduc Maghreb-Europe puis à de nouvelles canalisations permettant notamment d'alimenter les zones industrielles de Kénitra et de Mohammedia ainsi que plusieurs centrales électriques. Le calendrier reste cependant incertain. En février 2026, le ministère de la Transition énergétique a suspendu la procédure d'appel d'offres concernant le terminal de Nador et les gazoducs associés en invoquant de "nouveaux paramètres et hypothèses" mais cette décision n'a pas été présentée comme un abandon du projet.



Le Royaume dispose parallèlement du projet gazier de Tendrara, dans l'Oriental. Managem, qui en a acquis les principaux actifs pour 45,2 millions de dollars, prévoit une production initiale d'environ 100 millions de mètres cubes de gaz par an, avec l'ambition d'atteindre 280 millions de mètres cubes après raccordement au réseau national. À plus long terme s'ajoute le gazoduc Nigeria-Maroc, projet d'environ 6 800 kilomètres dont le coût est estimé à près de 25 milliards de dollars. S'il ne relève pas directement du GNL, il pourrait renforcer l'intégration du Royaume aux marchés gaziers africains et européens. Les développements récents autour du Sénégal et de la Mauritanie renforcent par ailleurs l'intérêt du tronçon nord du Gazoduc Africain Atlantique. Le projet est conçu pour intégrer, au-delà du gaz nigérian, les ressources disponibles dans les pays traversés. Les réserves du bassin partagé par le Sénégal et la Mauritanie pourraient ainsi alimenter le corridor vers le Maroc avant l'achèvement de l'ensemble des 6 800 kilomètres jusqu'au Nigeria. Cette configuration donnerait au Royaume un accès progressif à plusieurs sources gazières d'Afrique de l'Ouest et renforcerait son rôle de point de connexion entre ces ressources, son marché intérieur et, à terme, les infrastructures reliées à l'Europe.



La mission de septembre prend surtout une dimension particulière lorsqu'elle est replacée dans son calendrier : il s'agit de la deuxième organisée par l'USTDA en seulement cinq mois auprès des mêmes trois pays, ce qui traduit une stratégie commerciale assumée. Du 19 au 29 avril 2026, une première délégation de 15 décideurs marocains, égyptiens et jordaniens s'était déjà rendue en Louisiane et au Texas. Elle avait notamment visité un terminal américain d'exportation de GNL et rencontré des industriels afin d'examiner leurs solutions technologiques. Les États-Unis cherchent à favoriser leurs exportations de GNL, mais également à positionner leurs entreprises sur les équipements, services et technologies nécessaires aux nouvelles infrastructures gazières. L'USTDA intervient en amont en finançant des travaux techniques préparatoires destinés à faciliter le développement des projets et la mobilisation de capitaux, avec pour perspective l'acquisition de biens et services américains. Le Maroc représente dans ce dispositif un marché particulièrement important. Entre janvier et juillet 2026, les entreprises américaines ont exporté 4,069 milliards de dollars de marchandises vers le Royaume, contre pour exemple comparatif, 804,4 millions vers l'Algérie sur la même période.


L'intérêt américain s'inscrit plus largement dans l'évolution des besoins énergétiques du Maroc, de l'Égypte et de la Jordanie. Les trois pays investissent dans les importations de GNL, le transport par gazoducs, le stockage et de nouvelles applications du gaz naturel. Autant de marchés potentiels pour les groupes industriels américains et pour le Maroc, ces échanges peuvent contribuer à identifier les technologies, partenaires et solutions de financement nécessaires à la construction de sa future architecture gazière.

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