AGADIR
- Brahim Al Maghribi

- 5 sept. 2020
- 3 min de lecture

Agadir tire son nom du berbère agadir, qui désignait autrefois un grenier collectif fortifié ; une étymologie qui dit déjà beaucoup de l'esprit de résistance et de reconstruction attaché à cette ville. Nichée sur la façade atlantique du sud-ouest marocain, à l'embouchure de l'oued Souss, elle est aujourd'hui le chef-lieu de la région Souss-Massa et la préfecture d'Agadir Ida-Outanane, dans un territoire où la population est majoritairement chleuh, berbérophone, même si la darija y est tout aussi couramment parlée.
Le site n'a rien d'un nouveau venu sur les cartes du Maroc : occupé depuis des siècles comme comptoir commercial, il voit les Portugais y installer un fort au XVIe siècle, alors baptisé Santa Cruz do Cabo de Aguer. Mais l'histoire d'Agadir est aussi, et surtout, celle d'une ville qui affronte la terre elle-même. Un premier séisme la détruit déjà en 1731. Un fait que l'on ne redécouvrira que bien plus tard, en déchiffrant une inscription de 1746 gravée sur le fronton de l'ancienne kasbah.
C'est cependant la nuit du 29 février 1960, à 23h40, qui reste gravée dans la mémoire collective marocaine. Un séisme de magnitude 5,7, dont l'épicentre se trouve juste sous la ville, la rase en une quinzaine de secondes à peine. Le bilan est effroyable : entre 12 000 et 15 000 morts selon les estimations, soit environ un tiers de la population d'alors ; la ville comptait 45 000 habitants avant la catastrophe, il n'en restait plus que 16 000 recensés dans les heures suivantes. Le prince héritier Moulay Hassan, futur Hassan II, est chargé par son père le roi Mohammed V de diriger personnellement les opérations de secours.
De ce désastre naît une décision radicale : plutôt que de rebâtir sur les ruines, on choisit de reconstruire Agadir environ deux kilomètres plus au sud, selon des normes parasismiques strictes qui façonnent encore aujourd'hui son urbanisme si particulier, aéré et moderne comparé aux médinas historiques du reste du pays.
Cette renaissance a fini par porter ses fruits de manière spectaculaire. Selon le recensement de 2024, la ville comptait 504 768 habitants, la préfecture d'Agadir Ida-Outanane 721 431, et l'ensemble de la région Souss-Massa plus de 3 millions, une croissance vertigineuse quand on se souvient qu'en 1950, Agadir ne comptait qu'environ dix mille âmes. Certaines estimations pour 2025 évoquent même une agglomération élargie dépassant le million d'habitants, en comptant les communes périphériques comme Inezgane-Aït Melloul. Cette expansion s'est nettement accélérée depuis les années 2010, portée par l'essor des vols low-cost et l'arrivée de l'autoroute jusqu'à Tanger.
Aujourd'hui, Agadir vit de plusieurs richesses complémentaires. Le tourisme balnéaire y règne sans partage, son climat océanique, doux et stable toute l'année, en fait la principale station balnéaire du royaume, adossée à une corniche et un front de mer devenus emblématiques. Mais la ville reste aussi le premier port de pêche sardinière du Maroc, tandis que l'arrière-pays du Souss en fait un bassin agricole majeur, entre agrumes, cultures primeurs et huile d'argan.
Du passé, il reste peu de traces bâties, la kasbah d'Agadir Oufella, perchée sur la colline qui surplombe la baie, en est le témoin architectural le plus marquant, l'un des rares vestiges à avoir partiellement résisté au séisme de 1960. Le Musée du Patrimoine Amazigh, lui, perpétue la mémoire de la culture berbère locale, rappel que si la ville a dû se réinventer dans le béton, son âme reste profondément enracinée dans son identité chleuh.






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