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GASNIER, QUOTIDIEN ET LE MAROC, QUAND LA POSTURE REMPLACE LES PRINCIPES

il y a 28 minutes
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GASNIER, QUOTIDIEN ET LE MAROC, QUAND LA POSTURE REMPLACE LES PRINCIPES

Lorsque Paul Gasnier, chroniqueur de l’émission Quotidien sur TMC, choisit le plateau d’une émission pour inciter à la diffusion de caricatures dégradantes de SM le Roi Mohammed VI, qu’Allah L’Assiste, et pour présenter comme une victime de l’oppression le militant Yasser Mounib condamné à quatre ans d’emprisonnement par la justice marocaine, il n'est pas question de signer un acte de courage journalistique mais plutôt un acte d’ignorance. Une ignorance de l’histoire institutionnelle du Royaume, de son socle religieux, de sa civilisation millénaire, des réalités juridiques comparées qui, dans sa propre Europe, protègent les souverains exactement comme le fait le Maroc, et de lui-même, puisqu’il illustre en direct les contradictions qu’il n’a pas la lucidité de voir. Mais il signe surtout, et c’est là que réside la gravité réelle de son intervention, un appel public à la diffusion d’un contenu déjà sanctionné par une juridiction souveraine. Commenter une affaire relève du droit à l’information. Organiser depuis un plateau national regardé par des centaines de milliers de personnes une campagne active de promotion d’un contenu condamné, c’est franchir une ligne que même les partisans les plus absolus de la liberté d’expression reconnaissent habituellement.


Commençons par l’écrin dans lequel Gasnier exerce ses talents de donneur de leçons. Quotidien est diffusée sur TMC, chaîne appartenant au groupe TF1, lui-même détenu par le groupe Bouygues, empire de BTP, de télécommunications et de médias, incarnation même du capitalisme industriel français dont les réseaux d’influence courent depuis des décennies jusqu’aux plus hautes sphères politiques du pays. L’émission qui se présente comme la conscience critique de la démocratie française est donc financée, structurellement, par l’un des conglomérats les plus puissants de France. Son animateur Yann Barthès figure régulièrement parmi les présentateurs les mieux rémunérés du paysage audiovisuel français, avec une rémunération estimée à plusieurs millions d’euros annuels. Ce détail mérite d’être gardé à l’esprit chaque fois que le chroniqueur Pierre-Emmanuel Barré décrit Quotidien comme une émission de “gros bourgeois blancs hors-sol”, déconnectée des réalités populaires et donneuse de leçons, une formule que l’environnement financier de l’émission rend non pas injurieuse mais simplement exacte.



Dans ce décor, la posture démocratique de l’émission présente une fissure béante que ses propres intervenants ne semblent pas voir. Yann Barthès a officiellement et publiquement justifié le refus d’inviter des élus du Rassemblement National sur son plateau, des élus démocratiquement élus, représentant des millions de Françaises et de Français. Une émission qui se pose en gardienne du pluralisme décide souverainement qui a le droit à la parole dans le débat public. Cette censure éditoriale assumée, couplée à un fact-checking documenté par de nombreux critiques médias français comme nettement plus agressif envers les figures de droite que de gauche, dessine le portrait d’une émission dont l’universalisme proclamé masque une profonde sélectivité politique. Et c’est depuis cette tribune-là que Paul Gasnier vient enseigner la démocratie au Maroc.


La première erreur de fond est d’ordre civilisationnel. La monarchie marocaine ne se réduit pas à une fonction politique comparable à un mandat présidentiel français ou à n’importe quel régime républicain contemporain. Elle s’inscrit dans une continuité historique attestée depuis plus d’un millénaire, structurée autour d’un pacte fondateur, la bay’a, ce contrat d’allégeance qui unit organiquement le Trône et la Nation, et qui ne relève pas d’une invention contemporaine destinée à légitimer le pouvoir mais d’une réalité documentée dans les chroniques médiévales et les correspondances diplomatiques des siècles passés. La continuité dynastique alaouite repose sur une filiation chérifienne rattachée au Prophète Muhammad ﷺ, constitutive d’une légitimité spirituelle que les grilles d’analyse des sciences politiques occidentales ne sont pas faites pour saisir précisément parce qu’elles n’ont pas été conçues pour ça. Dans notre société, nous respectons nos aînés, nos enseignants, nos gouverneurs, non par peur mais parce que cette culture du respect de l’autorité est ce qui préserve la cohésion d’une Nation. Comparer SM le Roi Mohammed VI, qu’Allah L’Assiste, à un chef d’État révocable par les urnes relève d’un contresens historique qui disqualifie d’emblée toute la démonstration de Gasnier.



La deuxième erreur est d’ordre juridique, et elle est d’autant plus grave que Gasnier prétend parler au nom de l’État de droit. L’article 267 du Code pénal marocain punit l’offense à la personne du Roi. Gasnier présente ça comme une preuve d’autoritarisme. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’en Espagne, les articles 490 et 491 du Code pénal protègent la famille royale contre les injures à la Couronne. D'ailleurs, le tribunal de l’Audiencia Nacional a condamné les dessinateurs de l’hebdomadaire satirique El Jueves, Guillermo Torres et Manel Fontdevila, pour une couverture représentant le prince Felipe et son épouse dans une scène sexuelle, le juge avait en outre ordonné la saisie du numéro. Aux Pays-Bas, l’article 111 du Code pénal prévoit jusqu’à cinq ans d’emprisonnement pour insulte au souverain. En France elle-même, en août 2021, le tribunal correctionnel a condamné Michel-Ange Flori, artiste toulonnais, pour injure publique après qu’il eut représenté Emmanuel Macron sous les traits d’Adolf Hitler et du maréchal Pétain. Cette condamnation n’a suscité de la part de Gasnier ni chronique, ni appel à diffuser les œuvres incriminées, ni plaidoyer pour le condamné et ce silence est révélateur.



La troisième dimension que Gasnier écarte est islamique. En islam, railler un dirigeant musulman de manière dégradante cumule trois interdits coraniques explicites : la sukhriyya, moquerie dégradante prohibée par le verset 49:11, la ghiba, médisance condamnable, et le buhtan, calomnie par image. D'après le hadith authentique rapporté par Muslim, “celui qui montre le chemin du mal partage le péché de celui qui le commet.” En invitant à partager ces visuels, Gasnier ne défend pas une liberté abstraite mais il participe activement à une transgression religieuse pour les millions de Marocains, qu'ils ressentent dans leur foi, dans leur identité et dans leur vie quotidienne. Prétendre leur enseigner ce que devrait être leur rapport à leur Souverain sans avoir jamais étudié l’histoire alaouite ni vécu dans une société musulmane, c’est précisément ce que les sciences sociales appellent l’ethnocentrisme, la projection de sa propre culture comme mesure universelle du bien.



La quatrième contradiction touche à ce que Gasnier présente comme ses valeurs les plus profondes. Le Prix Goncourt des détenus qu’il a reçu en décembre 2025 aurait dû faire de lui la voix naturelle de Christophe Gleizes, journaliste français emprisonné en Algérie depuis plus de cinq cents jours, condamné à sept ans pour “apologie du terrorisme” dans ce que Reporters sans frontières a qualifié d’accusation politique. Quotidien en a parlé, par la voix de Gasnier lui-même. Mais là où on attendait l’indignation d’un homme qui va sous les missiles pour défendre la liberté, on a eu la neutralité froide d’un spectateur. Aucune formulation pour décrire un “régime totalitaire” coutumier de “répression” mais juste des regrets polis, une couverture distante, presque administrative. Un journaliste français emprisonné sept ans pour ses opinions et Gasnier couvre ça comme un fait divers. Mettez en regard cette neutralité calculée avec la véhémence qu’il n’hésite pas à réserver au Maroc depuis ce même plateau.


La cinquième incohérence concerne l’Ukraine. Depuis 2022, Zelensky a signé une loi qui place les médias sous la tutelle d’un régulateur non indépendant nommé par le pouvoir exécutif. Des journalistes étrangers ont été expulsés. Des médias d’opposition ont été interdits. Les élections présidentielles ont été suspendues, et Zelensky gouverne par décrets sans mandat renouvelé. Gasnier, qui va sous les missiles pour couvrir ce pays, ne les a jamais dénoncés avec le même élan qu’il réserve au Maroc. Cette même sélectivité se retrouve sur Gaza : quand des centaines d’organisations internationales parlent de génocide, l’émission a persisté à utiliser le mot “conflit”, une neutralité de langage que ses propres admirateurs de gauche lui ont reprochée publiquement. Le courage géographique ne suffit pas quand il est absent là où il dérange.



Cette sélectivité a un nom en psychologie sociale : le biais d’endogroupe. En juillet 2018, au lendemain de la victoire de la France en Coupe du Monde, lorsqu’un internaute avait osé écrire que Kylian Mbappé avait une voix de canard, Gasnier avait répondu en publiant solennellement la définition du mot “blasphème.” Des caricatures dégradantes d’un Roi, appel à la diffusion et une blague sur la voix d’un footballeur français en pleine euphorie nationale serait un blasphème. La grille est claire et elle n’a rien à voir avec des principes universels. Et c’est précisément ce que Gasnier avait lui-même diagnostiqué en septembre 2017 dans un tweet citant une maxime qu’il semblait admirer : “À l’acrimonie qui ouvre le regard succèdent les œillères du ressentiment.” Monsieur Gasnier, vous avez décrit votre propre condition intellectuelle sept ans avant d’en faire la démonstration publique la plus éclatante.


GASNIER, QUOTIDIEN ET LE MAROC, QUAND LA POSTURE REMPLACE LES PRINCIPES

Il y a dans La Collision une vérité que Paul Gasnier a eu le courage d’écrire mais pas encore celui de comprendre pleinement. Dans ce récit publié en 2025 chez Gallimard, il ne raconte pas seulement la mort de sa mère, tuée à Lyon en 2012. Il s’interroge sur les deux trajectoires familiales que tout oppose, sur les fractures profondes d’une société française qui a produit ces destins divergents, sur ce qui, dans le tissu social, s’est effiloché au point de rendre possible l’irréparable. C’est une interrogation légitime et nécessaire. Mais elle contient une réponse que Gasnier ne formule pas, parce qu’elle le contredit directement. Les fractures qu’il décrit commencent précisément là où s’effondre le respect de l’autorité et de ses représentations. Lorsqu’une société cesse de considérer que certains symboles, certaines institutions, certaines figures d’autorité méritent un respect intangible, elle ne perd pas seulement une convention sociale mais elle perd le ciment qui retient ensemble des trajectoires qui n’auraient pas d’autre raison de converger. Dans notre société marocaine, l’attachement au Souverain n’est pas le vestige d’un obscurantisme à corriger, c’est précisément ce socle de respect partagé, cette reconnaissance d’une autorité qui dépasse les individus, qui préserve la cohésion collective et prévient ces fractures que Gasnier a lui-même documentées et pleurées. En incitant à la diffusion de caricatures dégradantes de SM le Roi Mohammed VI, qu’Allah L’Assiste, Gasnier ne défend aucune liberté. Il contribue à l’érosion de ce qu’il a lui-même identifié, dans son œuvre la plus intime, comme la condition de toute vie commune. Il a écrit le diagnostic mais sans doute, il n’a pas encore lu sa propre ordonnance.


Le tableau est complet. Un chroniqueur formé dans la bulle médiatique parisienne, employé d’une émission financée par l’empire Bouygues, qui censure l’opposition politique française tout en se réclamant du pluralisme, qui va couvrir l’Ukraine sans jamais critiquer les lois anti-presse de Zelensky, qui reçoit un prix de prisonniers sans défendre Christophe Gleizes, qui crie au blasphème pour une blague sur Mbappé et organise une campagne de diffusion de caricatures de notre Roi, qui parle de “conflit” à Gaza et de “liberté” au Maroc. Gasnier, vous n'avez pas le profil d’un journaliste courageux mais celui d’un homme dont les convictions s’arrêtent exactement là où commence l’inconfort. La monarchie marocaine ne vous doit aucune explication puisqu'elle s’est construite sur mille ans d’histoire, de foi et d’allégeance que ni un plateau parisien ni une émission financée par un conglomérat industriel ne pourront effacer.

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