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LA RUSSIE OPPOSÉE AUX ÉTATS-UNIS SUR LE SAHARA, UN CONFLIT DE GRANDES PUISSANCES QUI OUBLIE QUE LE MAROC A DÉJÀ GAGNÉ

il y a 52 minutes
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LA RUSSIE OPPOSÉE AUX ÉTATS-UNIS SUR LE SAHARA, UN CONFLIT DE GRANDES PUISSANCES QUI OUBLIE QUE LE MAROC A DÉJÀ GAGNÉ

Le 30 octobre 2026, le Conseil de sécurité des Nations Unies s'est réuni pour voter sur le renouvellement du mandat de la mission au Sahara marocain. Onze membres sur quinze ont voté en faveur du texte américain. Trois se sont abstenus. Un seul a dit non : la Russie. Ce "non" d'un membre permanent suffit à faire tomber la résolution, c'est la règle du veto inscrite dans la Charte de l'ONU depuis 1945. Et pourtant, dans les couloirs du siège des Nations Unies à New York comme dans les rédactions qui couvrent ce dossier depuis des décennies, la question posée immédiatement après ce vote était la même : qu'est-ce que ce veto change réellement sur le terrain ?


La réponse honnête est : rien, ou presque. Mais pour comprendre pourquoi, il faut d'abord mesurer ce que la Russie a choisi de bloquer, et pourquoi elle l'a fait.


Le texte sur lequel portait ce vote avait été rédigé par les États-Unis, en leur qualité de "penholder" du dossier au Conseil de sécurité. Dans sa version finale, soumise au vote après plusieurs semaines de navette diplomatique, il proposait une rupture significative avec les résolutions précédentes : la mission onusienne au Sahara, connue sous l'acronyme MINURSO depuis 1991, aurait été rebaptisée MINUSO, le mot "Référendum" rayé de son sigle à compter du 1er novembre 2026. Le plan d'autonomie présenté par SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, en 2007 était qualifié de "solution la plus réalisable", seule base de négociation reconnue. Le texte demandait également au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés de procéder à un recensement réel de la population des camps de Tindouf dans un délai de six mois. Il condamnait explicitement l'attaque menée par le Polisario contre la ville de Smara le 5 mai 2026. Et il "saluait le leadership du Président Trump" dans la gestion du dossier, une formulation nominative rare dans les résolutions du Conseil, qui reflétait l'implication directe de Washington.



C'est précisément sur ce dernier point, et plus largement sur l'architecture politique du texte, que Moscou a articulé ses griefs. Pour le représentant russe, le document était "déséquilibré" et ne reflétait pas les vues de l'ensemble des délégations. La Russie avait en effet réclamé, comme lors des sessions précédentes, que la mission soit maintenue "dans sa forme actuelle", c'est-à-dire avec le référendum dans son mandat, avec l'autodétermination comme principe cardinal, et sans la mention personnalisée d'un président américain dans le corps d'un texte multilatéral. Ce que Moscou lisait dans le projet américain, c'était une tentative de Washington de reformater unilatéralement, sous la pression du lobbying marocain et dans la logique de l'alignement Trump-Rabat, un cadre diplomatique construit collectivement depuis plus de trente ans. Selon les informations rapportées avant le vote, le vice-ministre des Affaires étrangères russe Alexander Alimov avait d'ailleurs signifié à l'ambassadeur algérien à Moscou que la Russie tenait à ce que la MINURSO soit reconduite telle quelle.



Il serait toutefois trompeur de présenter ce veto comme une prise de position russe sur le fond du dossier sahraoui. La Russie n'a pas de contentieux historique avec le Maroc. Elle entretient avec Rabat des relations diplomatiques et économiques qui, malgré les tensions de la scène internationale, n'ont jamais été rompues. Ce que Moscou défend ici, c'est un principe de procédure et un équilibre de pouvoir, non une conviction sincère sur la question de la souveraineté marocaine au Sahara. La Russie s'oppose au fait qu'un membre permanent, les États-Unis, puisse réécrire à sa guise les termes d'un dossier sensible sans consensus préalable. C'est le même réflexe qui l'avait conduite à menacer de veto en 2025 avant que Washington ne ramollisse sa copie, et qui avait alors produit une abstention russe sur la résolution 2797. Cette fois, les concessions américaines n'ont pas suffi, notamment parce que la mention de Trump dans le texte a été perçue comme une provocation politique inadmissible pour Moscou dans le contexte de la rivalité globale entre les deux puissances.



LA RUSSIE OPPOSÉE AUX ÉTATS-UNIS SUR LE SAHARA, UN CONFLIT DE GRANDES PUISSANCES QUI OUBLIE QUE LE MAROC A DÉJÀ GAGNÉ

Ce veto est donc, avant tout, un épisode du conflit structurel entre Washington et Moscou, exporté dans le Conseil de sécurité comme tant d'autres dossiers régionaux l'ont été depuis 2022. Le Sahara marocain y joue le rôle d'un terrain d'affrontement par procuration, ce qui révèle moins la fragilité de la position marocaine que la mécanique du système international dans lequel elle s'inscrit. Onze voix sur quinze en faveur du texte américain, selon les déclarations enregistrées lors du vote, dont celles de la France, du Royaume-Uni et de l'immense majorité des membres non permanents, dessinent un consensus international que le veto d'un seul membre permanent ne reflète pas et ne résume pas. La France, dans l'intervention de son représentant Jérôme Bonnafont, a affirmé que "le présent et l'avenir du Sahara s'inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine". Le Royaume-Uni a qualifié le plan d'autonomie de "base la plus crédible" pour une solution. Ce sont des positions qui demeurent, quoi qu'il arrive au texte onusien.


Car le terrain, lui, n'attend pas les votes du Conseil de sécurité. Le Maroc gouverne son Sahara depuis 1975, cinquante et un ans d'investissements publics massifs, de développement d'infrastructures, de représentation élue dans les conseils régionaux et les institutions nationales. Les villes de Laâyoune et de Dakhla se sont transformées, dans les deux dernières décennies, en pôles économiques dont la trajectoire de croissance n'a pas d'équivalent dans la région. Les accords signés entre SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, et les chefs d'État africains lors des récentes tournées royales ont consacré le rôle du Sahara comme porte d'entrée vers l'Afrique subsaharienne, de même que l'avancement du projet de Gazoduc Africain Atlantique qui traverse cette façade atlantique. Aucun vote à New York ne modifie ces réalités. Aucun veto ne déplace une route, ne ferme une administration, ne remet en question la nationalité marocaine des quelque 620 000 habitants des provinces du Sud.


Ce veto ouvre d’ailleurs une perspective que ni Alger ni le Polisario ne semblent avoir mesurée. Les États-Unis sont les premiers contributeurs au budget de maintien de la paix des Nations Unies, à hauteur de 27 % environ, soit quelque 55 millions de dollars par an pour la seule MINURSO. Washington est également le “penholder” du dossier, c’est l’administration américaine qui rédige la résolution annuelle de renouvellement. Si l’administration Trump choisit, en représailles au veto russe ou par conviction politique propre, de ne plus déposer de texte de renouvellement, le mandat de la mission expire le 31 octobre 2026 et la MINURSO s’éteint d’elle-même, sans qu’aucune résolution soit nécessaire pour cela. L’histoire récente a montré que Washington n’hésite pas à utiliser l’arme budgétaire comme levier : retrait de l’UNESCO, gel des contributions à l’UNRWA, menaces répétées sur le budget général de l’organisation. La fin de la MINURSO placerait l’Algérie dans une position intenable : seule à porter financièrement et politiquement le fardeau des camps de Tindouf, sans le parapluie institutionnel onusien, sans l’argument du processus en cours. Le dossier glisserait alors hors du cadre multilatéral pour entrer dans un espace bilatéral où le rapport de force, diplomatique comme militaire, est entièrement favorable au Maroc. C’est, paradoxalement, le scénario que le veto russe d’hier soir pourrait avoir contribué à accélérer.


L’histoire de ce dossier enseigne une leçon simple : les résolutions du Conseil de sécurité accompagnent ou retardent les évolutions diplomatiques, mais elles ne créent pas les situations de fait. Ce qui s’est passé le 31 octobre 2026 à New York, c’est qu’un conflit entre deux membres permanents a laissé la MINURSO sans mandat dès cette nuit, dans un vide juridique que personne n’avait programmé. Ce vide est inconfortable pour tout le monde, sauf pour le Maroc. Car le Maroc n’a pas besoin d’une résolution pour administrer son Sahara, il le fait depuis 1975. C’est l’Algérie qui a besoin du cadre onusien pour maintenir vivant un dossier que le terrain a déjà tranché. Sans ce cadre, sans ce renouvellement, c’est l’argument séparatiste lui-même qui se retrouve suspendu dans le vide. Le Maroc, lui, reste debout avec le même plan, la même position, et une réalité de terrain dont personne ne peut nier qu’elle est déjà, depuis longtemps, la seule solution qu’aucun vote n’a le pouvoir d’effacer.

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