PLUS DE 1,5 MILLION DE MÉMORISATEURS DU CORAN AU MAROC, HISTOIRE D'UNE TRANSMISSION VIVANTE
Dernière mise à jour : 6 oct.

Le 16 mars 2026, au Palais royal de Rabat, un garçon de dix ans originaire de Salé a récité le Saint Coran de mémoire devant SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, avant de recevoir des mains du Souverain le prix de l'enfant mémorisateur. Derrière Zayd El Bakkali se tient une chaîne de transmission qui court des bancs d'un msid de village jusqu'à la mosquée-université Al Quaraouiyine de Fès, fondée en 859, et qui compte aujourd'hui, selon le ministère des Habous et des Affaires islamiques, plus de 1,5 million de mémorisateurs.
La scène se déroule durant la veillée religieuse de Laylat Al-Qadr, au Palais royal de Rabat, le 16 mars 2026. SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, préside la cérémonie, en présence de SAR le Prince Héritier Moulay El Hassan, de SAR le Prince Moulay Rachid et de SAR le Prince Moulay Ahmed. Un enfant de dix ans, Zayd El Bakkali, originaire de Salé, récite des versets du Saint Coran avec une maîtrise qui impose le silence à l'assistance, puis reçoit des mains du Souverain le prix de l'enfant mémorisateur, comme le rapporte la couverture de la veillée par la radio-télévision publique. Le même soir, SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, distingue également des lauréats des prix destinés aux savants et aux écoles coraniques, geste qui rappelle que la Commanderie des croyants place le Livre au cœur de la vie nationale.
Le parcours de l'enfant avait déjà franchi les frontières. Dans son compte rendu du 33e Prix international du Saint Coran de Tanzanie, tenu à Dar es Salaam le 23 février 2025 devant plus de soixante mille spectateurs, l'Agence de presse saoudienne cite un petit Marocain de huit ans, Zaid Al-Baqali, troisième de la catégorie des jeunes mémorisateurs et présenté comme le plus jeune concurrent à avoir mémorisé l'intégralité du Coran, parmi des participants venus de vingt-cinq pays. La graphie, l'âge et les dates laissent penser qu'il s'agit du même enfant, ce que les sources consultées ne précisent pas. Dans les deux cas, le fait demeure établi : un écolier marocain a fait honneur à son pays devant des audiences internationales, puis devant son Roi.
D'où vient cette vitalité ? Le ministère des Habous et des Affaires islamiques recense environ 1,5 million de Marocains ayant mémorisé la totalité du Coran. Le dispositif qui les forme s'appuie, toujours selon les données du ministère, sur 2 253 centres de mémorisation accueillant 114 215 étudiants, sur 11 478 kuttabs, les écoles coraniques, qui scolarisent 327 272 élèves, et sur 289 écoles d'enseignement traditionnel pour 36 531 élèves. Ces chiffres dessinent un maillage qui couvre les villes, les villages et les territoires du Sud du Royaume. Une précision de méthode s'impose : l'agence IQNA, citant le média Anjazi, présente le Maroc comme premier au monde selon l'UNESCO, avec 1 628 054 mémorisateurs.
Pour comprendre l'ampleur de ces effectifs, il faut remonter à l'institution qui les nourrit depuis des siècles, le msid, que l'on appelle aussi kuttab. Annexée à la mosquée, la salle où le fqih fait réciter les enfants assis sur des nattes constitue, selon les travaux de l'anthropologue Dale Eickelman, dont l'article de 1978 sur l'art de la mémoire et la reproduction sociale de l'éducation islamique est devenu une référence de la discipline, l'un des lieux où se reproduisent la culture savante et le lien entre les générations. Le psychologue Daniel Wagner, de l'Université de Pennsylvanie, a consacré les années 1980 au Morocco Literacy Project, dont l'ouvrage Literacy, Culture and Development, publié par Cambridge University Press, étudie les effets de la scolarisation coranique préscolaire sur les enfants marocains. Ces recherches confirment par l'enquête de terrain ce que les familles savent par expérience : pour des générations de Marocains, l'apprentissage du Coran précède l'école et structure l'enfance.
La méthode a sa singularité, que Maroc Patriotique avait décrite dans son article MÉMORISATION DU CORAN SUR L'ARDOISE MAROCAINE. L'élève écrit les versets dictés par le fqih sur une ardoise de bois, le lawh, les récite, les fait corriger, puis efface la planche pour recommencer avec le passage suivant. L'écriture engage la main autant que la mémoire, et la transmission orale directe du maître à l'élève perpétue la chaîne par laquelle le texte est parvenu jusqu'à nous. Un hadith rapporté par Al-Bukhari, « Le meilleur d'entre vous est celui qui apprend le Coran et l'enseigne », résume l'éthique de ce métier, qui fait du maître et de l'élève les deux maillons d'une même fidélité.
Le ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, a souligné dans un reportage consacré à ces écoles que cet attachement est naturel et traverse toutes les composantes du pays : même les compatriotes amazighs qui ne parlaient pas l'arabe l'ont appris et ont mémorisé le Coran dans son intégralité, et près d'un demi-million d'enfants fréquentent aujourd'hui les écoles coraniques, la plupart rattachées aux mosquées. Le ministre a aussi rappelé que le programme national de lutte contre l'analphabétisme, initié par SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, bénéficie à plus de 350 000 personnes chaque année, avec une forte proportion de femmes venues apprendre à lire et à écrire pour pouvoir lire le Coran, dont certaines, d'abord analphabètes, sont parvenues à le mémoriser en entier. Des écoles saisonnières ouvrent l'été pour les familles marocaines résidant à l'étranger, notamment à Guercif, et des écoles itinérantes accompagnent les éleveurs du Sahara marocain dans leurs déplacements, sans que la mission change : transmettre le Livre. Dans les ateliers du msid, la tablette de bois est enduite d'argile et l'élève écrit au calame avec une encre noire, selon un procédé que les maîtres amazighs désignent sous le nom de titemtin.
La densité de cette tradition s'explique aussi par la présence, depuis le IXe siècle, d'un foyer de savoir qui a rayonné bien au-delà du Royaume. La mosquée-université Al Quaraouiyine, fondée à Fès en 859 par Fatima al-Fihri, est considérée par l'Encyclopædia Britannica comme l'une des plus anciennes universités encore en activité. Elle a fait de Fès, selon la même source, un refuge pour les savants d'Andalousie lorsque les musulmans et les juifs furent expulsés d'Espagne à partir du XIIIe siècle, et on lui attribue, au XIVe siècle, jusqu'à huit mille étudiants. Cet héritage éclaire pourquoi le Maroc a toujours tenu ses savants et ses mémorisateurs pour des piliers de la société, et pourquoi les écoles d'enseignement traditionnel actuelles portent encore des noms de référence : l'étude du Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique sur l'enseignement traditionnel au Maroc, réalisée à partir d'une enquête sociologique menée à l'automne 2007, cite notamment les établissements Imam Nafi' à Taourirt, Warch à Berkane et Imam Chatibi à Tétouan.
Ces noms renvoient à l'identité sonore du Royaume. Le Maroc récite le Coran selon la lecture de Warsh transmise de Nafi', imam de Médine mort en 169 de l'Hégire, par son disciple Warsh, mort en 197, et cette lecture, préservée depuis plus d'un millénaire en Afrique du Nord, demeure étroitement associée à l'école malikite. Pour garantir la rigueur de cette tradition, l'État s'est doté en 2010 d'une institution dédiée : la Fondation Mohammed VI pour l'édition du Saint Coran, créée par le dahir n° 1.09.198 du 23 février 2010, qui publie le Mushaf Mohammadi en riwaya Warsh après examen de chaque détail par un comité scientifique de savants du Coran et d'experts en calligraphie et en enluminure. Quant aux soupçons qui avaient circulé sur une prétendue modification du texte, Maroc Patriotique y a répondu par son article LE MAROC A-T-IL MODIFIÉ LE CORAN ? DÉCONSTRUCTION D'UNE FAKE NEWS.
L'engagement de l'État et de la Commanderie des croyants se lit aussi dans les concours. Le Prix international Mohammed VI de mémorisation, de déclamation, de psalmodie et d'exégèse du Saint Coran, organisé chaque année par le ministère des Habous et des Affaires islamiques, a été institué par le dahir n° 1.04.223 du 16 février 2005. Sa vingtième édition, ouverte en août 2026, a réuni 83 mémorisateurs et récitants issus de 53 pays des cinq continents, dont 41 dans la section de la mémorisation complète avec psalmodie et exégèse. En accueillant à Rabat des candidats du monde entier, le Royaume forme ses propres hafiz et fait aussi de sa capitale un rendez-vous de la communauté musulmane autour du Livre, dans l'esprit d'un Islam du juste milieu que SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, défend en tant qu'Amir Al-Mouminine.
Les Marocains brillent aussi hors de leurs frontières. En novembre, lors de la première édition du concours international de mémorisation du Saint Coran d'Astana, organisée par la direction religieuse des musulmans du Kazakhstan, Ilyas Hajri a décroché la première place devant vingt-neuf concurrents du monde entier. En avril 2022, Younès Moustapha Gharbi a remporté la première place de la finale du concours de récitation saoudien « Otr Elkalam », dont la dotation s'élevait à 1,33 million de dollars, selon le compte rendu d'Arab News en français, avec un jury de treize membres qui comptait des muezzins des deux Saintes Mosquées. Ces victoires, obtenues sur des scènes très exigeantes, attestent d'une formation dont la rigueur se mesure à l'étranger, devant des jurys venus de cultures différentes.
Reste à savoir ce que ce capital apporte à la société. L'apprentissage au kuttab façonne la discipline, la concentration et la régularité, comme l'a montré notre article sur l'ardoise marocaine, qui rappelle aussi que les écoles coraniques retrouvent une affluence particulière chaque Ramadan. Cette alliance entre mémoire et éthique s'inscrit dans l'identité religieuse marocaine, fondée sur l'unité de rite malikite, sur la lecture de Warsh et sur un Islam du juste milieu, et elle s'ancre dans la pratique des familles qui confient leurs enfants au fqih dès le plus jeune âge.
Du village de montagne au Palais royal de Rabat, la chaîne n'est jamais rompue. Un enfant de Salé récite devant son Roi, et ce simple moment condense treize siècles d'efforts : celui des fqihs qui ont veillé sur les ardoises, des mères qui ont accompagné leurs enfants dès l'aube, des savants de la Quaraouiyine, des souverains qui ont protégé le Livre, de l'État qui entretient aujourd'hui des milliers d'écoles et de centres. Le Maroc est un gardien du Livre, et cette fonction lui confère à la fois une fierté et une responsabilité. Préserver cette tradition suppose de soutenir les maîtres, de moderniser sans dénaturer, de continuer à accueillir les concours qui révèlent les jeunes talents et d'ouvrir à chaque enfant, garçon ou fille, la possibilité d'entrer dans cette lignée. Tant que des voix d'enfants s'élèveront à l'aube dans les kuttabs de Fès, de Taroudant ou de Laâyoune, le Royaume pourra regarder l'avenir avec la sérénité de ceux qui savent d'où ils viennent, et transmettre aux générations qui viennent ce que leurs ancêtres leur ont confié.







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