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BATTERIE LFP EN 7 MINUTES, L'EXPLOIT DE RACHID YAZAMI ET L'ATOUT PHOSPHATE DU MAROC

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BATTERIE LFP EN 7 MINUTES, L'EXPLOIT DE RACHID YAZAMI ET L'ATOUT PHOSPHATE DU MAROC

Trois minutes et quarante-deux secondes. Selon un communiqué publié à Singapour le 29 octobre 2026, il n'a pas fallu davantage pour faire passer une cellule de batterie lithium-fer-phosphate de 10 % à 70 % de charge. Derrière ce chronomètre se tient un nom familier aux Marocains : Rachid Yazami, né à Fès en 1953, père de l'anode en graphite qui équipe aujourd'hui la grande majorité des batteries lithium-ion de la planète. À l'heure où la course mondiale aux batteries redessine les équilibres industriels, l'annonce résonne d'une manière singulière au pays du phosphate.


Le scientifique marocain Rachid Yazami vient d'annoncer une nouvelle avancée dans le domaine du stockage de l'énergie. En collaboration avec la société singapourienne KVI, il a développé une technologie de recharge ultra-rapide baptisée NLV (Non-Linear Voltammetry), capable, selon les résultats communiqués par l'entreprise le 29 octobre 2026, de recharger une cellule de batterie lithium-fer-phosphate (LFP) de 10 % à 70 % en seulement 3 minutes et 42 secondes, avec une recharge complète annoncée en sept minutes. Durant l'essai, la température de la cellule est restée inférieure à 50 °C. Cette performance repose sur une nouvelle méthode de pilotage de la tension électrique, qui adapte le courant au comportement électrochimique de la batterie, plutôt que d'imposer une intensité constante. L'objectif est d'accélérer la recharge tout en limitant l'échauffement et la dégradation des cellules.


Pour mesurer la portée de ce résultat, il faut entrer dans le laboratoire. Les chargeurs classiques contrôlent d'abord l'intensité du courant. La méthode de KVI renverse la logique : Rachid Yazami décrit une tension réglée par paliers successifs, le courant s'ajustant à la réponse électrochimique de la cellule, et compare le profil de tension ainsi obtenu à une empreinte digitale, propre à chaque cellule. En français, la presse marocaine parle de « voltamétrie non linéaire », une précision essentielle puisque l'essai a été conduit sur une seule cellule LFP achetée dans le commerce, et pas encore sur le pack complet d'un véhicule. La comparaison avec les géants du secteur éclaire l'enjeu. En mars 2026, le constructeur chinois BYD annonçait une recharge de 10 % à 70 % en cinq minutes.



L'intérêt de cette innovation réside également dans la nature même de la batterie utilisée : la technologie LFP, ou lithium-fer-phosphate, qui associe notamment le lithium, le fer et le phosphate. Cette composition présente des avantages industriels importants, notamment l'absence de cobalt et de nickel, une bonne stabilité thermique et une durée de vie généralement élevée. Pour le Maroc, cette annonce revêt donc une dimension stratégique particulière. Le Royaume dispose des plus importantes réserves mondiales connues de phosphate, une matière première essentielle à la fabrication des matériaux actifs utilisés dans les batteries LFP. Cette richesse constitue un avantage potentiel dans la construction d'une véritable industrie nationale des batteries, à condition de dépasser le simple rôle de fournisseur de matières premières pour investir dans la transformation, la recherche et la fabrication industrielle.


Le poids du Royaume sur ce marché est documenté de longue date par l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS), dont les Mineral Commodity Summaries placent année après année le Maroc au premier rang mondial des réserves de roche phosphatée. Rachid Yazami a lui-même fait de cette équation un sujet de réflexion, affirmant que les minéraux sont au cœur de la souveraineté technologique des États, un propos qui prend tout son sens alors que le Royaume s'invite dans les discussions internationales sur les minerais critiques. L'homme parle en connaissance de cause. Diplômé de Grenoble INP en 1978, docteur en 1985, il met au point dès 1980 l'anode en graphite, comme le retrace le portrait que lui a consacré Maroc Patriotique. En 2014, ses travaux lui valent le Charles Stark Draper Prize de l'Académie nationale d'ingénierie des États-Unis, partagé avec John Goodenough, Yoshio Nishi et Akira Yoshino, ainsi qu'un Wissam royal conféré par SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste. En mai 2025 encore, un nouveau brevet américain venait s'ajouter à un portefeuille déjà considérable, preuve d'une créativité intacte après plus de quatre décennies de recherche.


Les applications envisagées dépassent le secteur automobile. La technologie pourrait notamment concerner les téléphones, les équipements électriques sans fil, les deux-roues et les véhicules électriques. KVI a également signé, le 28 octobre, un protocole d'accord avec le constructeur japonais SkyDrive afin d'étudier son application aux aéronefs électriques à décollage et atterrissage verticaux. Au-delà de la vitesse de recharge, Rachid Yazami affirme que sa méthode pourrait permettre de doubler la durée de vie des batteries par rapport aux procédés conventionnels. La société met également en avant des dispositifs de surveillance de leur état de santé et de détection précoce de certains défauts internes. Ces performances devront néanmoins être confirmées par des validations indépendantes et des essais à plus grande échelle.



Le protocole signé avec SkyDrive mérite d'être lu de près. Selon l'agence de presse malaisienne Bernama, l'accord a été conclu en marge du salon SWITCH, la Singapore Week of Innovation & Technology, avec six entreprises singapouriennes : Accuron Technologies, Heron Airbridge, HOPE Technik, KVI, Neo Aeronautics et Volt14 Solutions. La mission confiée à KVI est précise, détaille Urban Air Mobility News : évaluer un logiciel de pilotage d'une recharge sûre et rapide, au niveau de la cellule comme du pack. Le texte se limite à la recherche, au développement et à la validation technique, les accords définitifs restant à négocier. Pour le constructeur japonais, dont l'appareil SD-05 a survolé Tokyo en février 2026 avec une autonomie comprise entre 15 et 40 kilomètres, chaque minute passée au sol pèse sur la rentabilité d'un taxi volant. Sur le terrain commercial, la société Electro Mobility Holding Singapore prépare la mise sur le marché de chargeurs NLV, en commençant par l'automobile, et prévoit d'étoffer ses activités de recherche à Singapour.


L'autre enjeu concerne directement le Maroc. Dans un entretien accordé à SNRTnews le 2 novembre, Rachid Yazami a évoqué la possibilité d'un transfert technologique et de collaborations avec le Royaume, précisant que les discussions étaient toujours en cours et avançaient dans la bonne direction. Aucun accord industriel définitif n'a toutefois été annoncé à ce stade. Pour le Maroc, l'opportunité est considérable : associer son potentiel phosphatier à l'expertise scientifique de ses chercheurs et à des investissements industriels pourrait renforcer sa place dans une filière devenue stratégique à l'échelle mondiale. Cette annonce rappelle surtout que la souveraineté industrielle ne repose pas uniquement sur la possession des ressources naturelles, mais sur la capacité à maîtriser les technologies permettant de les transformer en produits à forte valeur ajoutée. Le Maroc possède plusieurs atouts nécessaires, le véritable défi consiste désormais à les réunir.


Cette perspective s'inscrit dans une histoire déjà ancienne. Dès 2021, Rachid Yazami avait annoncé un projet de transfert de la technologie de KVI vers le Maroc. Cinq ans plus tard, la maturité de la NLV donne à ce projet une épaisseur nouvelle, puisque la méthode se veut applicable à différentes chimies, capacités et formats de batteries lithium-ion, comme le précise le communiqué officiel de KVI, qui met aussi en avant des diagnostics brevetés capables de repérer les premiers signes de courts-circuits internes. Le chercheur a d'ailleurs souvent plaidé pour que les compétences marocaines soient pleinement reconnues et mobilisées au service du pays, une conviction qui donne à ces discussions une dimension presque personnelle. Entre un sous-sol exceptionnel, une plateforme automobile parmi les plus dynamiques d'Afrique et un savant marocain au sommet de sa discipline, les pièces du puzzle sont posées sur la table.


De Fès en 1953 aux laboratoires de Singapour en 2026, le parcours de Rachid Yazami raconte une constance rare d'un chercheur qui, à chaque décennie, repousse les limites de la batterie. En 1980, son anode en graphite rendait possible la révolution des appareils portables. Aujourd'hui, sa voltamétrie non linéaire promet de réduire la recharge au temps d'une pause café, sur une technologie LFP qui contient précisément la ressource dont le Maroc détient les plus grandes réserves connues. La prudence reste de mise, et la rigueur scientifique l'exige : un essai sur une seule cellule appelle des validations indépendantes, une montée en échelle et, pour le Royaume, un accord industriel concret qui reste à écrire. Le chemin est pourtant tracé. Transformer le phosphate sur place, former des ingénieurs, attirer les fabricants de cellules et ouvrir les portes à ceux de ses enfants qui brillent hors des frontières : voilà la feuille de route qu'une telle annonce rend tangible. Le Maroc a longtemps nourri les champs du monde avec son phosphate. Il peut demain alimenter ses moteurs, et y apposer la signature d'un fils de Fès.

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