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MOHAMED AMEZIANE

Né à Zeghanghane (Azghenghan), une ville occupant l'Est de la région tribale de Gelaya dans la province de Nador en 1859, Mohamed Ameziane, surnommé El Mizian par les espagnols, marquera l’histoire par ses exploits militaires face à ces derniers et en devenant précurseur de la Guerre du Rif. Il aura en effet mené plus d’une centaine de bataille jusqu’à sa mort en 1912.


Issu d’une prestigieuse famille ayant érigé la Zaouia Qadiriya de Sidi Ahmed ou Abdesallam à Zeghanghan, Ameziane étudiera à l'université Qaraouiyine à Fès la jurisprudence islamique, la littérature et la théologie. Il deviendra alors Qadi de la tribu des Beni Bou Ifrour qui s’opposera plus tard à Bouhmara, le Rogui du Sultan. Ce dernier passant des accords avec les Espagnols se verra menacé par les tribus du Rif et l’armée du sultan de Abdelaziz.


En mai 1909, une Espagne friande de gisements de fer réalisera des travaux d’exploitation minière au Rif. Pas de résistance chez les Rifains qui étaient désunis jusqu’au moment où Mohamed Ameziane, coordonnant avec plusieurs chefs de tribus, parcourra plusieurs mosquées et marchés afin de sensibiliser la population au jihad.


Un début de soulèvement commencera dans la tribu d’Ameziane, s’en suit d’une attaque le 9 juin à Sidi Musa qui fera 6 morts et un blessé parmi les espagnols. Malgré cette défaite, une partie du Rif déterminée s’organisa et se réunira très progressivement sous la coupole de Mohamed Ameziane. Lorsque les faits sont connus par le gouvernement espagnol, présidé par Maura, celui-ci décrète le 10 juillet la mobilisation de trois brigades mixtes de chasseurs, formées majoritairement par des réservistes des cinquièmes division de 1903 et 1904, provoquant des émeutes à Madrid et à Barcelone, où se déroulent des événements d’intense manifestation connus sous le nom castillan de Semana Trágica (la semaine tragique).


Pendant ce temps, les Rifains s’arment et creusent des tranchées afin de se préparer à la guerre.


Jamais les Espagnols auraient pu prévoir l’amplitude qu’ait pris la dissidence. Cependant le Rif, frappé par une grande famine, se fera attaquer par l’Espagne profitant de son affaiblissement. Au total, plus de 40000 Espagnols seront déployés pour l’offensive, 100 millions de pesetas seront dépensées et 4 mois de guerre échoués pour reprendre les territoires d’Ameziane.


Pour revenir au contexte, les tribus autour de Melilla étaient contrôlées par Rogui Bou Hmara en 1902, un usurpateur se faisant passer pour le frère du sultan Abdelaziz jusqu’à constituer un semblant de petit royaume au Rif Oriental.


Il négociera avec l'Espagne l'exploitation des gisements ce qui aboutira à la création de La Compagnie Espagnole des Mines du Rif. Les Rifains dirigés par Mohamed Ameziane se révoltèrent en attaquant ces exploitations minières le 8 août 1908. Bou Hmara sera finalement battu par les Iqeriyen, dans le Rif Oriental et ses anciens collaborateurs finirent par payer de lourdes amendes aux Imgharen. Il finira torturé et exécuté publiquement le 2 septembre 1909 par le Sultan Moulay Abdelhafid à Fès.


Dans le même élan, une série d'assauts Rifains menée par Ameziane sera lancée le 9 juillet 1909 contre les intérêts industriels espagnols. Afin de protéger Melilla des attaques, l'Espagne enverra entre 30000 et 40000 soldats commandés par le général Marina.

Le général Marina sera informé quelques semaines plus tard d'une attaque au mont Gourougou et décidera d'organiser un nouveau convoi de troupes. Ce convoi sera immédiatement attaqué le 27 juillet près du Ravin du Loup par les Rifains, poussant les Espagnols à battre en retraite. À l'issue de ces combats acharnés, les Espagnols seront lourdement touchés, encaissant plus de 1 000 morts dont le général Pintos, le général Marina et environ 600 blessés.


Le 29 septembre marquera une nouvelle défaite des troupes espagnoles à Souk el-Khemis, avec 300 morts dont le général Vicario.


C'est à l’aube du 15 mai 1912, en sortant de la prière de Fajr qu’une troupe ennemie de regulares se heurta à Mohamed Ameziane et l’encercla. Sans moyens de l’affronter il tentera de communiquer mais n’ayant pas été reconnu, il se fera abattre.


Vêtu d’un gilet bleu, d’une djellaba brune et de deux chemises en soie ; on retrouvera sur lui également un Coran, un chapelet, des armes ainsi qu’une lettre s’autoproclamant Sultan du Rif et dans lequel il fait appel au Ait Ouriaghel à la rébellion . Les Espagnols transportent son corps à Melilla à la vue de tout, exposés comme un trophée, puis il sera remis à ses frères qui l’enterreront au cimetière de leur grand-père dans leur ville natale à Segangan.


Après sa mort la soif de résistance dans le Rif ne se dissipera point et les Rifains garderont en eux le souvenir d’un grand homme courageux et pieux, dont le nom est associé à des batailles mémorables : Kebdana, Selouane, Segangan, Diwana etc… Avec la plus importante parmi elles étant celle du Ravin de Loup. Une décennie plus tard, l’histoire de la résistance sera une nouvelle fois écrite par l’avènement d’une des plus grandes figures anticoloniales à ce jour, Mohamed ben Abdelkrim Al-Khattabi.

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