TOUT SUR L'ORIGINE DU LION DE L'ATLAS
- Brahim Al Maghribi

- il y a 3 jours
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Avant tout premier signe de vie dans ce qui allait devenir une nation de civilisation, le lion rugissait déjà sur cette terre. Il y a 110 000 ans, sur les hauteurs d'Essaouira, dans une caverne que les Amazighs allaient appeler des siècles plus tard Bizmoune, la tanière de la lionne, le Panthera leo leo traçait ses premières empreintes sur le sol marocain. Ce n'est pas une métaphore mais de la science, des ossements, des datations à l'uranium-thorium réalisées par une équipe internationale réunissant l'Institut National des Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine (INSAP), l'Université d'Arizona et l'Université d'Aix-Marseille. Le Lion de l'Atlas, également appelé Lion de Barbarie, n'est pas seulement un animal majestueux aujourd'hui éteint à l'état sauvage. C'est l'âme zoologique du Maroc, son emblème royal, son surnom footballistique, et l'objet d'une tentative d'appropriation aussi grotesque que prévisible de la part d'un voisin en mal d'identité.
Le nom même de la grotte de Bizmoune dit tout. Selon l'INSAP, Bizmoune est un mot issu de l'amazighe qui signifie littéralement l'endroit aux lions ou la tanière de la lionne. Avant que les archéologues ne confirment la présence du lion dans cette grotte par la science, les populations locales avaient déjà inscrit ce fauve dans la mémoire du lieu depuis des temps immémoriaux. Le territoire de ce félin était, selon le directeur de l'INSAP Abdeljalil Bouzouggar, bien plus vaste qu'on ne l'imaginait : sa présence au centre-ouest du Maroc, à Essaouira, constitue une découverte inédite qui élargit considérablement notre compréhension de l'aire de répartition historique de l'espèce. Sans la chasse des temps modernes, il aurait pu survivre dans la nature sans aucun risque d'extinction.

Physiquement, ce félin n'avait rien d'ordinaire. Pouvant mesurer jusqu'à 3,60 mètres de long pour 1,20 mètre au garrot et peser jusqu'à 240 kilogrammes, là où le lion d'Afrique subsaharienne dépasse rarement 215 kilos, le Lion de l'Atlas était la plus imposante sous-espèce de lions connue. Sa crinière, caractéristique la plus distinctive, était volumineuse, très sombre voire noire, et s'étendait jusqu'au milieu du ventre, conséquence directe de son environnement montagnard plus tempéré. Selon le jardin zoologique de Rabat, les spécimens conservés en captivité témoignent encore aujourd'hui de ces traits morphologiques d'exception.

Le lien entre ce fauve et la monarchie marocaine ne date pas d'hier. Pendant des siècles, les chefs de tribus offraient régulièrement au Sultan des lions et des lionceaux de l'Atlas qu'ils capturaient dans la nature, offrandes qui constituaient des symboles d'allégeance et rejoignaient la fauverie royale avec d'autres animaux offerts par des chefs d'État africains, comme le rapporte le Dr Brahim Haddane, président du comité marocain de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature. À Meknès, le sultan Moulay Ismaïl avait fait amener quatorze lions des montagnes pour les loger dans un enclos jouxtant sa prison, symbole de puissance absolue intégré dans l'architecture même de son règne. En 1532, un souverain wattasside offrit un lion marocain au roi de France en signe de bonne volonté diplomatique, preuve que ce fauve circulait sur les routes de la diplomatie internationale bien avant que le monde ne lui donne un nom scientifique.
Cette dimension diplomatique du Lion de l'Atlas traverse les siècles et les frontières. La Tour de Londres abritait une ménagerie royale dès le XIIIe siècle, sous le règne du roi Henri III, et des analyses ADN ont confirmé que les crânes de lions conservés dans cette tour, datés au carbone 14 entre 1280-1385 pour l'un et 1420-1480 pour l'autre, étaient bien des Lions de l'Atlas. La Ménagerie Royale de Versailles, créée par Louis XIV, en hébergeait également. Ces lions marocains parcouraient ainsi les cours royales européennes comme ambassadeurs silencieux d'un Royaume dont le rayonnement dépassait largement ses frontières géographiques. À New York, un lion de l'Atlas nommé Sultan fit sensation au zoo de la ville dès 1896. Le voyageur et diplomate Hassan al-Wazzan, connu en Occident sous le nom de Léon l'Africain, avait lui-même noté dans ses chroniques du XVIe siècle la présence de lions dans les forêts marocaines autour de Maâmora et Tiflet, notant que certains d'entre eux, notamment près de Tétouan, étaient si peu farouches que les enfants les mettaient en fuite par leurs cris.

Les armoiries du Royaume portent ce fauve depuis l'indépendance. Le lion figure sur les armoiries royales adoptées la veille même du couronnement de Feu SM le Roi Mohammed V, manière forte et délibérée d'affirmer la puissance de la royauté restaurée dix-sept mois après la proclamation de l'indépendance. Ce choix n'avait rien d'anodin : en plaçant le lion de l'Atlas au cœur de ses armoiries nationales, le Maroc affirmait la continuité d'une souveraineté millénaire, enracinée dans la nature même de son territoire.
La fin du lion sauvage au Maroc fut brutale et silencieuse. Le dernier spécimen sauvage fut abattu près de Taddert, sur le versant nord du Tizi n'Tichka, en 1942, selon la thèse du biologiste Fabrice Cuzin présentée en 2003 sur les grands mammifères du Maroc. La chasse coloniale intensive au XIXe siècle avait d'abord repoussé l'espèce vers les hauteurs, réduisant son aire de répartition aux forêts de cèdres des régions montagneuses. La raréfaction de ses proies naturelles, comme le cerf de Berbérie, acheva le travail. En un siècle à peine, ce prédateur qui avait régné sur ce territoire pendant 110 000 ans disparaissait de sa nature.

Ce sont les lions de la ménagerie royale de Feu SM le Roi Mohammed V qui sauvèrent l'espèce de l'extinction totale. Comme le confirme Abderrahim Salhi, responsable des opérations du Zoo de Rabat, on pensait l'espèce disparue jusqu'à ce qu'il s'avère que le Sultan Mohammed V conservait des Lions de l'Atlas dans son parc privé. Cette collection royale constitua le noyau fondateur du zoo de la capitale. Une équipe de scientifiques américains, français, anglais et marocains travailla ensuite pendant plusieurs années pour identifier et sélectionner, parmi les individus conservés, ceux dont le patrimoine génétique était le plus pur, la fauverie royale ayant hébergé par le passé des lions d'Afrique subsaharienne ayant engendré des croisements. Une étude de l'Université d'Oxford, menée par le Dr Nobuyuki Yamaguchi, conclut que ces lions issus de la collection royale marocaine sont probablement de purs Lions de Barbarie du côté maternel, validant scientifiquement l'importance de la conservation assurée par le Jardin Zoologique de Rabat.
Un espoir de réintroduction dans la nature existait. Le Dr Brahim Haddane, alors directeur du Zoo de Témara et président du comité UICN Maroc, avait piloté un projet ambitieux visant la réintroduction d'un couple de lions dans la région d'Azilal vers 2020, avec un habitat sauvage adéquat, des bailleurs de fonds internationaux, des scientifiques partenaires et le soutien des autorités locales. Ce projet fut finalement abandonné au début des années 2000, enterrant définitivement toute chance de rendre un jour leurs lions aux montagnes marocaines. Moins d'une centaine de spécimens subsistent aujourd'hui en captivité dans le monde, dont 22 au Jardin Zoologique de Rabat, qui reste la plus grande population captive internationale de cette sous-espèce.
Le lion est entré dans le vocabulaire footballistique marocain en mai 1973. Kamal Lahlou, journaliste à la radio nationale et aujourd'hui vice-président du Comité National Olympique Marocain, commentait un match opposant le Maroc à la Côte d'Ivoire lorsqu'il surnomma spontanément la sélection nationale les Lions de l'Atlas. Un surnom né d'un élan naturel, d'une évidence culturelle, et qui traversa les décennies pour résonner en décembre 2022 sur toutes les chaînes du monde, dans toutes les langues, depuis les gradins de Doha jusqu'aux rues de Casablanca, Rabat, Marrakech et toutes les villes de la diaspora marocaine à travers les continents. Le parcours historique des Lions de l'Atlas au Mondial Qatar 2022, premiers représentants africains et arabes à atteindre le carré d'or d'une Coupe du Monde, porta ce surnom à une dimension planétaire qu'aucun stratège de communication n'aurait pu planifier.
C'est précisément ce rayonnement mondial qui déclencha la réaction prévisible. Sur un plateau de télévision algérien, un présentateur et ses invités affirmèrent avec un aplomb confondant que les Lions de l'Atlas sont algériens, au motif que 70 % des montagnes de l'Atlas se trouveraient en Algérie. L'argument s'effondre au premier contact avec la réalité géographique. Les trois sommets les plus élevés de toute la chaîne atlasique sont marocains sans la moindre ambiguïté : le djebel Toubkal culmine à 4 167 mètres dans le Haut Atlas marocain, le djebel Ouanoukrim à 4 089 mètres, et l'Ighil M'Goun à 4 071 mètres. Le point culminant du côté algérien, le Mont Tahat, plafonne à 2 918 mètres, soit plus de 1 200 mètres en dessous du Toubkal. Le Haut Atlas, cœur historique et géographique du territoire où le Lion de l'Atlas a vécu, chassé et régné pendant des millénaires, est intégralement marocain.
Le Lion de l'Atlas n'est pas seulement une espèce zoologique. C'est un fil rouge qui traverse 110 000 ans de présence sur le sol marocain, des grottes préhistoriques d'Essaouira aux armoiries royales, des fauveries des sultans aux stades de football du monde entier. Il est dans l'ADN de ce pays au sens propre comme au sens figuré. Sa disparition à l'état sauvage est une blessure que le Maroc porte avec dignité, en préservant ce qui peut encore l'être dans ses zoos et dans sa mémoire collective. Aujourd'hui, les 22 lions du Jardin Zoologique de Rabat ne sont pas de simples animaux en captivité. Ils sont les gardiens vivants d'une lignée royale, les descendants directs des lions que les sultans alaouites conservaient dans leurs palais comme symboles de souveraineté absolue sur une terre qui leur appartient depuis l'aube des temps. Tant que ces lions rugissent à Rabat, tant que les Lions de l'Atlas font trembler les nations sur les pelouses du monde, et tant que les Marocains portent fièrement ce nom, l'âme de ce fauve millénaire continue de vivre. Et elle ne se laissera jamais confisquer.






L'article de Maroc Patriotique est une mise au point chirurgicale qui remet la vérité historique sur son trône. L'auteur ne brode pas : il s'appuie sur la réalité physique de nos montagnes et sur les découvertes archéologiques de Bizmoune pour clore un débat qui n'a pas lieu d'être. Ce texte souligne avec une force tranquille que le Lion de l'Atlas est le fruit d'une terre marocaine et de la volonté de Nos Rois, qui ont su préserver cette lignée unique au fil des siècles. En reliant nos sommets du Haut Atlas aux exploits de nos joueurs, l'article met en valeur une continuité nationale que personne ne peut copier ou s'approprier. C'est un hommage pur à notre identité, rappelant que la…
Entre patrimoine, mémoire et identité nationale, le Lion de l’Atlas demeure un emblème vivant de la souveraineté et de l’histoire marocaine.