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20 DÉCEMBRE 1777, QUAND LE MAROC RECONNAISSAIT LES ÉTATS-UNIS

24 juil.
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20 DÉCEMBRE 1777, QUAND LE MAROC RECONNAISSAIT LES ÉTATS-UNIS

Le 4 juillet 2026, les États-Unis célébraient leur deux-cent-cinquantième anniversaire. Ce jour-là, le magazine State, publication officielle du Département d'État américain, rappelait dans ses colonnes une vérité que beaucoup d'Américains ignorent encore : leur pays doit une partie de son existence à un sultan marocain et c'est un fait historique documenté par les archives officielles de Washington, confirmé par l'Encyclopaedia Britannica et par l'ambassade américaine à Rabat elle-même.


Le 20 décembre 1777, dix-huit mois seulement après la déclaration d'indépendance américaine du 4 juillet 1776, alors que la Guerre d'Indépendance est encore en cours et que rien ne garantit que les treize colonies sortiront victorieuses face à la puissance britannique, le sultan Mohammed III, dit Mohammed ben Abdallah, convoque dans les ports marocains de Tanger, Salé, Larache et Essaouira les consuls et marchands européens. Il leur fait lire un décret dont la portée diplomatique dépasse largement ses seize lignes : tous les navires américains sont désormais les bienvenus dans les ports du Royaume du Maroc, "pour y prendre des rafraîchissements et y jouir des mêmes privilèges et immunités que ceux des autres nations avec lesquelles sa Majesté impériale est en paix." En une seule phrase, Mohammed III fait du Maroc le premier pays au monde à reconnaître publiquement la souveraineté des États-Unis naissants, alors même que l'issue de la guerre reste incertaine. La France, que l'histoire célèbre souvent comme la première alliée de l'Amérique, ne conclura son Traité d'Alliance avec les États-Unis que le 6 février 1778, soit quarante-sept jours plus tard, comme le confirme Encyclopaedia Britannica dans sa notice consacrée à cette reconnaissance historique.



Pourquoi ce sultan marocain fait-il ce choix au moment où personne ne le lui demande ? La réponse que donne l'historienne Priscilla H. Roberts de l'Université de Hong Kong, dans son étude de référence "Moroccan Sultan Sidi Muhammad Ibn Abdallah's Diplomatic Initiatives toward the United States, 1777-1786", publiée dans les Proceedings of the American Philosophical Society en 1999, est éclairante. Mohammed III est un souverain réformateur et pragmatique, occupé depuis plusieurs années à moderniser les ports marocains, à développer les réseaux commerciaux du Royaume avec les puissances européennes et à signer des accords de navigation avec les pays qui en font la demande. Il apprend l'existence de la révolution américaine par des rapports indirects, notamment par le consul français en poste à Tanger. Il voit dans cette nouvelle puissance atlantique un partenaire commercial potentiel qui s'ajoute aux nombreux États avec lesquels le Maroc entretient déjà des relations suivies. Son décret de décembre 1777 est une décision souveraine et stratégique prise par un monarque qui reconnaît la réalité d'un État avant même que cet État ne demande à être reconnu.



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Résolution pour célébrer les 250ans de la reconnaissance des États-Unis d'Amérique par le Royaume du Maroc

Les années qui suivent donnent lieu à un épisode moins glorieux mais tout aussi révélateur de la nature de cette relation naissante. Dans les années 1780, les navires marchands américains qui naviguaient jusque-là sous pavillon britannique avaient perdu la protection des tributs que Londres versait aux puissances nord-africaines. Sans ce bouclier diplomatique, ils se retrouvaient exposés dans la Méditerranée. Faute de réponse de Washington à ses messages répétés demandant la signature d'un traité, Mohammed III prend une mesure radicale en octobre 1784 : il ordonne la capture du navire marchand américain Betsey, un bâtiment de Philadelphie, dont l'équipage est retenu à Tanger jusqu'au 9 juillet 1785. Ce coup de pression fonctionne. Thomas Barclay, consul américain en France, se rend au Maroc en 1786 pour finaliser les négociations. Le Traité de paix et d'amitié est certifié à Meknès le 28 juin 1786, puis signé en Europe par John Adams et Thomas Jefferson, les deux futurs présidents des États-Unis. Le Congrès américain le ratifie en 1787. Sous la plume du magazine State du Département d'État américain, Mohammed III "est devenu le premier dirigeant national à reconnaître publiquement la souveraineté des États-Unis naissants dans leur lutte pour l'indépendance face à la Grande-Bretagne", et le Maroc "est devenu d'un coup le premier État arabe, le premier État africain et le premier État musulman à signer un traité avec les États-Unis."


Ce dernier détail mérite qu'on s'y arrête : ce traité a été ratifié par le Congrès américain en 1787, deux mois avant que la Constitution des États-Unis ne soit elle-même signée le 17 septembre 1787. Le Maroc avait donc un accord formel avec les États-Unis avant même que le texte fondateur de la démocratie américaine n'existe. Cette chronologie, confirmée par State Magazine, dit quelque chose de singulier sur la place du Royaume dans l'histoire de l'Amérique. Le traité a été renégocié et renouvelé en 1836, et il est resté en vigueur sans interruption jusqu'à ce jour. Il constitue, selon le Département d'État américain cité sur son propre site officiel state.gov, "la plus longue relation conventionnelle ininterrompue de l'histoire des États-Unis." Deux cent quarante ans après sa signature, le premier traité américain avec un pays étranger est toujours celui avec le Maroc.


La ville de Tanger conserve la trace la plus tangible de cette alliance fondatrice. En 1821, le sultan Moulay Suleiman offre aux États-Unis un bâtiment pour abriter leur consulat, la première propriété à l'étranger jamais possédée par le gouvernement américain. Aujourd'hui transformé en musée, le Tangier American Legation Museum est l'unique bâtiment situé hors des frontières américaines à bénéficier du statut de monument historique national des États-Unis, une distinction accordée jusqu'ici exclusivement à des sites sur le territoire américain. Un consul américain, James Simpson, avait pris ses fonctions à Tanger dès le 7 décembre 1797, posant ainsi les premiers jalons d'une présence diplomatique qui ne s'interrompra plus jamais.


George Washington lui-même avait écrit au sultan pour lui exprimer sa gratitude dans les termes les plus humbles : "Dans nos territoires, il n'existe ni mines d'or ni mines d'argent, mais notre sol est généreux et notre peuple laborieux. Nous avons toutes les raisons de penser que nous deviendrons graduellement utiles à nos amis." Cette lettre du premier président américain au sultan du Maroc, conservée aux Archives nationales des États-Unis à Washington, témoigne de la conscience qu'avaient les pères fondateurs de la dette diplomatique qu'ils avaient contractée envers le Royaume.


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Cette reconnaissance historique structure encore aujourd'hui une relation bilatérale qui compte parmi les plus solides du continent africain. Le Maroc est l'un des cinq partenaires africains désignés "alliés majeurs non-OTAN" par Washington. Les exercices militaires conjoints African Lion se déroulent chaque année entre les Forces armées royales et l'armée américaine. Et lorsque le secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, s'est rendu à Rabat en avril 2026 pour signer la feuille de route de coopération de défense 2026-2036, il a rappelé devant les caméras que le Maroc "est l'ami et l'allié de l'Amérique depuis deux cent cinquante ans", et qu'il fut "le premier pays à reconnaître l'indépendance des États-Unis en 1777." Deux cent quarante-neuf ans séparent ce discours du décret de Mohammed III dans les ports de Tanger et d'Essaouira. Le Maroc et les États-Unis entretiennent toujours, sans interruption, la même relation que le Sultan avait ouverte unilatéralement, un jour de décembre 1777, parce qu'il avait compris avant tout le monde que cette nouvelle nation naissant dans l'Atlantique méritait d'être reconnue.

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