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ALGÉRIE-ÉMIRATS, UNE ENIÈME RUPTURE DIPLOMATIQUE QUI RAMÈNE TOUJOURS AU SAHARA MAROCAIN

il y a 16 heures
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ALGÉRIE-ÉMIRATS, UNE ENIÈME RUPTURE DIPLOMATIQUE QUI RAMÈNE TOUJOURS AU SAHARA MAROCAIN

Jeudi 10 septembre 2026, l'ambassadeur des Émirats arabes unis a été convoqué au ministère algérien des Affaires étrangères et informé qu'il disposait de 48 heures pour quitter le pays. L'Algérie rompt ainsi ses relations diplomatiques avec Abou Dhabi, cinquième crise de cette ampleur en cinq ans après le Maroc, l'Espagne, le Mali et la France. Et derrière cette nouvelle rupture, comme derrière les précédentes, revient la même question de fond : la reconnaissance internationale grandissante de la marocanité du Sahara.


L'annonce est tombée par la télévision publique algérienne dans la matinée du 10 septembre. Alger a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis après avoir, selon ses propres termes, "épuisé tous les moyens susceptibles de préserver les relations bilatérales". L'ambassadeur émirati a été reçu au siège du ministère des Affaires étrangères, où la décision lui a été formellement notifiée avec un délai de 48 heures pour s'y conformer. Le ministère algérien évoque une accumulation d'"actions provocatrices ou hostiles" de la part d'Abou Dhabi, sans toutefois préciser publiquement quel événement précis aurait fait déborder le vase. Du côté émirati, le conseiller diplomatique de la présidence, Anwar Gargash, a répondu sur le réseau social X, sans citer nommément l'Algérie, que la diplomatie devait reposer sur "la rationalité, la communication et la clarté des intérêts" plutôt que sur "des énigmes et des signaux à décoder".



Cette rupture ne surgit pas de nulle part puisque dès le mois de février 2026, l'Algérie avait entamé une procédure d'annulation de l'accord de services aériens qui la liait aux Émirats depuis sa signature à Abou Dhabi en mai 2013. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune multipliait par ailleurs depuis plusieurs mois les déclarations publiques hostiles à l'égard d'Abou Dhabi. Il affirmait il y a un an que les relations de son pays avec l'ensemble des monarchies du Golfe étaient "fraternelles", à l'exception d'une seule, qu'il n'avait pas nommée mais qu'il accusait de s'ingérer dans les affaires internes de l'Algérie et de chercher à la déstabiliser. Fin juillet 2026, lors d'une interview télévisée, il était allé plus loin en qualifiant les Émirats d'"État minuscule" à l'"impact très négatif", lançant une formule reprise depuis par de nombreux médias : "Là où ils mettent le pied, le sang coule", ajoutant que "tout ce que l'Algérie souhaite, c'est que cet État s'éloigne, pour que le sang ne coule pas chez nous".


Il est légitime de donner à voir la position algérienne telle qu'elle est formulée par ses propres autorités avant de la mettre en perspective. Or sur ce point précis, la dépêche Reuters citant le ministère algérien des Affaires étrangères et le président Tebboune ne fournit aucun fait concret et vérifiable qui aurait constitué la provocation déclenchante. Ce que Reuters identifie en revanche, dans son analyse du contexte bilatéral, ce sont deux lignes de fracture structurelles et anciennes entre les deux pays : l'opposition de l'Algérie à toute normalisation avec Israël, alors que les Émirats ont établi des relations diplomatiques avec l'État hébreu dans le cadre des accords d'Abraham en 2020, tout comme le Maroc, et le positionnement opposé des deux pays sur le dossier du Sahara marocain, les Émirats soutenant la souveraineté marocaine sur ce territoire, où ils disposent d'une représentation diplomatique, tandis que l'Algérie soutient le Front Polisario.


C'est précisément sur ce second point que la crise prend tout son sens. Le 4 novembre 2020, les Émirats arabes unis ont inauguré un consulat général à Laâyoune, devenant le premier pays arabe non africain à ouvrir une représentation diplomatique dans les provinces du sud du Royaume, confirmé par un communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères. Ce geste s'est inscrit dans un mouvement plus large, une vingtaine de pays ayant depuis ouvert une représentation à Laâyoune ou à Dakhla. Pour Alger, qui a fait du refus de toute légitimation internationale de la marocanité du Sahara la pierre angulaire de sa politique étrangère, la présence diplomatique émiratie dans ces provinces constitue depuis six ans une source de friction constante, largement antérieure aux tensions les plus récentes.



À cette divergence politique s'ajoute un déséquilibre économique de plus en plus visible. Selon le rapport 2024 de l'Office des changes, l'organisme public marocain chargé du suivi de la balance des paiements, les Émirats arabes unis sont devenus en 2024 le premier investisseur étranger au Maroc, avec un flux net de 3,1 milliards de dirhams, en hausse de 57,8 % sur un an, représentant à eux seuls 18,9 % de l'ensemble des investissements directs étrangers reçus par le Royaume cette année-là. Cet ancrage économique s'ajoute à des engagements cumulés qui dépasseraient plusieurs milliards de dollars sur la décennie, dans des secteurs aussi variés que la logistique portuaire, l'énergie ou l'immobilier. En Algérie, la relation économique avec les Émirats reste, en comparaison, nettement plus étroite et concentrée : le principal actif emblématique demeure la concession accordée en 2008 au groupe portuaire DP World pour la gestion, à parts égales avec l'entreprise publique algérienne EPAL, du port d'Alger, sous le nom de DP World Djazaïr, pour une durée de trente ans. Les grands projets annoncés ces dernières années par des investisseurs émiratis en Algérie n'ont, pour la plupart, pas atteint à ce jour une échelle comparable à celle observée au Maroc, sans qu'il soit possible d'établir un bilan chiffré précis faute de données officielles algériennes équivalentes à celles publiées par l'Office des changes marocain.


Cette rupture se distingue toutefois des précédentes sur un point notable. Le Maroc, l'Espagne, le Mali et la France appartiennent, à des degrés divers, à des sphères occidentales ou africaines non arabes, ce qui permettait jusqu'ici à la diplomatie algérienne de présenter ses ruptures successives comme des différends avec des puissances extérieures au monde arabo-musulman, à l'exception notable du Maroc lui-même. Les Émirats arabes unis, eux, sont un État arabe, membre de la Ligue arabe et de l'Organisation de la coopération islamique, et un partenaire du Golfe avec lequel Alger entretenait des décennies de relations institutionnelles. Rompre avec Abou Dhabi revient donc, pour l'Algérie, à fracturer un lien intra-arabe et non plus seulement un lien avec un partenaire occidental ou une capitale régionale, ce qui approfondit un isolement qui ne se limite plus à ses relations avec l'Europe ou ses voisins immédiats. Reuters relève d'ailleurs que les intérêts des deux pays se sont de plus en plus télescopés dans la bande sahélienne, où les Émirats ont renforcé ces dernières années leurs liens avec plusieurs gouvernements, au moment même où les relations d'Alger avec certains de ses voisins du Sud se dégradaient à la suite d'une série de coups d'État militaires, notamment au Mali.



Replacée dans le temps long, cette rupture n'est ni isolée ni improvisée. En août 2021, l'Algérie avait déjà rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, invoquant des "actions hostiles", dans un contexte marqué notamment par les relations maroco-israéliennes, selon l'analyse de l'International Crisis Group. En mars 2022, Alger avait rappelé son ambassadeur en poste à Madrid après que le gouvernement espagnol eut officiellement qualifié le plan d'autonomie marocain pour le Sahara de base "la plus sérieuse, réaliste et crédible" pour résoudre le différend, un rapprochement hispano-marocain que la diplomatie algérienne avait qualifié de surprise inacceptable. En janvier 2024, c'est le Mali, de plus en plus alignée sur Rabat et distancée d'Alger, qui a mis fin unilatéralement à l'accord de paix d'Alger de 2015, dans un contexte de tensions sécuritaires croissantes que documente également l'International Crisis Group. Enfin, en juillet 2024, l'Algérie a rappelé son ambassadeur à Paris après que le président français Emmanuel Macron eut adressé au roi Mohammed VI une lettre affirmant que le plan d'autonomie marocain constituait "la seule base" d'une solution politique au Sahara occidental et que "le présent et l'avenir" du territoire s'inscrivaient "dans le cadre de la souveraineté marocaine", ainsi que le rapporte la documentation officielle des Nations unies sur ce dossier. Quatre capitales en cinq ans, Rabat, Madrid, Bamako, Paris, et désormais Abou Dhabi : le dénominateur commun de ces cinq épisodes est chaque fois le même, un rapprochement, réel ou perçu, entre un partenaire de l'Algérie et la position marocaine sur le Sahara.


Une question demeure ouverte, que la rupture de ce jeudi 10 septembre 2026, ne permet pas de trancher à ce stade : celle du sort des ressortissants algériens installés aux Émirats arabes unis, où ils exercent notamment dans les secteurs du commerce, du BTP et des services. Ni Alger ni Abou Dhabi n'ont publié à ce jour de communiqué officiel détaillant les conséquences concrètes de la rupture sur leur statut de résidence, leurs visas de travail ou leurs droits de séjour. En l'absence de toute source officielle vérifiable sur ce point précis, il serait prématuré d'anticiper leur situation, mais la question mérite d'être suivie dans les prochains jours à mesure que les modalités pratiques de la rupture se préciseront.



Cette accumulation de ruptures pose, année après année, la même question à ceux qui observent la diplomatie algérienne de l'extérieur : à quel moment une succession de crises cesse-t-elle d'être une série de coïncidences pour devenir une méthode ? Aucun des cinq partenaires concernés, le Maroc, l'Espagne, le Mali, la France et désormais les Émirats arabes unis, n'a modifié sa position après la rupture décrétée par Alger. L'Espagne n'est pas revenue sur son soutien au plan d'autonomie marocain, la France ne l'a pas fait davantage, et le Mali a poursuivi son rapprochement avec Rabat. La rupture diplomatique, utilisée comme instrument de pression, n'a donc jusqu'ici renversé aucune des évolutions qu'elle prétendait sanctionner. Elle a en revanche, à chaque fois, privé l'Algérie d'un canal de dialogue avec un partenaire économique ou politique de poids, sans obtenir en contrepartie une inflexion sur le dossier qui la préoccupe le plus.


Ce qui se dessine, en revanche, est plus net. Année après année, l'Algérie voit son cercle de partenaires disposés à ménager sa sensibilité sur le dossier du Sahara se réduire, quand le Maroc voit au contraire se multiplier les reconnaissances diplomatiques, les représentations consulaires à Laâyoune et à Dakhla, et les engagements économiques de poids, comme celui, désormais documenté noir sur blanc par l'Office des changes marocain, des Émirats arabes unis. Une rupture diplomatique de plus n'isole pas le Maroc. Elle isole, un peu plus à chaque fois, celui qui la décrète.

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