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SÉCURITÉ FERROVIAIRE, L'ONCF LANCE SON PLAN VIDÉOSURVEILLANCE, IA ET HYPERVISION À L'HORIZON 2030

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SÉCURITÉ FERROVIAIRE, L'ONCF LANCE SON PLAN VIDÉOSURVEILLANCE, IA ET HYPERVISION À L'HORIZON 2030

Le 8 septembre 2026, l'ONCF a discrètement lancé un appel d'offres d'un peu plus d'un million de dirhams. Une somme modeste pour un objectif immense qui sera de doter, d'ici 2030, l'ensemble du réseau ferroviaire marocain d'un cerveau numérique unique, capable de voir, d'analyser et de coordonner en temps réel la sécurité de milliers de kilomètres de voies, de gares et de centres névralgiques, au moment même où le Royaume s'apprête à multiplier ses trains, ses lignes à grande vitesse et ses voyageurs à l'approche de la Coupe du monde 2030.


Le réseau ferroviaire marocain prépare une transformation qui se jouera autant dans les centres de contrôle que sur les rails. L'Office national des chemins de fer travaille désormais à la conception d'un système national associant vidéosurveillance, intelligence artificielle et hypervision à l'horizon 2030. Derrière ces termes techniques se dessine une nouvelle manière de surveiller les gares, protéger les infrastructures et gérer des flux de voyageurs appelés à augmenter fortement au cours des prochaines années. L'ONCF a lancé le 8 septembre 2026 l'appel d'offres 26E008 portant sur une mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage pour élaborer son "Schéma Directeur National Vidéosurveillance, Intelligence Artificielle et Hypervision Nationale à l'horizon 2030". Le marché est estimé à 1,08 Million de dirhams et les offres doivent être déposées avant le 7 octobre 2026. Cette première enveloppe concerne donc la conception et l'organisation du futur dispositif, et non le coût total de son déploiement. L'objectif est de définir une architecture commune capable d'accompagner l'expansion du réseau ferroviaire marocain jusqu'à la fin de la décennie.



Cette évolution intervient alors que le rail marocain change d'échelle. En avril 2025, le Royaume a lancé un programme ferroviaire de 96 Milliards de dirhams à l'horizon 2030. Son projet emblématique reste l'extension de la Ligne à Grande Vitesse entre Kénitra et Marrakech, mais le programme va beaucoup plus loin, puisqu'il comprend également le développement de trains de proximité dans les grandes agglomérations, l'acquisition de 168 trains de nouvelle génération ainsi qu'un vaste programme de modernisation des installations ferroviaires. En septembre 2025, un programme spécifique a également été lancé pour la région de Casablanca avec notamment la future gare multimodale Casa-Sud, la modernisation des gares desservant l'aéroport Mohammed 5 et le Grand Stade Hassan 2 et le renforcement de l'axe ferroviaire entre Mohammedia et Nouaceur.


Cette montée en puissance entraîne mécaniquement de nouveaux besoins en matière de sécurité. Davantage de trains, davantage de gares, davantage de voyageurs et des infrastructures réparties sur un territoire plus vaste imposent une capacité de surveillance capable de fonctionner à l'échelle nationale. À cela s'ajoute l'échéance de la Coupe du monde 2030, entre autre, organisée conjointement par le Maroc, l'Espagne et le Portugal, qui placera plusieurs infrastructures ferroviaires marocaines au cœur des déplacements entre aéroports, villes et stades. La future LGV Kénitra-Marrakech illustre cette nouvelle dimension. Longue d'environ 430 kilomètres et conçue pour une vitesse d'exploitation pouvant atteindre 320 km/h, elle doit prolonger l'actuelle grande vitesse depuis Kénitra vers Rabat, Casablanca et Marrakech. Le projet prévoit notamment des connexions avec les aéroports de Rabat-Salé et Mohammed V ainsi qu'avec plusieurs enceintes qui accueilleront des rencontres du Mondial 2030. L'ONCF prévoit à terme un trajet Tanger-Marrakech d'environ trois heures et Casablanca-Marrakech d'environ 1 h 15. La sécurité ferroviaire doit donc accompagner un réseau à la fois plus rapide, plus fréquenté et beaucoup plus interconnecté.



C'est ici que l'intelligence artificielle prend tout son intérêt. Une caméra classique transmet une image qu'un opérateur doit observer. Associée à des systèmes d'analyse automatisée, la vidéo peut également devenir une source d'alerte. Selon les fonctions finalement retenues par l'ONCF, ce type de technologie peut permettre d'identifier rapidement des comportements ou événements correspondant à des scénarios prédéfinis, de faciliter la détection d'une intrusion dans une zone interdite, de repérer certaines situations inhabituelles ou encore d'aider les opérateurs à suivre les mouvements dans des espaces très fréquentés. Le schéma directeur actuellement lancé devra précisément déterminer les usages, l'architecture technique et les règles qui encadreront cette évolution. L'autre élément central du projet porte un nom encore peu connu du grand public : l'hypervision. Le principe consiste à faire remonter vers une plateforme commune des informations provenant de systèmes jusqu'alors dispersés. Au lieu de multiplier les écrans, logiciels et postes de contrôle indépendants, les opérateurs peuvent disposer d'une vision consolidée de la situation. Dans un réseau ferroviaire national, cette logique peut considérablement améliorer la coordination lorsqu'un incident touche simultanément plusieurs installations ou nécessite l'intervention de différents services. Cette modernisation technologique accompagne celle déjà engagée sur les infrastructures ferroviaires elles-mêmes. La nouvelle LGV Kénitra-Marrakech sera notamment équipée de technologies de signalisation ERTMS, utilisées sur les réseaux ferroviaires modernes pour superviser et sécuriser la circulation des trains. La Compagnie des Signaux, avec ses partenaires SITE et GCF, a obtenu le contrat portant sur la signalisation et les télécommunications de la ligne. Le dispositif doit notamment comprendre des systèmes électroniques d'enclenchement, de protection et de contrôle automatique des trains, tandis que le volet télécommunications inclut également des dispositifs de cybersécurité.


Le rail marocain de 2030 se construit ainsi autour de plusieurs couches technologiques complémentaires : infrastructures nouvelles, grande vitesse, signalisation numérique, télécommunications sécurisées, vidéosurveillance, analyse par intelligence artificielle et centralisation des informations. Cette évolution traduit surtout le passage progressif d'un réseau ferroviaire traditionnel vers une infrastructure nationale beaucoup plus intégrée. Cette transformation soulève parallèlement des questions importantes de cybersécurité, de protection des données et d'encadrement des usages de l'intelligence artificielle. Un réseau ferroviaire de plus en plus connecté doit protéger aussi bien ses infrastructures physiques que les systèmes numériques qui les pilotent. La préparation du schéma directeur permettra justement de fixer une architecture commune et des règles cohérentes avant le déploiement à grande échelle. La Coupe du monde 2030 agit comme un puissant accélérateur, mais l'enjeu se situe bien au-delà de l'événement. Les investissements réalisés aujourd'hui accompagneront pendant plusieurs décennies les déplacements quotidiens des Marocains. Après Al Boraq, première ligne à grande vitesse d'Afrique, le Royaume prépare désormais une nouvelle étape : celle d'un réseau ferroviaire plus dense, plus connecté et capable d'intégrer l'intelligence artificielle à sa gestion quotidienne. Une évolution moins spectaculaire qu'un train lancé à 320 km/h, mais déterminante pour le rail marocain de demain.

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