COMMENT LE MAROC EST DEVENU LE CAUCHEMAR DES FUGITIFS RECHERCHÉS PAR INTERPOL

Samedi 12 septembre 2026 à Tanger, la police marocaine interpelle un ressortissant danois de 28 ans, d'origine israélienne, visé par une notice rouge d'Interpol pour trafic de stupéfiants, homicide volontaire, enlèvement et séquestration. Loin d'être un cas isolé, cette arrestation s'ajoute à une liste qui compte déjà des dizaines de noms cette seule année, et qui dessine, chiffres officiels à l'appui, le portrait d'un Royaume devenu l'un des partenaires les plus efficaces d'Interpol dans le monde.
Samedi 12 septembre 2026, les éléments de la préfecture de sûreté de Tanger interpellent un ressortissant danois d'origine israélienne âgé de 28 ans, grâce à des renseignements précis fournis par la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST). L'homme était recherché par la justice danoise dans le cadre de plusieurs affaires criminelles particulièrement graves. Le contrôle de son identité dans les bases de données de l'Organisation internationale de police criminelle révèle qu'il fait l'objet d'une notice rouge consécutive à un mandat d'arrêt international diffusé par le Bureau central national de Copenhague. Les autorités danoises le soupçonnent d'implication dans des affaires de trafic de stupéfiants, d'homicide volontaire, de kidnapping et de séquestration accompagnée de violences, et il figurerait, selon les premiers éléments de l'enquête, parmi les individus les plus recherchés par la justice dans les pays scandinaves. Après son interpellation, le suspect est placé en garde à vue dans l'attente de sa présentation devant le parquet compétent, tandis que le Bureau central national Interpol-Rabat, qui relève de la Direction générale de la sûreté nationale, est chargé d'informer son homologue danois. L'opération illustre la complémentarité du dispositif marocain : la DGST apporte le renseignement permettant de localiser la cible, les services de police procèdent à l'arrestation, et Interpol-Rabat assure la liaison avec les autorités étrangères concernées.
Cette affaire n'a rien d'un événement isolé puisqu'en août 2025, Tanger avait déjà été le théâtre de l'arrestation d'un ressortissant danois d'origine palestinienne âgé de 26 ans, recherché par Copenhague pour un homicide volontaire commis par arme à feu en juillet 2025 dans la ville danoise de Tingbjerg. Là encore, c'est une notice rouge diffusée par le même Bureau central national de Copenhague, croisée avec les données d'Interpol, qui avait permis de localiser puis d'interpeller le suspect. Deux affaires distinctes, deux notices rouges danoises, une même ville marocaine et un même mécanisme : le hasard n'explique pas cette régularité, la méthode si.
Un précédent beaucoup plus ancien permet de mesurer jusqu'où peut aller la capacité marocaine à retrouver des fugitifs ayant pourtant réussi à échapper durablement à la justice. En février 2015, les autorités marocaines mettaient la main à Casablanca sur Bannanje Raja, de son vrai nom Rajendra Kumar, l'une des figures du crime organisé les plus recherchées de l'État indien du Karnataka. Raja avait quitté l'Inde en 1998 et réussi à rester hors d'atteinte des autorités pendant près de dix-sept ans, un parcours qui l'avait conduit notamment aux Émirats arabes unis, en Malaisie et en Thaïlande. Recherché dans une trentaine d'affaires comprenant des accusations de meurtre, de tentative de meurtre et d'extorsion, il avait organisé sa clandestinité autour de plusieurs identités et de faux passeports. Sa trace finit pourtant par conduire jusqu'à Casablanca, où il est interpellé le 12 février 2015 à l'issue d'une traque de plusieurs mois associant les autorités indiennes, marocaines et les mécanismes d'Interpol. Il sera extradé vers l'Inde en août 2015, où il sera par la suite reconnu coupable, avec neuf autres personnes, du meurtre d'un responsable local. L'exemple est révélateur : changer de pays, multiplier les identités et utiliser de faux documents complique considérablement le travail des enquêteurs, mais ces méthodes perdent une grande partie de leur efficacité lorsque les services de plusieurs États sont capables de croiser leurs informations. C'est précisément sur ce terrain que le Maroc a développé, en dix ans, une expertise aujourd'hui reconnue au niveau mondial.
Les chiffres publiés par la Revue de police, la publication officielle de la Direction générale de la sûreté nationale, donnent la mesure exacte de cette montée en puissance. En 2025, le Bureau central national d'Interpol à Rabat a traité plus de 7 100 demandes, débouchant sur la saisie de 395 véhicules volés, l'exécution de 36 extraditions internationales et l'arrestation de 57 individus recherchés à l'étranger. Le bureau a par ailleurs facilité la coopération sur 2 307 affaires de trafic international de voitures volées, suivi 120 commissions rogatoires internationales, diffusé 127 mandats d'arrêt internationaux ainsi que plus de 3 000 avis de recherche à la demande de services étrangers. L'année précédente, en 2024, ce sont 135 personnes recherchées internationalement, représentant 25 nationalités différentes, qui avaient été arrêtées sur le seul sol marocain. Selon un décompte, une trentaine de personnes recherchées par Interpol ont encore été interpellées au Maroc depuis janvier 2026, un rythme quasiment routinier qui n'a plus rien d'exceptionnel.
Derrière ces chiffres, des noms et des profils qui donnent une idée du niveau des individus concernés. Félix Bingui, surnommé "Le Chat", chef présumé du clan Yoda de Marseille et présenté par les autorités françaises comme l'un des plus gros narcotrafiquants du pays, avait été arrêté à Casablanca en mars 2024 avant d'être extradé vers la France en janvier 2025. L'année suivante, Badiss Bajjou, soupçonné d'avoir piloté depuis le Maroc plusieurs enlèvements visant le milieu français des cryptomonnaies, avait été localisé puis arrêté à Tanger après que les enquêteurs français eurent transmis aux autorités marocaines les coordonnées GPS de sa cache, une coopération qui illustre la confiance technique désormais accordée aux services marocains par leurs homologues européens. Le 8 juin 2026, une opération d'une tout autre ampleur avait vu onze personnes arrêtées simultanément à Marrakech et à Tanger, dont dix recherchées par Interpol à la demande notamment de la France, de la Belgique et des Pays-Bas, dans des dossiers de trafic international de stupéfiants, de blanchiment d'argent et de criminalité organisée.
Cette dynamique s'appuie sur une architecture institutionnelle précise et une ancienneté qui remonte à la fondation même de la police marocaine moderne. Le Maroc a adhéré à l'Organisation internationale de police criminelle dès 1957, un an seulement après la création de la Direction générale de la sûreté nationale, inscrivant l'ouverture internationale dans l'ADN de l'institution dès ses origines. Le Bureau central national d'Interpol à Rabat partage directement ses informations avec la Direction centrale de la police judiciaire, les deux fonctions étant aujourd'hui réunies entre les mains de Mohammed Dkhissi, qui cumule les postes de directeur central de la police judiciaire, de chef du BCN Interpol Maroc et de vice-président d'Interpol pour l'Afrique, une fonction à laquelle il a accédé en novembre 2024 lors de la 92e Assemblée générale d'Interpol à Glasgow avec le soutien de 96 pays membres. Un an plus tard, en novembre 2025, c'est le Maroc lui-même qui accueillait à Marrakech la 93e Assemblée générale de l'organisation, réunissant les chefs de police de 196 pays dans un événement sans précédent pour le rayonnement international de la DGSN. L'ancien président d'Interpol, le général-major Ahmed Naser Al-Raisi, avait salué à cette occasion des relations "solides", remontant à plus de sept décennies, soulignant que "le Maroc est un pays doté d'une position géographique stratégique, reliant l'Afrique, l'Europe et le monde arabe", des "ponts essentiels" pour la sécurité régionale et mondiale.
Cette dimension dépasse largement la seule recherche de fugitifs isolés. Les services marocains coopèrent avec leurs homologues étrangers dans la lutte contre le terrorisme, le trafic international de stupéfiants, la traite des êtres humains et différentes formes de criminalité organisée. Dans un contexte où les réseaux criminels déplacent hommes, argent et marchandises d'un continent à l'autre, la rapidité de circulation de l'information est devenue aussi déterminante que les moyens déployés sur le terrain. La nouvelle opération menée à Tanger prend ainsi une portée qui dépasse largement le cas du ressortissant danois : elle montre qu'un individu recherché à plusieurs milliers de kilomètres peut être identifié et localisé sur le territoire marocain avant même que les procédures d'extradition nécessaires avec son pays d'origine ne soient engagées.
Le nombre de dossiers traités suit du reste la même tendance ascendante. Le Maroc a reçu 96 demandes d'extradition en 2025, contre 63 un an plus tôt, selon les données du ministère public marocain, soit une hausse de plus de 50 % en douze mois. Le pays a longtemps pu apparaître, aux yeux de certains criminels étrangers, comme une destination où il était possible de disparaître, loin des radars de la justice de leur pays d'origine. Les arrestations qui se multiplient aujourd'hui, de Casablanca à Tanger, de Marrakech à Oujda, démontrent précisément l'inverse : la qualité du renseignement marocain, l'efficacité opérationnelle de ses forces de sécurité et la densité de ses relations avec les institutions policières étrangères ont progressivement transformé le Royaume en un maillon incontournable des dispositifs internationaux de lutte contre la criminalité. L'arrestation de Tanger du 12 septembre 2026 n'en est qu'une nouvelle illustration parmi tant d'autres : face à des réseaux et à des fugitifs qui ignorent les frontières, le Maroc est devenu un partenaire sur lequel ses homologues du monde entier peuvent désormais compter, et un pays dans lequel il est de plus en plus risqué de chercher refuge.







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