L'AFFAIRE SNAIBI-WYDAD, COMMENT UN CLUB DE LÉGENDE A OFFERT UNE VICTOIRE AUX RÉSEAUX HOSTILES AU MAROC

Il existe, dans l'écosystème numérique marocaine, une catégorie d'acteurs qu'on ne nomme presque jamais mais dont l'efficacité est redoutable : ceux qui ne défendent jamais une cause marocaine, mais qui s'acharnent, avec une régularité troublante, sur les voix qui le font. Le 12 septembre 2026, le Wydad Athletic Club en a offert, sans le vouloir, une démonstration grandeur nature en annulant en quelques heures la nomination de son propre porte-parole, le Dr Abdelhak Snaibi, sous la pression d'une partie de ses supporters. La veille, un militant pro-Polisario et une association hispaniste espagnole ciblaient déjà le même homme sur X. De quoi se poser une question qui dépasse largement le cas d'un club de football : qui sont, au juste, ces gens qui s'attaquent systématiquement à ceux qui défendent les intérêts supérieurs de la nation ?
Il y a une loi non écrite, presque mécanique, dans le paysage numérique marocain : plus une voix défend efficacement le Royaume, plus elle attire sur elle une hostilité qui ne vient jamais des mêmes endroits ni pour les mêmes raisons officielles, mais qui converge toujours vers le même objectif, l'isoler, la discréditer, la faire taire. L'affaire qui a secoué le Wydad Athletic Club en offre une illustration presque trop parfaite pour être ignorée. Le 12 septembre 2026, le club de Casablanca publie un communiqué officiel annonçant qu'il renonce à la nomination du Dr Abdelhak Snaibi comme porte-parole et responsable de la communication du club, une fonction qui venait tout juste de lui être confiée. La direction invoque "la volonté des supporters" et affirme avoir voulu "être à l'écoute du pouls des tribunes", selon les termes de son propre communiqué. Le ton est policé, le club remerciant chaleureusement l'intéressé et lui souhaitant "réussite dans sa carrière médiatique et professionnelle". Mais le lendemain, Snaibi rompt le silence et livre une tout autre version des faits. Dans des propos rapportés par Barlamanesport, il affirme que la décision lui est parvenue avec "un goût de coloquinte" et qu'il ne pardonnera jamais au président du club. Entre le communiqué feutré de l'institution et l'amertume de l'homme qui vient d'en faire les frais, l'écart est révélateur d'un malaise plus large.
Pour comprendre ce que cet épisode révèle, il faut d'abord savoir qui est réellement le Dr Abdelhak Snaibi, loin des caricatures qui ont circulé de part et d'autre. Né le 13 février 1980 à Rabat, il est titulaire d'une licence et d'un diplôme d'études approfondies en relations internationales, ainsi que d'un doctorat consacré aux mouvements jihadistes et à la stratégie de sécurité nationale marocaine. Il est l'auteur d'un ouvrage sur l'histoire des Frères musulmans et intervient comme consultant sécuritaire et stratégique auprès de plusieurs centres de recherche dans le Golfe et en Europe. C'est à ce titre qu'il est devenu l'un des visages marocains les plus présents sur les plateaux arabes, où il n'hésite pas à confronter directement les positions hostiles au Royaume. Une passe d'armes avec l'analyste Aziz El Hanaoui sur France 24, au sujet du dossier du porte-conteneurs Maersk, des relations avec Israël et des réseaux des Frères musulmans au Maroc, a par exemple été largement commentée par Snaibi lui-même sur son compte X, où il compte plus de cent mille abonnés.
Le grief que ses détracteurs lui opposent, tel qu'il ressort des articles publiés au lendemain de sa nomination, tient en un mot : "la normalisation". Plusieurs médias arabes, dont Al-Quds Al-Arabi, rapportent que Snaibi est présenté par ses opposants comme "connu pour son soutien à la normalisation" avec Israël, dans le sillage des accords tripartites signé en décembre 2020, qui s'inscrit dans le cadre plus large des accords d'Abraham. C'est ce dossier, l'un des plus sensibles de la diplomatie marocaine, qui a servi de prétexte à la mobilisation des tribunes du Wydad. Or Snaibi n'a jamais caché sa position sur la Palestine, qu'il a condamnée à de nombreuses reprises sur les plateaux arabes, tout en défendant la doctrine constante du Royaume selon laquelle l'ouverture de canaux de dialogue et de négociation, y compris avec Israël, sert davantage les intérêts marocains et la stabilité régionale que l'isolement.
La coïncidence de calendrier avec un second épisode mérite d'être posée, avec toute la prudence qu'imposent des faits aussi récents. La veille même de l'annonce de sa nomination, le 11 septembre 2026, le militant sahraoui Taleb Alisalem, connu sous le pseudonyme @TalebSahara sur X où il compte près de 67 000 abonnés et où il défend ouvertement la cause du Polisario, publiait une vidéo présentant Snaibi comme "un intellectuel de référence au Maroc" à l'origine d'un "communiqué" jugé, selon ses propres mots, "beaucoup plus alarmant que toute la propagande sur les réseaux marocains". Le lendemain, 12 septembre, l'association hispaniste espagnole AC Héroes de Cavite, basée à Cartagena et forte de plus de 17 000 abonnés sur X, reprenait cette publication en la commentant ainsi : "des journalistes de référence au Maroc nous menacent d'une guerre".
Le contenu réel de la déclaration de Snaibi que ces deux comptes ont relayée mérite d'être restitué avec exactitude, car la formulation retenue par ses détracteurs en inverse le sens. D'après les recoupements disponibles, Snaibi y affirmait que ce sont les autorités algériennes et l'appareil militaire du pays voisin qui multiplient les rhétoriques et les gestes belliqueux envers le Maroc, un discours destiné avant tout à leur opinion publique intérieure, alors même que l'armée algérienne ne serait, selon lui, pas en mesure de l'emporter dans un affrontement direct avec les forces armées royales. Présenter cette analyse comme "un journaliste marocain qui menace d'une guerre" revient à inverser l'émetteur et le destinataire du message. Ce renversement n'est pas anodin dans un contexte réel de tensions, documenté cette fois par des sources reconnues : l'International Crisis Group consacre un rapport entier à la gestion des tensions entre Alger et Rabat, tandis que plusieurs centres d'analyse occidentaux, dont le Middle East Institute, décrivent une escalade réelle depuis la rupture des relations diplomatiques algériennes de 2021, marquée par des renforcements militaires successifs des deux côtés de la frontière. Snaibi commentait donc un climat régional documenté.
L'affaire Snaibi n'est en réalité qu'une illustration récente d'un phénomène beaucoup plus large, que la rédaction observe de controverse en controverse depuis plusieurs années : chaque fois qu'une voix marocaine s'impose durablement dans le débat public en défendant frontalement le Sahara, l'intégrité territoriale ou les choix diplomatiques du Royaume, elle finit tôt ou tard par devenir une cible désignée. Qui sont, au juste, ces acteurs qui consacrent une part significative de leur activité numérique à traquer, discréditer et isoler les voix marocaines les plus en vue ? L'examen de leurs profils publics dessine une architecture assez constante, retrouvée d'une controverse à l'autre. Un premier cercle, le plus visible et le plus facile à identifier, est composé de militants ouvertement engagés contre les intérêts du Royaume, qu'il s'agisse d'activistes pro-Polisario sur le dossier du Sahara ou de collectifs hispanistes espagnols sur celui de Ceuta et Melilla : leur hostilité est assumée, revendiquée, documentée dans l'intégralité de leur activité publique, comme c'est le cas pour Taleb Alisalem et AC Héroes de Cavite. Un deuxième cercle, plus difficile à cartographier, est celui des comptes qui amplifient sans produire eux-mêmes le contenu initial, partageant, citant, sous-titrant ce que le premier cercle a déjà mis en circulation, lui offrant une caisse de résonance dans des sphères linguistiques ou géographiques où il n'aurait jamais circulé seul. Le troisième cercle, enfin, et de loin le plus nombreux, est celui de citoyens de bonne foi, souvent marocains eux-mêmes, qui reprennent un cadrage déjà façonné par les deux premiers sans en connaître ni l'origine ni l'intérêt, portés par une indignation sincère mais orientée par des acteurs qu'ils ne soupçonnent même pas. C'est précisément ce troisième cercle qui a fait basculer l'affaire Snaibi : rien n'indique qu'une majorité des supporters du Wydad ayant réclamé son départ savaient qu'ils reprenaient, sciemment ou non, un cadrage déjà mis en circulation par des comptes n'ayant, eux, jamais défendu une seule cause marocaine de leur existence.
Cette architecture ne se limite d'ailleurs pas aux comptes étrangers. Une partie de la gauche marocaine, en particulier ses courants les plus favorables à la cause palestinienne, partage la même grille de lecture qui consiste à opposer par principe la solidarité avec la Palestine et la défense des choix diplomatiques du Royaume, et n'hésite pas à recourir au même registre accusatoire pour disqualifier ceux qui s'y opposent. Maroc Patriotique documentait ainsi, dans une analyse consacrée à une interview de Nabila Mounib au média espagnol OK Diario, que la dirigeante du Parti socialiste unifié avait employé face à une journaliste espagnole les termes de "régime marocain" et de "démocratie de façade", un vocabulaire que notre analyse qualifiait de rare dans la bouche d'une élue marocaine, plus proche du registre habituellement utilisé par le Polisario ou par l'Algérie officielle que de celui de ses propres représentants. La même élue avait, en février 2024, attribué à des "mouches électroniques sionistes" la responsabilité des tensions entre supporters marocains et algériens pendant la CAN 2023, une déclaration qui lui avait valu d'être qualifiée de conspirationniste par plusieurs médias marocains. Le procédé rhétorique est le même que celui observé dans l'affaire Snaibi : accuser d'agir pour des intérêts étrangers, en l'occurrence "sionistes", quiconque ne partage pas la même hiérarchie des priorités, plutôt que de débattre du fond. Ce phénomène permet de constater que le réflexe consistant à faire primer une cause extérieure sur les intérêts nationaux et à disqualifier ses contradicteurs en les rattachant à un camp étranger traverse aussi, par endroits, le champ politique marocain lui-même.
C'est là que la question posée à l'origine par Maroc Patriotique prend tout son sens : comment une institution du poids symbolique du Wydad, l'un des clubs les plus populaires et les plus titrés du continent, en vient-elle à céder en quelques heures à une mobilisation de tribunes, sans que rien n'indique qu'une véritable délibération collective ou une vérification des faits ait eu lieu au préalable ? Le sociologue italien Antonio Gramsci, dans ses Cahiers de prison rédigés dans les années 1930, avait déjà théorisé l'idée que le pouvoir ne se joue pas seulement sur le terrain militaire ou économique, mais aussi sur celui des représentations culturelles diffusées au sein de la société civile, un terrain sur lequel les institutions populaires, précisément parce qu'elles touchent des millions de personnes, jouent un rôle disproportionné. Céder à la première vague d'indignation numérique sans l'examiner, c'est renoncer à ce rôle de formation du sens commun pour devenir, sans le vouloir, la chambre d'écho d'une controverse dont les termes exacts n'ont même pas été vérifiés.
L'inconsistance de cette indignation sélective mérite également d'être nommée. Les mêmes tribunes qui se sont mobilisées en quelques heures contre un porte-parole soupçonné de sympathie pour le sionisme n'ont, à la connaissance de la rédaction, jamais organisé de mobilisation comparable contre les prises de position des autorités algériennes sur le Sahara marocain, ni contre le maintien de la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla, deux dossiers qui touchent pourtant directement à l'intégrité du territoire national. Cette sélectivité n'est pas propre au Wydad ni à ses supporters : elle traduit une vulnérabilité plus générale de toute société exposée à des campagnes numériques rapides et émotionnelles, où l'indignation se porte sur ce qui est activement désigné comme scandaleux par des relais bien identifiés, et reste silencieuse sur ce qui ne l'est pas.
Maroc Patriotique exprime son soutien au Dr Abdelhak Snaibi, dont le travail de confrontation directe avec les adversaires du Royaume sur les grands plateaux arabes et internationaux constitue une prise de risque personnelle rarement reconnue à sa juste valeur. Sa position sur la Palestine, clairement établie et réitérée publiquement, n'a jamais été en contradiction avec sa défense des choix diplomatiques souverains du Royaume, qui relèvent de la politique étrangère marocaine et non d'une validation populaire au cas par cas. Aux Marocains qui souhaitent exprimer leur solidarité avec des causes justes, dont celle du peuple palestinien, Maroc Patriotique rappelle qu'il est possible de le faire sans se retourner contre des compatriotes dont le seul tort est de défendre, sur d'autres fronts tout aussi réels, les intérêts supérieurs de la nation. La vigilance envers les campagnes numériques qui exploitent des causes légitimes à des fins étrangères aux intérêts du Royaume n'est pas un réflexe de suspicion permanente : c'est une compétence civique, à construire patiemment, qui distingue une conviction sincère d'une conviction instrumentalisée.







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