EPSTEIN FILES, COURRIELS ET SKYPE ÉVOQUENT DES JEUNES ALGÉRIENNES
- Brahim Al Maghribi
- il y a 1 jour
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Alors que des relais médiatiques proches du régime algérien tentent, depuis plusieurs jours, d’associer artificiellement le Maroc à l’affaire Jeffrey Epstein, l’examen rigoureux des documents disponibles et enquêtes médiatiques, ouvrages publiés, rapports analytiques indépendants et archives versées aux Epstein Files conduit à un constat clair : les sources citées renvoient à plusieurs cercles algériens.
Condamné en 2008 aux États-Unis pour trafic sexuel de mineures, Jeffrey Epstein a fait l’objet d’investigations internationales approfondies. En France, l’émission Complément d’enquête a notamment évoqué l’existence d’intermédiaires gravitant autour du financier américain, cités dans un cadre journalistique, sans qu’aucune décision judiciaire définitive n’ait établi de responsabilités étatiques. Ces travaux ont documenté des réseaux relationnels et des mécanismes d’influence.
Parmi les noms apparaissant dans les sources publiques figure Richard Siad, également connu sous le nom de Hamid Siad, originaire d’Azazga, en Kabylie. L’intéressé est l’auteur de l’ouvrage autobiographique De Kabylie à Paris, dans lequel il revendique lui-même avoir collaboré, dans les années 1990, avec plusieurs services de renseignement, notamment français et algériens, et évoque des contacts avec des interlocuteurs israéliens. Ces éléments proviennent de déclarations assumées par l’auteur, consignées dans un livre publié et accessible.
Le parcours et les réseaux de Richard Siad ont également été décrits par la presse française. En 2023, un portrait publié par Libération évoque un personnage évoluant dans des cercles parisiens mêlant affaires, politique et relations institutionnelles, mentionnant notamment sa proximité avec Nicole Guedj, ancienne responsable politique française et ex-présidente de la Fondation France-Israël. Là encore, il s’agit d’éléments issus de publications ouvertes.
À ces sources s’ajoute un rapport analytique indépendant rendu public le 1er février 2026 par l’Institut Géopolitique Horizons (IGH), intitulé « Le cas algérien dans le réseau Epstein – Influence périphérique et diplomatie grise (2015–2017) » (réf. IGH-2026-DZ-EFTA). Fondé sur l’exploitation d’archives primaires déclassifiées issues des bases EFTA, Ce document décrit des points de contact périphériques documentés entre le réseau Epstein et des cercles liés à la sphère politique et sociale algérienne, via des leviers académiques (notamment Berkeley), des espaces de sociabilité diplomatique (forums internationaux) et un canal parisien autour d’un intermédiaire prénommé Daniel.

Les Epstein Files apportent ensuite des preuves primaires explicites. Un courriel daté du 6 avril 2015 mentionne l’entourage d’un futur candidat à l’élection présidentielle algérienne et évoque un transfert de 1 000 dollars vers l’Université de Californie à Berkeley afin d’obtenir un report d’inscription. Surtout, ce message propose des rencontres privées et fait référence à des profils présentés comme des « jeunes assistantes », identifiées comme des jeunes femmes algériennes, issues de l’entourage algérien évoqué dans le courrier. La formulation précise que ces jeunes Algériennes « ne verraient pas d’inconvénient à un poste d’assistante à New York ou ailleurs », citation figurant telle quelle dans le document.

Un autre extrait des Epstein Files, daté d’août 2017, renforce ce constat. Dans un échange sur Skype attribué au compte utilisé par Jeffrey Epstein, celui-ci écrit explicitement : « I’ll meet with Daniel on Saturday. He wants to introduce me with an algerian girl. » La mention est directe, écrite, et non interprétée : une rencontre est organisée via un intermédiaire nommé Daniel, pour présenter une jeune femme algérienne. Les échanges adjacents portent sur l’organisation de la vie quotidienne, des cours, des écoles privées et des activités culturelles, un schéma conforme aux pratiques de normalisation relationnelle déjà documentées dans l’environnement Epstein.
Il convient de souligner avec précision ce que ces documents établissent : ils mentionnent explicitement l’Algérie, ses entourages politiques et des jeunes Algériennes proposées dans un cadre de rencontres privées. La présence de ces propositions relationnelles, formulées noir sur blanc, confirme l’existence de vulnérabilités exploitées au sein de cercles liés à l’Algérie durant la période considérée.
La stratégie de projection par les relais de propagandes algériennes consistant à manipuler et à projeter d’ anciennes images, utilisées pour fabriquer des rapprochements artificiels entre Epstein et la monarchie marocaine. À ce titre, une rumeur récurrente relayée par ces mêmes cercles algériens prétend que Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell auraient été invités au mariage de SM le Roi Mohammed VI en 2002. Cette affirmation est dénuée de fondement.
Des éléments rapportés par le New York Post apportent un éclairage précis : ni Epstein ni Maxwell n’ont été invités par le Palais royal marocain. Leur présence serait intervenue à l’initiative de Bill Clinton, qui les aurait imposés comme accompagnants personnels, à la surprise de ses propres collaborateurs. Aucune invitation officielle marocaine ne leur aurait été adressée, et ils ne figuraient ni parmi les invités d’honneur ni dans un quelconque dispositif protocolaire du mariage royal. L’invitation officielle concernait exclusivement l’ancien président américain, qui bénéficiait alors d’un capital de considération au Maroc, notamment en raison de sa présence aux obsèques de Feu SM le Roi Hassan II en 1999. Il convient également de rappeler qu’en 2002, Jeffrey Epstein était inconnu du grand public comme de la justice américaine ; ses crimes n’étaient ni établis ni soupçonnés publiquement. Associer rétrospectivement le Maroc ou le Palais royal à cette affaire relève donc d’une relecture a posteriori biaisée et d’un amalgame délibéré.
Pris ensemble, enquêtes télévisées françaises, ouvrage autobiographique, portraits de presse, rapport analytique IGH et documents primaires des Epstein Files, ces éléments dessinent un périmètre cohérent. Tous renvoient à des réseaux algériens et parisiens. Un autre constat s’impose avec la même clarté : le Maroc n’apparaît à aucun moment dans ces sources. Aucun livre cité ne mentionne le Royaume. Aucun intermédiaire évoqué n’est marocain. Aucun document sérieux ne relie l’affaire Epstein au Maroc, ni directement ni indirectement.
Dès lors, la tentative de certains relais algériens d’associer le Maroc à l’affaire Epstein relève d’une stratégie de diversion. Lorsque les faits disponibles pointent vers un environnement algérien et que les archives évoquent explicitement des jeunes Algériennes, déplacer artificiellement le récit vers le Maroc revient à masquer l’absence totale de lien factuel entre le Royaume et ce dossier.








