COMMENT L’APS MENT SUR GARA DJEBILET
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Depuis des années, le régime algérien applique une même méthode, quels que soient le sujet ou le contexte : fabriquer un récit, le répéter jusqu’à saturation, et le présenter comme une vérité internationale. Le dernier épisode en date concerne la mine de fer de Gara Djebilet, que l’Agence Algérie Presse Service (APS) a osé qualifier, dans un article publié le 30 janvier 2026, de « géant mondial émergent du fer », en affirmant que cette vision est relayée par de « grands médias américains ». Une affirmation grave, mensongère, et surtout révélatrice d’un système de propagande institutionnalisé.
L’APS ne se contente pas de vanter un projet stratégique algérien. Elle prétend lui donner une reconnaissance internationale qu’il n’a pas. Ni le New York Times, Wall Street Journal, Bloomberg, Washington Post, CNN ou encore Fox News n'ont parlé dernièrement de Gara Djebilet pour le qualifier de géant mondial émergent du fer. Aucun média américain n'a publié. Aucun lien ni article n'est renseigné dans le communiqué de l'APS. Le lecteur algérien est sommé de croire, sans preuve, que la presse américaine aurait validé le narratif officiel d’Alger.
Les rares mentions de Gara Djebilet dans la presse américaine sont soit anciennes, datant des années 1960-1970 et liées aux différends frontaliers avec le Maroc, soit purement techniques et factuelles. Un article de Bloomberg en 2025 évoque brièvement l’intérêt de l’Algérie pour attirer des investissements étrangers dans les minerais, sans jamais qualifier Gara Djebilet de « géant mondial émergent ». Les rapports de l’US Geological Survey (USGS), référence mondiale en matière de ressources minérales, confirment l’existence de réserves importantes, mais s’en tiennent à des données techniques, sans aucun ton laudatif ni reconnaissance géopolitique ou économique particulière.
La formule utilisée par l’APS n’existe donc que dans l’espace médiatique algérien, reprise en boucle par des relais pro-régime sur les réseaux sociaux, sans source indépendante. Nous ne sommes pas face à une reconnaissance internationale, mais à un écho interne, auto-référencé, typique des systèmes de propagande fermés.
Cette manipulation s’inscrit dans une doctrine bien rodée, déjà observée sur d’autres dossiers : l’inscription du caftan marocain, systématiquement déformée ; les frappes revendiquées du polisario sur le Maroc, montées en épingle puis démenties par les faits ; ou encore les classements économiques et militaires fantasmés. À chaque fois, la mécanique est identique : exagérer, inventer une validation extérieure, puis accuser toute remise en cause d’être une hostilité politique.
Le cas de Gara Djebilet est d’autant plus révélateur qu’il a récemment conduit à un acte d’une extrême gravité : l’enlèvement et la mise au secret de l’économiste algérien Djelloul Slama. Son tort n’a pas été de critiquer le régime, mais d’avoir osé analyser froidement la rentabilité du projet. Ingénieur, docteur en économie, intervenant régulier sur les plateaux de télévision algériens, Slama n’a fait qu’exposer des chiffres : coûts de transport astronomiques, minerai à forte teneur en phosphore nécessitant des procédés industriels lourds, manque d’eau, déficit énergétique, infrastructures ferroviaires évaluées à plusieurs milliards de dollars.
Sa conclusion était prudente mais dérangeante : dans l’état actuel, Gara Djebilet ne pourrait être rentable qu’à très long terme, au mieux à l’horizon 2050. Une analyse strictement économique, sans attaque politique. Cela a suffi pour qu’il soit enlevé, détenu sans mandat, sur ordre direct du président algérien Abdelmadjid Tebboune. Un signal glaçant : en Algérie, l’expertise devient un crime dès lors qu’elle fissure le récit officiel.
Ce récit officiel occulte volontairement l’histoire réelle de Gara Djebilet. Découvert en 1952 par la France dans le Sahara oriental historiquement marocain, le gisement a fait l’objet de multiples études techniques concluant toutes à des difficultés majeures : phosphore élevé, besoins colossaux en eau et en énergie, éloignement extrême des ports. Conscients de ces contraintes, le Maroc et l’Algérie avaient signé en 1972 des accords prévoyant une exploitation conjointe, l’exportation du minerai via les ports marocains atlantiques, et la création d’une société commune. Ces accords n’ont jamais été pleinement respectés par l’Algérie.
En juin 2023, en signant un partenariat exclusif avec un consortium chinois pour exploiter seule Gara Djebilet, Alger a violé l’esprit et la lettre des accords bilatéraux qu’elle invoque pourtant à géométrie variable dès qu’il s’agit de frontières. Cette contradiction juridique et politique est systématiquement passée sous silence dans la communication officielle.
La vérité est donc simple, mais dérangeante : Gara Djebilet est un projet potentiellement stratégique, mais lourd, coûteux, complexe, loin de toute reconnaissance internationale enthousiaste. Aucun grand média américain ne l’a sacré « géant mondial émergent ». Cette expression est une construction de l’APS, organe placé sous la tutelle directe du ministère algérien de la Communication et de la direction générale de la communication du palais de la Mouradia.
En mentant sur Gara Djebilet, l’APS trompe avant tout le peuple algérien, prisonnier d’un système où la propagande remplace l’information, où l’expertise est muselée, et où la vérité devient une menace pour le pouvoir révélant son isolement politique profond, compensé par la fabrication permanente de fake news d’État.







