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HICHAM EL GUERROUJ, LA LÉGENDE QUE LE MONDE N'A PAS ENCORE DÉPASSÉE

23 sept.
6 min de lecture
HICHAM EL GUERROUJ, LA LÉGENDE QUE LE MONDE N'A PAS ENCORE DÉPASSÉE

Il existe dans l'histoire du sport marocain des trajectoires qui dépassent la simple performance athlétique pour devenir des symboles nationaux et celle de Hicham El Guerrouj est de celles-là. Né le 14 septembre 1974 à Berkane, ville du nord-est marocain aux portes de la Méditerranée, cet homme de 176 centimètres et 58 kilogrammes a poussé les limites de ce que le corps humain peut accomplir sur une piste d'athlétisme. Il est aujourd'hui reconnu par les spécialistes mondiaux, de World Athletics à Encyclopaedia Britannica, comme le plus grand coureur de demi-fond de tous les temps. Ses records du monde du 1 500 mètres et du mile, établis à la fin des années 1990, sont toujours debout en 2026, plus de vingt-cinq ans après leur création, comme si le chrono avait lui-même décidé que personne ne méritait encore de les dépasser.



HICHAM EL GUERROUJ, LA LÉGENDE QUE LE MONDE N'A PAS ENCORE DÉPASSÉE
Hicham El Guerrouj - record du monde du 1 500 m, toujours inégalé, établi le 14 juillet 1998

Hicham El Guerrouj grandit dans une famille modeste de Berkane, ville qui a depuis longtemps développé une culture sportive solide grâce notamment à la tradition du football et des sports individuels. Enfant, il est inspiré par les exploits de Said Aouita, l'enfant prodige de l'athlétisme marocain qui avait décroché l'or olympique sur 5 000 mètres aux Jeux de Los Angeles en 1984, ouvrant la voie à toute une génération de champions marocains de fond et de demi-fond. Cette filiation n'est pas anodine : Aouita avait prouvé qu'un Marocain pouvait dominer le monde sur piste, et El Guerrouj en fit sa conviction profonde dès l'adolescence.


Repéré à l'âge de quatorze ans par le directeur technique national de l'athlétisme marocain lors d'une compétition régionale, le jeune Hicham impressionne d'emblée par la qualité de sa foulée et sa résistance naturelle à l'effort. Deux ans plus tard, en 1990, à l'âge de seize ans, il intègre l'Institut National d'Athlétisme de Rabat, cette pépinière d'exception dont sont issus de nombreux médaillés olympiques marocains. C'est là qu'il va se construire, sous la direction de ses entraîneurs, développant la technique, la tactique et la puissance mentale qui feront de lui, quelques années plus tard, le coureur le plus redouté du circuit mondial.


Il débute sa carrière internationale en 1994 et se révèle immédiatement parmi les meilleurs. En 1995, à seulement vingt ans, il remporte le titre mondial en salle du 1 500 mètres et décroche l'argent aux Championnats du monde en plein air de Göteborg, terminant derrière le seul homme qui lui résistera encore quelques mois, l'Algérien Noureddine Morceli, triple champion du monde en titre et détenteur du record du monde.



HICHAM EL GUERROUJ, LA LÉGENDE QUE LE MONDE N'A PAS ENCORE DÉPASSÉE

La finale du 1 500 mètres des Jeux Olympiques d'Atlanta, le 3 août 1996, est entrée dans l'histoire de l'athlétisme comme l'une des scènes les plus dramatiques jamais vécues sur une piste olympique. El Guerrouj, alors vingt-deux ans, figure parmi les grands favoris au même titre que Morceli. Le Marocain s'est installé dans le groupe de tête à l'entame du dernier tour quand, à environ 430 mètres de l'arrivée, comme le détaille Olympics.com dans sa fiche officielle, "il heurte du genou le talon de l'Algérien, perd l'équilibre et tombe." Il se relèvera pour terminer la course, mais franchit la ligne en dernière position, douzième et dernier. Les circonstances exactes de cet incident restent à ce jour l'objet de controverses dans le milieu de l'athlétisme, et l'Encyclopédie Universalis note sobrement qu'il "a suscité une certaine controverse." Morceli, lui, remporte l'or.


La scène est dévastatrice et le jeune homme de Berkane pleure à chaudes larmes devant les caméras du monde entier. Comme le souligne le site olympique officiel, "un mois seulement après Atlanta, il devient le premier coureur à battre Morceli sur 1 500 mètres en quatre ans", remportant la finale du Grand Prix à Milan. La défaite n'a pas brisé l'athlète mais elle va le transformer en conquérant.


HICHAM EL GUERROUJ, LA LÉGENDE QUE LE MONDE N'A PAS ENCORE DÉPASSÉE

Ce qui suit Atlanta est l'une des plus longues et des plus impressionnantes dominations de l'histoire de l'athlétisme mondial. Sur neuf années, Hicham El Guerrouj remporte 83 de ses 86 courses sur 1 500 mètres et mile, selon le décompte officiel de Olympics.com. Il établit la meilleure performance mondiale de l'année sur 1 500 mètres pendant huit années consécutives, de 1996 à 2003. Ses adversaires, parmi les meilleurs coureurs de leur génération, ne parviennent à le battre qu'à trois reprises en finale de grandes compétitions.


La moisson en Championnats du monde est sans précédent. En 1997 à Athènes, il décroche son premier titre mondial en plein air sur 1 500 mètres. Il défend avec succès cette couronne à Séville en 1999, à Edmonton en 2001 et à Paris en 2003, devenant le seul athlète masculin de l'histoire à conquérir quatre titres consécutifs sur cette distance en Championnats du monde, dépassant ainsi le record de trois titres de son ancien rival Morceli. À ces quatre titres extérieurs s'ajoutent trois titres en salle, sur 1 500 mètres en 1995 et 1997 et sur 3 000 mètres en 2001. Son palmarès en Championnats est simplement inégalé dans l'histoire du demi-fond masculin mondial. World Athletics, la fédération internationale d'athlétisme, confirme dans la biographie officielle qu'il lui consacre ces statistiques exceptionnelles.


C'est à Rome, sur la piste de l'Olimpico, qu'El Guerrouj a écrit les pages les plus impérissables de son histoire. Le 14 juillet 1998, dans un meeting mémorable, il pulvérise le record du monde du 1 500 mètres de Morceli en le ramenant de 3 min 27 s 37 à 3 min 26 s 00, améliorant la marque de plus d'une seconde entière. Comme le précise l'Encyclopédie Universalis dans la notice qu'elle lui consacre, cette performance représente "une amélioration de plus d'une seconde", un exploit rare dans un sport où les records se battent en dixièmes. Le 7 juillet 1999, toujours à Rome, il récidive sur le mile en établissant le temps de 3 min 43 s 13, repoussant le Kenyan Noah Ngeny à 3 min 43 s 40 dans ce qui reste la deuxième performance mondiale de tous les temps. Vingt-sept ans plus tard, ces deux records sont toujours debout, survivant à des générations de champions, de Jakob Ingebrigtsen à Asbel Kiprop. Ils constituent peut-être les records les plus durables de toute l'histoire de l'athlétisme moderne. El Guerrouj détient par ailleurs le record du monde du 2 000 mètres en 4 min 44 s 79, établi à Berlin en 1999.


HICHAM EL GUERROUJ, LA LÉGENDE QUE LE MONDE N'A PAS ENCORE DÉPASSÉE

Les Jeux Olympiques de Sydney en 2000 constituent le deuxième grand déchirement de la carrière d'El Guerrouj. Entre Atlanta et Sydney, il a remporté 45 de ses 46 courses sur 1 500 mètres et mile, une domination qui rend sa victoire olympique quasi-certaine aux yeux de tous. Dans la finale du 1 500 mètres, il prend le commandement de la course à 900 mètres de l'arrivée et le conserve jusqu'à la dernière ligne droite. Mais Noah Ngeny, le jeune Kenyan qui avait été son propre lièvre quelques semaines plus tôt, le rattrape à 50 mètres de l'arrivée et s'envole vers l'or dans les 25 derniers mètres. El Guerrouj, médaillé d'argent, est abasourdi. Deux finales olympiques, deux défaites. Une carrière en dehors des Jeux qui est la plus brillante de l'histoire du demi-fond. Le destin semblait s'acharner.


Le chemin vers Athènes est semé d'embûches supplémentaires. En 2004, El Guerrouj est perturbé par des problèmes respiratoires qui affectent son début de saison. Sa victoire dans la finale du 1 500 mètres olympique, le 24 août 2004, est ainsi loin d'être acquise d'avance, comme le souligne l'Encyclopédie Universalis : "au départ du 1 500 mètres des jeux Olympiques d'Athènes, on peut douter de sa victoire. De fait, à moins de 100 mètres de l'arrivée, le Kenyan Bernard Lagat semble le déborder. Mais le Marocain résiste et devient enfin champion olympique." La scène est d'une intensité rare : celui que certains appelaient déjà le meilleur coureur de l'histoire sans médaille d'or olympique venait enfin de décrocher son Graal, huit ans après la tragédie d'Atlanta.



Mais El Guerrouj ne s'arrête pas là. Quatre jours plus tard, le 28 août, il prend le départ du 5 000 mètres olympique dans une discipline qui n'est pas sa spécialité première, et il l'emporte. Le doublé 1 500 mètres-5 000 mètres aux Jeux Olympiques : il devient, selon Olympedia et Britannica, "le premier homme en 80 ans à réussir ce doublé", un exploit accompli pour la dernière fois par le légendaire "Finlandais Volant" Paavo Nurmi aux Jeux de Paris en 1924. El Guerrouj est le deuxième homme de l'histoire à y parvenir. Ce soir d'Athènes, il pleure. Mais cette fois, de bonheur pur.


Hicham El Guerrouj est désigné meilleur athlète de l'année par l'IAAF en 2001, 2002 et 2003, devenant "le premier athlète masculin à recevoir pour la troisième fois ce trophée." Sa retraite sportive est annoncée en 2004, à l'issue de sa saison athénienne. La même année, SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, lui remet le Cordon de Commandeur, l'une des plus hautes distinctions du Royaume du Maroc, en reconnaissance d'une carrière qui a porté très haut les couleurs nationales devant le monde entier. El Guerrouj est également élu membre du Comité International Olympique en 2004, rejoignant la plus haute instance du mouvement olympique mondial, témoignage supplémentaire du respect international que lui voue la communauté sportive planétaire.


Hicham El Guerrouj demeure à ce jour l'athlète marocain le plus titré de l'histoire olympique. Il est, dans le regard des générations qui l'ont suivi comme dans celui des experts mondiaux, la démonstration vivante que le Maroc peut produire des légendes sportives absolues. De Berkane à Rome, de Rome à Athènes, son parcours est une invitation permanente à la grandeur.



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