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SPORT ET PROPAGANDE, L’IMPASSE DU RÉGIME ALGÉRIEN

SPORT ET PROPAGANDE, L’IMPASSE DU RÉGIME ALGÉRIEN

À Alger, le régime algérien vient d’offrir une nouvelle illustration de la confusion permanente entre propagande politique et réalité institutionnelle. Ce mercredi, la capitale algérienne a accueilli le lancement officiel d’une prétendue « Fédération de football sahraouie », présenté par ses promoteurs comme un événement historique lié au cinquantième anniversaire de la proclamation de la soi-disant « RASD ». Derrière la mise en scène politique, la réalité sportive et juridique reste pourtant implacable : cette fédération n’a aucune existence internationale reconnue et ne peut en avoir aucune dans le cadre du football mondial.


La cérémonie, organisée à l’hôtel Mazafran de Zéralda en présence de responsables algériens et de représentants du Polisario, s’inscrit dans une stratégie bien connue de diplomatie symbolique. Un match de gala opposant une équipe du Polisario à d’anciennes gloires du football algérien est même prévu au stade Nelson-Mandela de Baraki. Mais au-delà de l’événement médiatique, la portée réelle de cette initiative est proche de zéro sur le plan sportif international.


Ce n’est d’ailleurs pas la première tentative du régime algérien. En mai 2023 déjà, un match avait été organisé entre une sélection du Polisario et le Mouloudia d’Alger, dans une indifférence presque totale du public algérois malgré une forte mobilisation officielle. Ces opérations de communication répétées montrent surtout l’incapacité d’Alger à obtenir une reconnaissance institutionnelle réelle dans le domaine sportif.


Car la règle est simple et incontestable : aucune entité non reconnue par l’ONU ne peut intégrer les instances du football international. Depuis le 12 mars 2021, les statuts de la Confédération africaine de football sont explicites. Lors de la 43e Assemblée générale de la CAF tenue à Rabat, les fédérations africaines ont adopté à l’unanimité un amendement de l’article 4 précisant que seules les associations représentant un pays reconnu comme État indépendant et membre des Nations Unies peuvent être admises. Cette modification, défendue notamment par Fouzi Lekjaa, président de la Fédération Royale Marocaine de Football et membre du Conseil de la FIFA, a verrouillé définitivement toute tentative d’instrumentalisation politique du football africain.



Le texte adopté est sans ambiguïté : la CAF est ouverte uniquement aux associations nationales représentant un pays indépendant membre de l’ONU, et elle ne reconnaît qu’une seule fédération par État. Cette décision, entrée en vigueur immédiatement après son adoption, constitue un obstacle juridique insurmontable pour toute tentative d’intégration d’entités fictives dans le football africain. Depuis lors, toutes les démarches visant à faire reconnaître une fédération liée au Polisario ont échoué, y compris la tentative menée en juin 2023.


L’épisode révèle aussi une contradiction flagrante du discours officiel algérien. En 2021, l’agence de presse algérienne APS dénonçait avec virulence un reportage du journal L’Équipe évoquant une sélection kabyle, qualifiée de « pure invention ». Selon l’agence officielle, « la Kabylie a son équipe nationale, c’est l’équipe d’Algérie ». Pourtant, quelques années plus tard, Alger parraine la création d’une fédération fictive liée au Polisario, démontrant une instrumentalisation politique évidente du sport.


Le malaise provoqué par l’amendement des statuts de la CAF avait d’ailleurs été visible jusque dans les institutions algériennes. Le vote unanime de l’Assemblée générale avait provoqué une crise interne à Alger, où le président de la Fédération algérienne de football, Kheïreddine Zetchi, s’était retrouvé sous pression politique après cette décision qui rendait impossible toute admission de la pseudo-RASD dans la CAF.


Les statuts de la FIFA et de la Confédération africaine de football imposent pourtant un principe clair : le sport doit rester indépendant de toute instrumentalisation politique. Les associations membres doivent gérer leurs affaires sans influence gouvernementale ou diplomatique, conformément aux règles internationales du football.


L’amendement adopté par la CAF en 2021 à Rabat, limitant l’adhésion aux fédérations représentant des États membres de l’ONU, visait précisément à préserver cette neutralité.


Dans ce contexte, l’organisation d’événements sportifs liés à des entités politiques non reconnues pose une question de cohérence institutionnelle et interroge la capacité des instances sportives africaines à faire respecter leurs propres principes.


En réalité, cette « fédération sahraouie » relève davantage du symbole politique que d’une structure sportive crédible. Elle ne peut prétendre ni à une reconnaissance de la CAF, ni à celle de la FIFA, ni à une participation aux compétitions officielles. Elle n’existe que dans un espace médiatique contrôlé, sans base institutionnelle internationale.


Mais au-delà de cette contradiction, l’initiative apparaît aussi comme une forme d’ingratitude historique lorsqu’on la replace dans le contexte des relations entre le Maroc et l’Algérie, notamment dans le domaine du football.


En 1958, en pleine résistance, le Maroc avait accepté de défier la FIFA pour soutenir l’équipe du Front de libération nationale algérien. À l’époque, la FIFA avait menacé de sanctionner toute sélection affrontant cette équipe non reconnue. Le Royaume avait pourtant maintenu sa participation à un tournoi organisé en soutien à la cause algérienne, disputant un match contre l’équipe du FLN malgré les conséquences annoncées.


La sanction ne tarda pas : le Maroc fut suspendu pendant une année et privé de participation à la première Coupe d’Afrique des Nations. Le Royaume avait néanmoins assumé ce choix politique et moral en soutien à la cause algérienne. Des matchs de soutien furent même organisés au Maroc, parfois en présence de Feu SM le Roi Mohammed V, permettant de récolter des fonds pour la révolution algérienne et de donner une visibilité internationale à l’équipe du FLN.


Ce soutien historique du Maroc à la cause algérienne contraste fortement avec l’attitude actuelle du régime algérien dans le domaine sportif.


Pendant que certains s’enferment dans des mises en scène sans portée, le football africain poursuit sa professionnalisation et son développement réel. L’adoption de l’amendement de 2021 visait précisément à protéger les institutions sportives africaines de toute instrumentalisation politique, en maintenant la neutralité du sport et en alignant les règles d’adhésion sur le droit international.


Cette tentative de création d’une « fédération sahraouie » apparaît ainsi comme un geste politique sans conséquence, révélateur d’une stratégie de communication répétitive mais inefficace. Dans le monde du football international, les règles sont claires, les statuts sont appliqués, et aucune opération symbolique ne peut remplacer la reconnaissance juridique d’un État souverain.


L’histoire récente du football africain l’a démontré : lorsque les institutions parlent, la propagande se heurte au réel.

1 commentaire


Youssef.B
Youssef.B
il y a 10 heures

Le régime algérien tourne en rond : incapable de produire des résultats, il recycle la propagande sportive comme écran de fumée pour masquer son immobilisme. Plus il force la mise en scène, plus il révèle son propre vide politique et l’absence totale de projet pour son pays.


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