Rabat
top of page

LE POLISARIO DANS LE VISEUR DU SÉNAT AMÉRICAIN

LE POLISARIO DANS LE VISEUR DU SÉNAT AMÉRICAIN

Le débat sur le Sahara marocain vient de franchir un seuil inédit à Washington. Pour la première fois de manière aussi frontale, un sénateur américain de premier plan a publiquement évoqué la possibilité de qualifier le Front Polisario d’organisation terroriste, non pas dans un discours militant ou médiatique, mais dans le cadre formel d’une audition officielle du Sénat des États-Unis. Cette prise de parole, lourde de sens, ne vient pas d’un acteur marginal de la vie politique américaine, mais de Ted Cruz, l’un des sénateurs républicains les plus influents sur les questions de sécurité nationale et de politique étrangère.


Lors de cette audition consacrée aux menaces terroristes en Afrique du Nord et au Sahel, Ted Cruz a directement interrogé les représentants du Département d’État sur les risques de radicalisation et de militarisation de certains acteurs régionaux. C’est à ce moment précis qu’il a explicitement cité le Front Polisario, suggérant que ce mouvement séparatiste pourrait suivre la même trajectoire que d’autres organisations armées soutenues par l’Iran à travers le monde. Le parallèle établi avec les Houthis du Yémen n’a rien d’anodin. Il traduit une lecture stratégique claire : celle d’un réseau d’influence iranien cherchant à installer des relais armés dans des zones instables, y compris en Afrique du Nord.


Cette déclaration marque un tournant. Jusqu’ici, le Polisario bénéficiait d’une zone grise diplomatique, entretenue par le régime algérien, qui tentait de le présenter comme un simple « mouvement de libération ». Or, en évoquant ouvertement une possible désignation terroriste, Ted Cruz a déplacé le dossier du terrain idéologique vers celui, bien plus sensible, de la sécurité internationale. Dans le système américain, ce glissement n’est jamais neutre. Lorsqu’un sénateur pose ce type de question en commission, c'est pour préparer le terrain politique et juridique à des décisions plus lourdes.


L’élément le plus inquiétant pour Alger réside précisément là. La question n’est plus de savoir si le Polisario est « politique » ou « militaire », mais s’il constitue un risque sécuritaire régional, potentiellement connecté à des puissances hostiles aux intérêts occidentaux. En évoquant des liens supposés avec l’Iran, Ted Cruz a introduit le Polisario dans un champ d’analyse jusqu’ici réservé aux organisations classées comme proxies, un terme redouté à Washington. Une telle qualification ouvre la voie à des sanctions, à des restrictions financières, et à une surveillance internationale accrue.


Face à ces propos, les représentants du Département d’État ont adopté une posture prudente, évitant toute confirmation officielle immédiate. Cette réserve est classique dans la diplomatie américaine. Elle ne signifie pas un désaccord, mais traduit le respect d’un processus institutionnel strict. Les désignations terroristes ne se font pas sur un coup de tête, mais lorsqu’elles surviennent, elles sont précédées de signaux faibles, de questions ciblées et de mises en garde publiques. C’est exactement ce que l’on observe aujourd’hui.


Pour le régime algérien, la situation devient inconfortable. Le soutien politique, financier et logistique apporté au Polisario, longtemps assumé sans réel coût international, se retrouve désormais exposé à une lecture sécuritaire globale. Si le Polisario devait être un jour officiellement classé organisation terroriste ou assimilé à un proxy étranger, la responsabilité d’Alger serait mécaniquement interrogée. Camps de Tindouf, circulation d’armes, absence de recensement des populations, opacité des flux financiers : autant d’éléments qui prendraient une dimension explosive dans un tel contexte.


Ce qui se joue ici dépasse largement un simple échange au Sénat. C’est un signal stratégique adressé à l’ensemble des acteurs du dossier du Sahara marocain. Les États-Unis, qui reconnaissent déjà la souveraineté du Maroc sur son Sahara, montrent qu’ils ne sont plus disposés à tolérer des zones grises sécuritaires aux portes de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel. L’époque où le Polisario pouvait évoluer à l’abri des projecteurs internationaux semble toucher à sa fin.


Pour le Maroc, cette évolution confirme une tendance de fond. La question du Sahara marocain n’est plus traitée uniquement sous l’angle du différend politique, mais comme un enjeu de stabilité régionale et de lutte contre les réseaux armés transnationaux. Pour l’Algérie, en revanche, l’étau se resserre. Et cette fois, ce ne sont pas des médias ou des tribunes militantes qui tirent la sonnette d’alarme, mais le cœur même du pouvoir législatif américain.



Commentaires


bottom of page