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KOUMMYA, L’OBJET SYMBOLIQUE QUI TRAVERSE L’HISTOIRE DU MAROC

  • il y a 8 heures
  • 3 min de lecture
KOUMMYA, L’OBJET SYMBOLIQUE QUI TRAVERSE L’HISTOIRE DU MAROC

Dans l’imaginaire collectif, certaines armes dépassent depuis longtemps leur fonction utilitaire pour devenir des marqueurs de civilisation, des vecteurs de transmission et de véritables langages symboliques du pouvoir. La koummya marocaine s’inscrit pleinement dans cette catégorie. Trop souvent réduite à une simple dague orientale dans des discours approximatifs, elle constitue en réalité un concentré d’histoire sociale, de maîtrise artisanale et de symbolique politique propre au Maroc.


La singularité de la koummya se manifeste d’abord par sa lame courbe caractéristique, généralement à double tranchant dans les modèles anciens conservés au sein de grandes collections muséales internationales. Cette forme n’est ni décorative ni fortuite. Elle résulte d’un équilibre précis entre efficacité, ergonomie et esthétique, fruit d’un savoir-faire transmis sur plusieurs siècles. Des conservateurs de musées ethnographiques européens ont souligné que la remarquable régularité de cette courbure dans les pièces marocaines anciennes témoigne d’une normalisation artisanale avancée, phénomène rare dans des contextes de production préindustriels.


Contrairement à une idée répandue, l’acier utilisé pour les lames de koummya n’était pas systématiquement d’origine locale. Des analyses menées sur des pièces conservées dans des collections européennes indiquent que certaines lames proviennent de sabres ou d’armes européennes recyclées, importées puis entièrement retravaillées par des artisans marocains. Loin de traduire une dépendance technique, ce phénomène révèle au contraire une capacité d’adaptation et de réinterprétation remarquable, illustrant une intelligence artisanale attentive aux flux commerciaux mondiaux bien avant l’ère contemporaine.


Le port de la koummya obéissait lui aussi à des codes stricts. Traditionnellement suspendue sur le côté gauche, maintenue par une cordelière passant sur l’épaule droite, elle assurait à la fois stabilité, accessibilité et visibilité. Ce mode de port, attesté dans plusieurs sources ethnographiques, transformait la dague en signe immédiatement lisible du statut de son porteur. La koummya ne relevait pas seulement de l’usage, mais de la représentation sociale, révélant le rang, l’appartenance et parfois la fonction militaire ou tribale de celui qui la portait.

La richesse culturelle de la koummya se lit également dans la diversité de ses pommeaux. Si la forme dite en queue de paon demeure la plus emblématique, les collections du musée Dar Si Saïd à Marrakech ou du musée du Quai Branly à Paris attestent d’une grande variété régionale. Les styles issus du Souss, du Tafilalet ou des régions atlasiques présentent des signatures formelles distinctes, parfois influencées par des traditions sahariennes ou andalouses. Cette pluralité ne fragmente pas l’objet, elle l’inscrit dans une géographie marocaine cohérente et vivante.


Au-delà de l’usage civil, la koummya a occupé une place symbolique notable dans l’histoire militaire du Maroc. Les unités marocaines engagées durant la Seconde Guerre mondiale l’intégraient à leurs cérémonials, non comme une arme de combat moderne, mais comme un héritage identitaire. Des archives militaires alliées mentionnent régulièrement cet élément vestimentaire comme un signe distinctif des troupes marocaines, contribuant à leur cohésion et à leur image singulière auprès des forces alliées.


Aujourd’hui, la koummya connaît une nouvelle forme de reconnaissance. Présente sur le marché international de l’art, exposée dans des musées et recherchée par les collectionneurs, elle demeure un objet de prestige. L’exemple le plus emblématique reste la koummya en or offerte par SM le Roi Mohammed VI, qu’Allah L’Assiste. Cet objet diplomatique, largement commenté pour la finesse de son exécution, a été salué par des joailliers internationaux comme une démonstration éclatante de continuité entre tradition marocaine et excellence contemporaine. Il rappelle que la koummya reste un marqueur de prestige parfaitement lisible dans les codes du monde actuel.


Comparée à d’autres armes identitaires comme le katana japonais ou le kriss indonésien, la koummya marocaine se distingue par une courbure plus douce, une ornementation particulièrement raffinée et un usage cérémoniel fortement codifié. Elle n’est ni une relique figée ni un folklore décoratif. Elle constitue un langage, transmis, compris et adapté à travers les siècles.


Ainsi, la koummya n’appartient pas uniquement au passé. Elle témoigne de la capacité du Maroc à intégrer des influences, à structurer des savoirs et à projeter une identité cohérente dans le temps long. Entre héritage familial, artisanat d’excellence et diplomatie symbolique, elle continue de raconter une histoire profondément enracinée et résolument ouverte sur le monde.

1 commentaire


Membre inconnu
il y a 2 heures

La koummya traverse les siècles et reste un symbole du Royaume du Maroc. Elle raconte l’histoire, l’artisanat et les traditions, un vrai reflet de notre identité 🇲🇦

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