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L’AFFAIRE ANDREW WARREN, SCANDALE SEXUEL, CIA ET SILENCE D’ÉTAT EN ALGÉRIE

L’AFFAIRE ANDREW WARREN, SCANDALE SEXUEL, CIA ET SILENCE D’ÉTAT EN ALGÉRIE

Depuis des années, le régime algérien tente d’imposer un récit commode : l’Algérie ne serait pas une destination touristique, donc elle serait mécaniquement épargnée par les réseaux de prédation sexuelle, les scandales impliquant des étrangers et les dérives liées à l’impunité diplomatique. Cette fiction s’effondre dès que l’on examine des dossiers concrets, documentés et judiciairement établis. L’affaire Andrew Warren en est l’un des exemples les plus troublants.


Andrew Warren, ancien chef de station de la CIA à Alger, a été reconnu coupable par la justice américaine pour des agressions sexuelles commises en Algérie sur des femmes algériennes, dans un cadre diplomatique ultra-sensible. Les faits, longtemps restés confidentiels côté algérien, révèlent une réalité bien plus inquiétante que le discours officiel.


Nommé chef de station à Alger en 2007, en pleine phase de coopération sécuritaire renforcée entre Washington et Alger dans la lutte contre Al-Qaïda au Sahel, Warren occupait l’un des postes les plus sensibles du dispositif américain en Afrique du Nord. À ce titre, il bénéficiait d’un accès privilégié, d’une résidence officielle et d’un statut lui conférant une forme d’immunité de fait dans le pays hôte.


C’est précisément dans ce cadre que se produisent les faits. Entre septembre 2007 et février 2008, deux femmes algériennes rapportent avoir été droguées puis agressées sexuellement par Warren à sa résidence officielle, dépendant de l’enceinte diplomatique américaine. Les témoignages concordent : boissons préparées hors de leur vue, pertes de conscience, vomissements, réveils partiels ou complets sans souvenir, découverte d’indices matériels laissant peu de doute sur des actes sexuels non consentis.


L’enquête menée par le Bureau de la sécurité diplomatique du Département d’État américain met au jour des éléments accablants. Lors d’une perquisition, les autorités saisissent des médicaments anxiolytiques puissants, des supports numériques et des enregistrements montrant au moins une victime inconsciente et nue. Les symptômes décrits correspondent à l’usage de drogues classiquement associées aux agressions sexuelles.


Face à la gravité des faits, Warren est discrètement rappelé aux États-Unis à l’automne 2008. Aucune procédure judiciaire n’est engagée en Algérie. Aucun communiqué officiel algérien n’est publié. Aucune enquête locale n’est annoncée. Le dossier disparaît totalement de l’espace médiatique algérien. Aucune interpellation n’a lieu en Algérie, malgré les plaintes déposées. Tout indique que les autorités algériennes ont choisi de ne pas agir contre un représentant américain de premier plan, redoutant les conséquences diplomatiques d’une arrestation ou d’une mise en cause publique. Dans les faits, Warren ne risquait rien sur le sol algérien. Le régime algérien, historiquement réticent à porter atteinte à des intérêts ou à des figures américaines, a laissé le principal mis en cause quitter le pays sans entrave, tandis que le dossier disparaissait totalement de l’espace médiatique national.


Sur le plan judiciaire, l’affaire est traitée exclusivement par les autorités américaines. Inculpé en 2009 pour abus sexuel dans une juridiction relevant du droit extraterritorial américain, Warren évite finalement un procès pour viol après un accord de plaider-coupable en 2010. Il reconnaît des contacts sexuels abusifs et une infraction liée à la drogue. En 2011, il est condamné et purgera sa peine et est libéré en 2015. L’affaire est officiellement close. Côté algérien, le silence reste total. Un viol de plusieurs femmes algériennes n'aura coûté que 4 petites années à cet ancien de la CIA.


Ce dossier pose une question centrale que le régime algérien se garde bien d’aborder : comment un haut responsable étranger, occupant un poste stratégique, a-t-il pu agresser des citoyennes algériennes sur le sol algérien sans qu’aucune poursuite locale, aucune enquête parlementaire, aucun débat public n’ait lieu ? La réponse tient moins à l’absence de preuves qu’à la nature du système.


Contrairement au discours répété par Alger, l’absence de tourisme n’est pas un rempart contre les scandales sexuels. Elle peut même devenir un facteur aggravant lorsque la presse est muselée, que la justice est verrouillée et que la raison d’État prime sur la protection des victimes. Les prédateurs ne recherchent pas la visibilité, ils recherchent l’impunité. Et l’impunité prospère précisément là où les dossiers sensibles sont traités dans le secret et l’opacité.


L’affaire Andrew Warren ne relève donc pas de l’anecdote ni du fait divers importé. Elle s’inscrit dans une série de dossiers graves dont celui d’Annaba (Jean-Michel Baroche) qui démontrent que l’Algérie n’est ni préservée ni immunisée, mais au contraire vulnérable aux abus dès lors qu’ils impliquent des cercles de pouvoir, des intérêts diplomatiques ou des équilibres géopolitiques jugés prioritaires.


Pendant que la propagande algérienne s’acharne à projeter sur le Maroc des obsessions sexuelles et des accusations vulgaires, des affaires judiciairement établies montrent une réalité bien différente : celle d’un État prompt à étouffer, minimiser ou externaliser ses propres scandales lorsque ceux-ci menacent l’image du régime.


Le silence n’est jamais un gage de vertu. Il est souvent le symptôme d’un système qui protège les puissants et abandonne les victimes.



1 commentaire


Youssef.B
Youssef.B
il y a 4 jours

L’Algérie prétend n’avoir ni tourisme ni scandales sexuels. En réalité, Andrew Warren y a agressé des femmes, l’impunité a régné et les victimes ont été abandonnées. Pendant ce temps, le régime détourne le regard vers le Maroc.

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