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L'ORIGINE DE LA PASTILLA


La pastilla marocaine, ni modeste ni simple, un monument des feuilletés qui règne dans le royaume du Maroc, cette contrée chérifienne qu'aucun Ottoman ne conquit jamais. Elle est le du plus prestigieux des plats dégustée dans toutes les familles et restaurants marocains.


Cette dernière, en effet, se veut supranationale comme se veulent toutes les élites, laissant aux gueux le soin de défendre la glèbe qui colle aux bottes, les plats du terroir et le maïs, dans sa candide virginité. Mais rien n'est simple, et sans doute le maïs ne serait-il pas ce qu'il est si des aventuriers n'avaient pas quitté une glèbe qui ne les nourrissait pas, mis leurs bottes dans le sang, et trituré la petite graine que consommaient les Aztèques du Mexique. L'Histoire n'est pas une bluette, mais du bruit et de la fureur comme disait le grand William Shakespeare. La cuisine elle-même n'est pas à l'écart, mais nous pouvons nous illusionner et nous prendre pour des sages en nous occupant de pastilla au milieu du vacarme. C'est le plat de fête par excellence, celui des mariages, naissances ou circoncisions et de tous les festins où l'on veut montrer que l'on sait traiter ses hôtes. La légende affirme qu'une recette de pastilla ne peut s'écrire en moins de mille mots. C'est dire que l'on y met des ingrédients multiples et variés pour une construction complexe.


De l'origine du mot "pastille"


Pour l'heure, c'est le mot pastilla qui nous occupe, avec sa consonance latine dans un pays où domine la langue du Coran. Avant tout, rappelons que la lettre "p" n'existe pas en arabe et que notre "pastilla" se nomme en réalité bstella ou bastella. Rien à voir donc avec la "pastille", dont certains érudits disent qu'elle fut introduite en France au XVIe siècle par le confiseur Jean Pastilla, arrivé dans les fourgons de Catherine de Médicis lorsqu'elle épousa en 1533 le fils de François 1er. On prête tant à cette reine que l'on pourrait le croire. Mais pour peu que l'on ait quelques lettres, on peut savoir que Pline l'Ancien parlait déjà de pas- tilles dans son Histoire naturelle, bien avant l'éruption du Vésuve en 79. En effet, dans l'antiquité gréco-romaine, le sucre était rare, venant de Perse, d'Inde ou de Chine, mais il était connu et sa pâte servait à enrober des médicaments. Peu après la mort de Pline l'Ancien, Martial compose une épigramme où il apostrophe un notoire alcoolique de la Rome d'alors:


"Ne gravis hesternos fragres, Fescennia, vino, pastillos Cosmi luxuosa voras" ["pour ne pas sentir, Fescennia, le vin que tu as bu hier, tu avales sans modération des pastilles de Cosmus" - traduction H. J. Izaac]. La pastille n'a donc pas attendu Jean Pastilla, si ce brave homme exista, pour rendre service, dès l'Antiquité, grâce déjà à des confiseurs fameux, comme ce Cosmus, précurseur des purificateurs d'haleine contemporains (et guère plus efficace, si l'on en croit la suite peu ragoûtante de l'épigramme...). Horace aussi évoquait de semblables pastilles parfumées dans ses satires composées vers 30 avant J. C. et, bien plus tard, sous le Bas-Empire, le médecin bordelais Marcellus Empiricus ne manquait pas d'en parler dans son De medicamentis, publié au IV siècle. Pourtant, ce n'est qu'au XVIe siècle, à l'époque où Catherine de Médicis épouse le futur Henri II, que vient d'Espagne le mot pastilla, pour désigner des petits blocs odorants à brûler qui parfument l'air. Enfin, c'est à la fin du XVIIe siècle que le mot semble apparaître dans sa signification française actuelle.

Alors que la pastilla marocaine est devenue comme par enchantement algérienne depuis quelques années, nous vous proposons quelques pièces ci-dessous pour déconstruire l'appropriation que nous subissons de la part du voisin de l'Est sans scrupule :



EN effet, les algériens prétendent lque a "pastilla" fait partie d'une pseudo gastronomie "maghrébine" voire algérienne pour les plus délirants. Pourtant, durant les 12 derniers mois, dans le monde, après la France, c'est l'Algérie qui est le pays où la "recette pastilla MAROCAINE" (pas pastilla algérienne) a été recherchée sur le web.


Dans la vidéo ci-dessous, la télévision algérienne présente la recette de la pastilla en la décrivant bien comme étant d'origine marocaine et non "maghrebine" ou "algérienne". Tout ceci évidemment avant que le régime actuel ait pris la décision à partir de 2019 de s'approprier l'identité marocaine.








Ouvrage Le Maroc d'aujourd'hui de 1904 où il est mentionné la "bestila marocaine".


À l'origine toutefois, il faut le rappeler, pastillum désigne un petit pain ou un gâteau, et pastillus à la fois un gâteau sacré confectionné pour certains cultes de Rome et la pastille. Si l'on cherche l'origine des origines, tout cela vient du mot grec pasta, pâte de farine et non de sucre. L'on retrouve ainsi, sous de multiples vocables proches, passant par l'italien, l'espagnol, le provençal, ou l'occitan, de multiples préparations évoquant l'idée de pâte de farine. C'est ainsi que le mot bastella, désignant au Maroc ce que nous appelons pastilla, sert en Corse pour certaines préparations, parentes ou différentes. La plus simple est une pâte à pain crue, en galette fine, fourrée de panne de porc (graisse située sous la peau) avant de passer au four. On utilise aussi le terme général de bastella, vers Ajaccio, pour des chaussons carrés de pâte feuilletée garnis de légumes en dés. Avec des blettes, il s'agit d'inarhittate, avec des oignons ce sont des incivulate, et avec des courges des inzucatte. Enfin, il existe aussi dans l'île une bastella di rizu, gâteau de riz aux cédrats confits et à l'eau de vie. Certes, le gâteau de riz ne ressemble ni à la pastilla maghrébine, ni à ses homonymes insulaires, mais c'est incontestablement un pastillum et même un pastillus si l'on admet qu'il peut revêtir un caractère sacré lorsqu'il est dégusté dans certaines circonstances.



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1 Comment


Unknown member
May 08

Le délice marocain🥰❤️🥰

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