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LA CELLE-SAINT-CLOUD 1955, CE QUE LA PROPAGANDE ALGÉRIENNE NE VEUT PAS QUE VOUS SACHIEZ SUR L'INDÉPENDANCE DU MAROC

LA CELLE-SAINT-CLOUD 1955, CE QUE LA PROPAGANDE ALGÉRIENNE NE VEUT PAS QUE VOUS SACHIEZ SUR L'INDÉPENDANCE DU MAROC

Depuis longtemps, une narrative circule dans les relais médiatiques proches du régime algérien, sur les réseaux sociaux arabophones et dans quelques tribunes en ligne : la déclaration de La Celle-Saint-Cloud du 6 novembre 1955 serait "les accords d'Évian marocains", un texte de soumission dans lequel Feu SM Mohammed V aurait consenti des concessions humiliantes à la France pour obtenir une indépendance au rabais. Cette thèse, répétée avec une insistance qui trahit son origine propagandiste, repose sur une ignorance délibérée des faits historiques. Ou sur leur falsification. Les sources académiques, les archives diplomatiques françaises et les textes officiels des deux pays permettent d'y répondre avec la précision qu'elle mérite.


Pour comprendre ce qui s'est réellement passé à La Celle-Saint-Cloud, il faut d'abord rappeler la situation dans laquelle se trouve le Maroc à l'été 1955. Le Royaume est sous protectorat français depuis le traité de Fès du 30 mars 1912. Ce statut, fondamentalement différent de celui d'une colonie, maintient la souveraineté théorique du sultan, conserve les institutions marocaines et n'a jamais juridiquement annulé l'existence de l'État marocain. C'est précisément ce qu'observe le juriste internationaliste Jean-Pierre Quéneudec dans son étude "Le statut international du Maroc depuis 1955", publiée dans les Annuaires Français de Droit International aux éditions Persée en 1956 : la transition du protectorat à l'indépendance au Maroc "a présenté des caractères propres, d'abord la soudaineté du passage, mais aussi la continuité de l'État". Le Maroc n'avait pas besoin de se créer en 1956. Il existait déjà, il lui suffisait de se libérer d'une contrainte légale.


En août 1953, la France a commis l'erreur politique majeure de déposer et d'exiler le sultan Mohammed Ben Youssef à Madagascar. Cette décision, contraire au traité de Fès qui théoriquement protégeait la souveraineté chérifienne, a l'effet inverse de celui escompté. Loin de diviser le mouvement nationaliste marocain, elle l'a uni comme jamais, comme le souligne l'encyclopedia.com dans sa notice consacrée à La Celle-Saint-Cloud : "jusqu'alors divisée, l'opposition marocaine s'est soudée autour des demandes de retour du sultan et d'indépendance immédiate." Une vague de grèves, de violences et de troubles a balayé le pays, forçant le gouvernement du Premier ministre Edgar Faure à reconnaître que le Maroc ne pouvait être pacifié qu'à un coût bien supérieur à ce que Paris était prêt à assumer.


C'est Edgar Faure qui, en conseil des ministres le 5 novembre 1955, formule la notion appelée à structurer la déclaration du lendemain : l'"indépendance dans l'interdépendance". Cette formule, souvent citée hors contexte, est une concession française, pas marocaine. Elle signifie que la France accepte le principe de l'indépendance marocaine, tout en espérant maintenir des liens privilégiés avec le Maroc dans les domaines économiques, culturels et militaires. C'est le gouvernement français qui a besoin de cette formule pour convaincre son propre parlement et ses propres généraux d'accepter l'inacceptable pour beaucoup d'entre eux : la fin du protectorat. Le lendemain, le 6 novembre 1955, le sultan Mohammed Ben Youssef, libéré de son exil, rencontre au château de La Celle-Saint-Cloud le ministre français des Affaires étrangères Antoine Pinay, en présence du résident général André Dubois. Les deux parties signent une déclaration commune dont la Digithèque MJP de l'Université de Perpignan, qui fait autorité en matière de textes juridiques français, a conservé le texte intégral.


Il faut s'arrêter sur la nature juridique de ce document, parce que c'est là que réside la première erreur de la propagande algérienne. La Celle-Saint-Cloud n'est pas un accord. Ce n'est pas un traité. Ce n'est pas un contrat ayant force exécutoire. C'est une déclaration commune, c'est-à-dire le compte-rendu d'une rencontre diplomatique énonçant des principes généraux sur lesquels les deux parties se sont entendues verbalement. Son texte tient en quelques paragraphes. Il pose le principe de l'indépendance marocaine "dans l'interdépendance", reconnaît le sultan comme souverain, et fixe le cadre des négociations à venir. Il ne contient aucune clause militaire, aucune disposition sur les ressources naturelles, aucun droit de base accordé à la France, aucune limite à la souveraineté marocaine dans quelque domaine que ce soit. Reprenons un passage du discours du président Macron devant le Parlement marocain le 29 octobre 2024 : La Celle-Saint-Cloud "entérine l'avènement d'une nouvelle ère marquée du sceau de la formule 'indépendance dans l'interdépendance'", mais ce cadre est immédiatement mis en œuvre non comme une contrainte mais comme un point de départ vers l'indépendance complète.



La suite des événements est accélérée et univoque. Le 18 novembre 1955, Feu SM le Roi Mohammed V, qu'Allah ait Sa sainte âme, rentre triomphalement au Maroc après vingt-huit mois d'exil forcé. Un gouvernement de transition est formé dès le 7 décembre 1955 sous la présidence de Si Bekkaï. Et le 2 mars 1956, moins de quatre mois après La Celle-Saint-Cloud, la déclaration commune franco-marocaine signée par le ministre des Affaires étrangères français Christian Pineau et le plénipotentiaire marocain Si Bekkaï constate la chose suivante, dont le texte officiel est conservé à la Digithèque MJP : "le Gouvernement de la République française et Sa Majesté Mohammed V, Sultan du Maroc, affirment leur volonté de donner son plein effet à la déclaration de La Celle-Saint-Cloud. Ils constatent qu'à la suite de l'évolution réalisée par le Maroc sur la voie du progrès, le traité de Fès du 30 mars 1912 ne correspond plus désormais aux nécessités de la vie moderne et ne peut plus régir les rapports franco-marocains." En droit international, cela signifie une seule chose : le Traité de Fès est nul et non avenu, le protectorat est aboli, et le Maroc est un État pleinement souverain sans aucune condition attachée. Le 7 avril 1956, une déclaration hispano-marocaine complète le processus en restituant la zone nord. La Conférence de Tanger du 29 octobre 1956 réintègre la zone internationale. L'indépendance marocaine est complète, définitive et sans entraves.


Comparer ce processus aux accords d'Évian du 18 mars 1962 révèle soit une ignorance profonde, soit une mauvaise foi délibérée. Les accords d'Évian, tels que l'analyse l'historien dans la revue Vingtième Siècle, sont un texte de quatre-vingt-treize pages et cent onze articles, négocié pendant deux années d'échanges épuisants après huit ans de conflits ayant causé entre trois cent mille (chiffres français) et un million cinq cent mille morts selon les estimations algériennes. Ce texte contient un cessez-le-feu, des clauses militaires précises autorisant la France à conserver la base navale de Mers-el-Kébir pendant quinze ans, la poursuite des essais nucléaires français dans le Sahara pour les cinq années suivantes, des dispositions protégeant les intérêts pétroliers français dans le Sahara, et un statut temporaire pour la population européenne d'Algérie. Comme le confirme les instructions du général de Gaulle aux négociateurs français, l'objectif était explicitement de ne pas "provoquer de bouleversement soudain dans les conditions actuelles relativement à la présence militaire française en Algérie" et aux "conditions pratiques dans lesquelles fonctionnent l'exploitation du pétrole et du gaz." Les accords d'Évian ont donc ancré dans le texte fondateur de la libération algérienne les droits militaires et économiques de la France sur le territoire algérien. La notion de "Françalgérie" dont le régime algérien dénonce aujourd'hui les effets est littéralement inscrite dans les accords d'Évian eux-mêmes, que l'Algérie a librement signés.


Le Maroc, lui, n'a rien signé de tel. La Celle-Saint-Cloud est une déclaration d'intentions énoncée un soir de novembre 1955, sans clause militaire, sans clause économique, sans aucune concession de souveraineté. Elle a été rendue caduque dans ses aspects les plus ambigus par la déclaration du 2 mars 1956, qui a proclamé la fin du traité de Fès sans aucune condition attachée. Feu SM le Roi Mohammed V avait parfaitement compris que La Celle-Saint-Cloud était un levier diplomatique, pas une cage. C'est lui qui a choisi de ne pas faire la guerre, non parce qu'il n'en avait pas la capacité mais parce que, comme l'a rappelé Emmanuel Macron devant le Parlement marocain en octobre 2024 en présence de SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, "c'est par là que le Maroc et la France épargnèrent à leurs peuples les dix années de la guerre d'Indochine et les huit ans de celle d'Algérie." Épargner à son peuple une décennie de guerre n'est pas une concession. C'est de la sagesse d'État.


L'intention réelle de la propagande algérienne qui compare La Celle-Saint-Cloud aux accords d'Évian n'est pas difficile à identifier. Elle vise deux objectifs complémentaires : d'un côté, insinuer que l'indépendance marocaine fut compromise et conditionnée, ce qui est factuellement faux ; de l'autre, faire oublier que les accords d'Évian, eux, contenaient des concessions réelles sur les bases militaires, les ressources pétrolières et les essais nucléaires. En comparant les deux, le régime algérien espère abaisser le Maroc au niveau de ses propres compromis historiques, et accessoirement distraire l'opinion de la question que posent ses propres jeunes générations : pourquoi l'Algérie, soixante-trois ans après Évian, n'a-t-elle toujours pas rompu avec la tutelle économique et culturelle française qu'elle dénonce pourtant à longueur de discours ?


La réponse marocaine à cette propagande ne devrait jamais être défensive. Elle est au contraire simple, directe et sourcée : La Celle-Saint-Cloud est une déclaration, pas un traité. Elle a conduit à l'indépendance complète du Maroc en moins de quatre mois, sans qu'aucune base militaire française ne soit accordée, sans qu'aucune ressource nationale ne soit compromise, sans qu'aucune clause d'exception ne vienne entamer la plénitude de la souveraineté retrouvée. Feu SM le Roi Mohammed V est rentré au Maroc en souverain, et en souverain il a négocié. L'histoire retiendra que le Maroc a obtenu son indépendance complète en quatre mois de diplomatie intelligente, là où d'autres ont mis huit ans de tuerie pour obtenir une libération encore contractuellement encadrée.



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