LE GRAND MENSONGE DU “PRÊT ALGÉRIEN” AU FMI
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En décembre 2025, la même affirmation revient encore et encore de l’Est. Chez Maroc-Patriotique, nous nous sommes donc interrogés : l’Algérie a-t-elle vraiment prêté de l’argent au Fonds monétaire international ?Sur les réseaux, certains présentent cette idée comme la preuve ultime d’une puissance financière hors norme. Dans la réalité, tout repose sur un épisode de 2012. Or, aucun transfert d’argent n’a jamais eu lieu. En revenant aux documents officiels et aux déclarations publiques, on découvre un récit bien différent, où l’indépendance économique revendiquée par Alger se mêle à un mythe tenace.
Pour comprendre la confusion, il faut d’abord s’arrêter sur le fonctionnement des Droits de Tirage Spéciaux (DTS), au cœur du malentendu. Créés en 1969, les DTS ne sont pas une monnaie mais un actif de réserve international, une sorte de créance convertible auprès du FMI en devises fortes : dollar, euro, yuan, yen, livre sterling. Leur valeur évolue chaque jour (environ 1,3 à 1,4 dollar selon les périodes).
Chaque pays reçoit des DTS selon son quota, proportionnel à son poids économique. L’Algérie, membre du Fonds monétaire international depuis 1963, dispose d’un quota d’environ 1,96 milliard de DTS et détient un total oscillant autour de 3 à 5 milliards de DTS grâce aux allocations ordinaires et exceptionnelles, comme celle de 2021 après la crise sanitaire. Ces DTS ne constituent pas une épargne mais une composante des réserves officielles, au même titre que l’or et les devises. Ils sont rémunérés, très sûrs et servent surtout de coussin de liquidité en cas de crise. Un pays peut les échanger contre des devises sans s’endetter, mais tant qu’il ne les utilise pas, ils restent simplement stockés comme une réserve stratégique.
L’épisode le plus cité dans les débats est celui de 2012, lorsque le G20 mobilise environ 430 milliards de dollars pour renforcer le FMI pendant la crise de la zone euro. L’Algérie, alors portée par des réserves dépassant 200 milliards de dollars, annonce une contribution de 5 milliards via l’achat de titres en DTS. Beaucoup y voient aussitôt un prêt direct, une aide financière réelle accordée au FMI.
En théorie, il s’agissait effectivement d’un engagement rémunéré et remboursable. Mais en pratique, rien n’a jamais bougé. En 2018, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, clarifie publiquement la situation : aucun transfert, aucune sortie de devises, aucun montant déboursé. L’accord signé, le Bilateral Borrowing Agreement, n’était qu’un engagement conditionnel. Les fonds devaient rester en Algérie et n’être mobilisés qu’en cas de crise mondiale exceptionnelle, scénario qui ne s’est jamais produit. Le FMI comme la Banque d’Algérie le confirment : il n’y a pas eu de prêt effectif, seulement une garantie symbolique, pas un acte financier.
En décembre 2025, aucune donnée publique ne montre un nouveau mécanisme similaire. Les rapports du FMI se concentrent sur l’économie algérienne elle-même : une croissance de 3,6 % en 2024, attendue à 3,4 % en 2025, des déficits importants et une inflation dite « maîtrisée » selon les chiffres déclaratifs d’Alger. Une présentation qui contraste fortement avec la réalité du panier de consommation, où la hausse des prix pèse sévèrement sur les ménages.
Les réserves de change en devises tournent autour de 47,1 milliards de dollars à l’automne 2025, contre près de 67 à 68 milliards fin 2024. En ajoutant l’or et les DTS, certaines estimations montent à environ 81 milliards, ce qui représente 12 à 15 mois d’importations. La dette extérieure reste parmi les plus faibles au monde, autour de 1 à 2 % du PIB.
Le voisin de l’Est refuse toute dépendance au FMI car il a subi un traumatisme historique lié aux années 1990, lorsque les programmes du Fonds lui imposaient dévaluations, coupes budgétaires et réformes jugées douloureuses. Une période où, malgré cette austérité imposée, le Club de Paris et la France avaient dû intervenir pour éviter la faillite de l’Algérie et restructurer une partie de sa dette, un épisode encore vécu comme une humiliation.
Cette stratégie présente des avantages indéniables : dette extérieure minimale et autonomie totale dans les décisions économiques. Les DTS offrent par ailleurs un matelas sûr sans contrepartie politique. Mais elle comporte aussi des limites : un système économique très fermé, une bureaucratie qui décourage les investissements étrangers, et une dépendance totale aux hydrocarbures, qui représentent autour de 95 % des exportations. Lorsque les prix du pétrole baissent, les réserves fondent, et les déficits se creusent.
En comparaison, d’autres pays de la région suivent une stratégie différente : recours raisonné à l’endettement externe, financements d’infrastructures massives, diversification industrielle accélérée. Le FMI lui-même avertit qu’en l’absence de réformes profondes, diversification, modernisation, flexibilité du régime de change, les réserves algériennes pourraient tomber sous les 20 milliards de dollars d’ici 2030.
Au final, le fameux « prêt algérien au FMI » relève davantage de la légende que du fait historique. Aucun dollar n’a quitté les coffres de la Banque d’Algérie. Ce mythe subsiste parce qu’il nourrit un récit politique, celui d’une puissance financière souveraine refusant les diktats extérieurs. La réalité est plus nuancée : l’Algérie adopte une stratégie suite à son traumatisme historique et ses choix idéologiques, mais cette indépendance a un coût élevé pour la population. Le pays est un contributeur potentiel au FMI sans jamais redevenir emprunteur, un modèle rare certes, mais très fragile face à un monde qui évolue plus vite que lui.











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