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LE ZELLIJ AVANT LE MAROC ? DÉMONTAGE D’UNE CONTRE-VÉRITÉ

LE ZELLIJ AVANT LE MAROC ? DÉMONTAGE D’UNE CONTRE-VÉRITÉ

Depuis quelques années, une affirmation revient régulièrement dans certains discours algériens : le zellij serait apparu en Algérie avant le Maroc. Cette thèse est martelée sur les réseaux sociaux, parfois reprise sans vérification, mais elle ne repose sur aucune démonstration archéologique sérieuse. Lorsqu’on examine les faits, les dates et les techniques, ce récit s’effondre.


D’abord, il faut rappeler une évidence souvent volontairement brouillée : le zellij n’est ni une mosaïque, ni un simple carreau émaillé. Le zellij est une technique précise, codifiée, qui repose sur la découpe de petites pièces de terre cuite émaillée, assemblées à l’envers selon des réseaux géométriques mathématiques complexes. Sans découpe, sans assemblage modulaire, sans logique géométrique rigoureuse, il n’y a pas de zellij. Tout le reste relève d’autres traditions décoratives.



Au Maroc, les traces sont claires et continues. Dès le IXᵉ siècle, à l’époque idrisside, des fouilles menées à Fès ont livré des fragments de céramique architecturale émaillée, aujourd’hui conservés dans des musées marocains. Ces éléments témoignent d’un usage précoce de la terre cuite émaillée à des fins architecturales. Cette étape est essentielle, car elle constitue le socle technique local sur lequel le zellij va progressivement se développer.


Au début du XIIᵉ siècle, sous les Almoravides, apparaissent à Marrakech, notamment à la Qoubba almoravide, des décors en céramique émaillée intégrés à l’architecture. Il s’agit d’une phase de transition documentée, visible, conservée et largement étudiée. Puis, à partir du XIIIᵉ siècle, sous les Mérinides, le zellij marocain atteint sa forme canonique : découpe fine, assemblage inversé, polychromie maîtrisée, réseaux étoilés et polygones imbriqués. Fès devient alors un centre majeur de cette technique, dont l’usage se généralise dans les médersas, les palais, les fontaines et les mosquées. Cette chronologie marocaine est continue, localisée et matériellement attestée. Elle permet de suivre l’évolution d’un savoir-faire sur plusieurs siècles, depuis ses prémices jusqu’à son plein aboutissement.


Chez le voisin, le tableau est radicalement différent. L’Algérie possède, grâce aux différents peuples qui ont occupé ce territoire, un patrimoine antique remarquable, notamment des mosaïques romaines à Timgad, Djemila ou Tipasa. Mais ces mosaïques relèvent d’une autre tradition : pierres ou tesselles assemblées, souvent figuratives, héritées de l’Antiquité gréco-romaine. Elles ne constituent ni du zellij, ni un ancêtre direct du zellij, mais un art distinct.


Pour les périodes islamiques, on trouve en Algérie des décors céramiques, des briques émaillées, des carreaux peints ou vernissés, notamment à Tlemcen. Toutefois, aucun site algérien ne fournit à ce jour un ensemble de zellij géométrique découpé, daté de manière fiable, antérieur aux attestations marocaines. Il n’existe pas non plus de continuité technique démontrée menant d’un hypothétique « zellij ancien algérien » à une tradition locale durable.


La confusion entretenue repose presque toujours sur des amalgames : assimiler mosaïque romaine et zellij, confondre carreau émaillé et pièce découpée, ou qualifier de zellij tout décor géométrique. Ces raccourcis ne résistent pas à l’analyse scientifique. Affirmer que le zellij serait apparu en Algérie avant le Maroc nécessiterait des preuves solides : des fragments datés, un contexte architectural clair, une technique identifiable et des publications académiques reconnues. À ce jour, ces preuves n’existent pas. Dire le contraire relève de l’affirmation idéologique, non de l’histoire de l’art.


La réalité est plus simple et plus solide : le Maroc est le seul espace où l’on observe l’émergence progressive, la formalisation et la maîtrise complète du zellij en tant que technique spécifique.



3 commentaires


Merci pour l’article, en apprendre un peu plus sur le zellige et ses techniques


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Youssef.B
Youssef.B
02 janv.

J’ai beaucoup apprécié cet article. La 3amariya est décrite telle qu’elle est : riche de sens, vivante dans chaque région, respectée dans sa tradition et sa modernité. Un bel hommage au patrimoine marocain 🇲🇦

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hatembenarfa84n
30 déc. 2025

Le zellij a été enregistré à l OMPI en 2015

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