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LE GRENIER COLLECTIF, PREMIER SYSTÈME BANCAIRE DE L’HUMANITÉ

  • 8 juil.
  • 2 min de lecture
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Agadir au singulier, igoudar au pluriel : ce mot, traduit de l’amazigh, signifie «forteresse», «mur» ou encore «grenier collectif».


Le Maroc compte aujourd’hui près de 560 greniers collectifs sur tout son territoire qui sont de véritables trésors architecturaux, d’une valeur inestimable.


Cet édifice, qui appartient à un groupe solidaire devant l’adversité, est constitué de cases individuelles agglutinées les unes aux autres et enfermées dans une enceinte collective percée d’une porte unique.


Protégé par un gardien choisi et rémunéré par le groupe, il incarne le bien commun.


Parfois il arrive que le gardien se voit confier cette mission à haute responsabilité car il est atteint d’une infirmité, comme la poliomyélite, qui l’empêche de cultiver la terre.


Cette démarche inclusive témoigne de l’attachement précurseur des amazighs pour la dignité de chacun.


Dédié principalement aux récoltes de céréales, l’Agadir abrite tout ce qui est considéré comme précieux : les fruits de la terre d’abord - semences, lentilles, dattes, légumineuses séchées, racines, mais aussi les huiles - et les biens plus matériels : les titres de propriété, les bijoux, les outils, les armes.



De l’Atlas au Sahara, cette architecture singulière est produite par le groupe qui se constitue dans un collectif autour d’un bâtiment indispensable à sa survie.


Protéger les semences et conserver l’excédent des années fastes pour faire face aux années de disette, sont deux fonctions vitales aux agriculteurs.


Il s’agit donc d’une copropriété villageoise ou tribale, articulée par un droit écrit sous forme de charte, baptisée «louh» où étaient écrites noir sur blanc les règles à respecter à l’intérieur et connu oralement par les usagers.


L’Agadir Inoumar, situé dans la zone d’Aït Baha, est le plus grand jamais construit au Maroc. Composé de 300 chambres, ce grenier-citadelle s’étend sur une superficie de 5 000 m2.


Par ailleurs,  le grenier collectif est intégré dans un réseau  de dons sacralisés qui se surajoutent à l’ensilage général.


Au-delà de leurs dimensions symboliques, ces architectures défensives font preuve d’une grande diversité, en fonction des régions et des périodes de construction.


Elles incarnent l’archétype de l’architecture vernaculaire, où le groupe a mobilisé les ressources locales : architecture de pierres sur les éperons barrés, architectures palafittes suspendues à flanc de falaises ou encore hauts murs de pisé au cœur des villages.


Ces rudes forteresses portent en elles l’esprit du collectif et privilégient l’économie de moyens.


Les igoudar sont nés d’une volonté collective d’organisation face à l’adversité : le risque climatique, la sécheresse, les risques politiques, le pillage.


Emmagasiner ensemble est un geste lourd de conséquences basé sur la confiance et la surveillance. C’est un acte pieux lié à une forte sacralité.


Ils permettent à l’usager de s’acquitter de son obole à la hauteur de sa fortune et surtout de ses récoltes dans des régions où les aléas climatiques sont récurrents.


Les greniers collectifs sont donc les symboles de l’économie du peu, de l’entraide comme seule garantie de la survie d’un groupe face aux incertitudes.



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