QUAND LES PIERRES RACONTENT LES RACINES MAROCAINES DE TLEMCEN
- 30 nov. 2025
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L’histoire de Tlemcen ne se lit pas comme une succession de ruptures, mais comme un long fil qui, pendant plus de douze siècles, n’a cessé de courir du côté du Maroc. Quand les Idrissides établissent leur autorité à partir de 788, la région qui deviendra Tlemcen entre naturellement dans l’orbite politique, religieuse et commerciale du Maroc. Durant près de huit siècles, de 790 jusqu’à l’arrivée des Ottomans en 1554, la ville vit plus de trois siècles, précisément trois cent vingt ans, sous souveraineté marocaine directe, et traverse le reste du temps des phases d’autonomie fragile, jamais assez solide pour s’ériger en puissance durable.
Dès les Idrissides, puis avec les Almoravides, les Almohades et enfin les Mérinides, Tlemcen se retrouve intégrée à l’espace marocain sans que cela ne soit vécu comme une exception ou une conquête étrangère. Pour le Maroc médiéval, cette région n’est ni une frontière ni un territoire lointain : c’est un prolongement naturel du royaume, un carrefour essentiel entre Fès, Marrakech et l’Andalousie. Lorsque les Almoravides font de l’Ouest musulman un ensemble cohérent, Tlemcen y occupe une place stratégique comparable à celle de Ceuta ou d’Oran. Sous les Almohades, elle devient un relais urbain dont l’architecture, l’organisation et les techniques rappellent trait pour trait celles des grandes villes du Maroc. Quant aux Mérinides, ils en font un foyer intellectuel et artistique ouvert aux courants de Fès, de Grenade et de Salé ; c’est d’ailleurs sous leur autorité que Tlemcen connaît l’un de ses plus éclatants moments.

Il est frappant de constater que chaque fois que Tlemcen est reliée au Maroc, elle prospère, rayonne et s’inscrit dans un réseau culturel prestigieux. Et chaque fois qu’elle en est séparée, elle retombe dans un isolement qui la condamne à n’être qu’une petite principauté, souvent menacée par ses voisins et incapable d’imposer sa propre influence. L’Empire ottoman et plus tard les autorités coloniales françaises tenteront d’effacer ces siècles de continuité, mais la géographie, les archives et les pierres ont mieux de mémoire que les discours tardifs.
Le Palais du Mechouar, aujourd’hui l’un des symboles les plus connus de Tlemcen, raconte lui aussi cette histoire. Édifié au XIIIᵉ siècle par les Almohades, il porte la marque évidente du Maroc : proportions, motifs, zellige, bois sculpté, tout renvoie à l’art qui se développe au même moment à Marrakech, à Tinmel et à Fès. Ce palais est marocain par son esthétique, par sa technique, par les dynasties qui l’ont construit et reconstruit. Lorsque l’Algérie décide au début des années 2010 de le restaurer, elle découvre une réalité simple : la maîtrise des arts traditionnels qui ont façonné l’édifice n’existe plus localement. Les artisans capables de recréer le zellige, le plâtre sculpté, les plafonds en bois de cèdre ouvragé ne se trouvent ni à Alger ni à Constantine, mais au Maroc, dans les écoles et ateliers de Fès et de Marrakech.
Le président Abdelaziz Bouteflika finit d’ailleurs par l’admettre publiquement lors de l’inauguration de la reconstitution en 2011. Sa phrase, devenue aujourd’hui célèbre, est autant un aveu d’authenticité qu’un hommage implicite à la maîtrise marocaine : « On doit le réhabiliter avec l’aide des Marocains… vous faites des recherches au Maroc et vous trouvez les solutions. » Rien ne résume mieux cette vérité patrimoniale. Le palais ne pouvait renaître que grâce au savoir-faire marocain, celui-là même qui l’avait vu naître. Le bois sculpté, le zellige, le plâtre ciselé et une partie des structures décoratives ont été directement importés du Maroc, puis installés par des maîtres-artisans formés dans la pure tradition mérinide.
Tlemcen porte ainsi en elle une identité façonnée par les royaumes marocains, par les routes qui la reliaient à Fès et à l’Andalousie, par une culture urbaine qui n’a jamais été dissociée de l’espace marocain. Les tentatives contemporaines d’occulter cette réalité ne changent rien à l’évidence historique : l’histoire de Tlemcen est indissociable de celle du Maroc. Ce lien ne relève ni de la revendication ni du romantisme ; il est inscrit dans les dynasties, les styles architecturaux, les pratiques artisanales, les textes médiévaux et dans l’évolution même de la ville.
Quand l’Algérie officielle tente de réécrire cette histoire pour la réduire à une simple particularité régionale, elle oublie que les monuments, les archives et les traditions parlent d’eux-mêmes. Tlemcen n’est pas marocaine par slogan : elle l’est par les siècles, par les dynasties, par ses formes, par ses palais, par ses artistes, par sa mémoire. Et aucun manuel révisé récemment ne peut effacer plus de douze siècles de continuité historique.
En 1974, la télévision algérienne diffusait un documentaire qui reconnaissait sans détour la profondeur marocaine de Tlemcen. Le reportage y présentait la ville comme une fondation des sultans du Maroc et rappelait que ses monuments, son patrimoine et son identité portent l’empreinte du Royaume. Une vérité historique que l’Algérie assumait alors… et qui, aujourd’hui, vaudrait à n’importe quel média la fermeture immédiate et à ses journalistes des accusations de trahison.
Le média algérien proche du régime avait appuyé les origines marocaines de Tlemcen :








