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KACH KOUCH, LA PLUS ANCIENNE VILLE D’AFRIQUE DU NORD
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KACH KOUCH, LA PLUS ANCIENNE VILLE D’AFRIQUE DU NORD

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KACH KOUCH, LA PLUS ANCIENNE VILLE D’AFRIQUE DU NORD

Dans le nord-ouest du Maroc, à quelques kilomètres du détroit de Gibraltar, un site archéologique longtemps ignoré bouleverse un récit historique solidement ancré dans certains discours idéologiques. Kach Kouch, modeste promontoire calcaire dominant la vallée de l’Oued Laou, est reconnu par la recherche scientifique internationale comme la plus ancienne implantation urbaine sédentaire documentée d’Afrique du Nord-Ouest, datée d’environ 2200 avant J.-C. Ce constat, établi sur des bases archéologiques rigoureuses, remet en cause les affirmations selon lesquelles des sites comme Cirta auraient constitué la première ville de la région.


Il est essentiel de poser les termes avec précision. Cirta est un site antique dont l’occupation urbaine structurée est attestée à l’époque numide, plusieurs siècles avant notre ère. Mais elle est historiquement et chronologiquement bien plus tardive. Kach Kouch, lui, la précède de plus d’un millénaire. En dehors du cas égyptien, qui relève d’un autre espace civilisationnel avec ses cités pharaoniques apparues dès le IVᵉ millénaire avant J.-C., aucun site d’Afrique du Nord n’offre une ancienneté comparable en matière de sédentarisation organisée, continue et documentée.


Les recherches menées à Kach Kouch ont été relancées en 2023 par une équipe internationale dirigée par l’archéologue marocain Hamza Benattia Melgarejo, de l’Université de Barcelone, en collaboration étroite avec l’Institut national d’archéologie et du patrimoine du Maroc. Situé à une trentaine de kilomètres au sud-est de Tétouan et à une dizaine de kilomètres de la côte méditerranéenne, le site a livré des données exceptionnelles grâce à des fouilles stratigraphiques approfondies, des relevés géophysiques et des analyses isotopiques. Les résultats ont été publiés en mars 2025 dans la revue scientifique Antiquity, référence mondiale en archéologie.



Ces travaux démontrent une occupation humaine continue sur près de 1 600 ans, depuis la fin du IIIᵉ millénaire avant J.-C. jusqu’au VIᵉ siècle avant J.-C. Trois grandes phases ont été identifiées. La première, autour de 2200 avant J.-C., révèle l’existence de structures d’habitat déjà organisées. La seconde, comprise entre 1300 et 900 avant J.-C., correspond à une période de stabilité marquée par des habitations en bois et en briques de terre crue, disposées de manière cohérente. La troisième phase s’étend jusqu’environ 600 avant J.-C., marquant la transition vers l’âge du Fer, juste avant l’arrivée des Phéniciens sur les côtes marocaines.


Kach Kouch n’était pas une métropole monumentale, mais un village proto-urbain structuré d’environ un hectare, avec des bâtiments rectangulaires alignés, des espaces de stockage et une organisation spatiale révélant une société déjà hiérarchisée. Les fouilles ont mis au jour des silos creusés dans la roche, des foyers domestiques, des outils en pierre polie, des meules à grain et des poteries décorées de motifs géométriques. L’agriculture y est clairement attestée par la culture du blé et de l’orge, complétée par l’élevage de moutons, de chèvres et de bovins. Des indices de métallurgie primitive confirment un niveau technique avancé pour l’époque.


Contrairement à l’image d’un territoire isolé, Kach Kouch apparaît comme un espace ouvert et connecté. La présence d’objets en ivoire, d’œufs d’autruche et de métaux indique des échanges à longue distance, notamment avec la péninsule Ibérique et les réseaux atlantiques. Les analyses paléoenvironnementales montrent par ailleurs qu’à cette époque le climat était plus humide, favorisant la sédentarisation et l’expansion agricole. Ces populations locales sont identifiées comme les ancêtres des Amazighs, inscrivant l’histoire marocaine dans une continuité autochtone profonde.



C’est précisément sur ce point que le débat autour de Cirta se révèle fallacieux. Cirta est une cité antique importante, mais elle s’inscrit dans un contexte historique bien postérieur, lié à l’émergence des royaumes numides, puis à l’influence punique et romaine. Elle ne peut en aucun cas être présentée comme la plus ancienne ville d’Afrique du Nord. Les sites néolithiques antérieurs connus en Algérie ou en Tunisie étaient majoritairement nomades ou semi-sédentaires et ne présentent ni la continuité ni l’organisation proto-urbaine observées à Kach Kouch.


La reconnaissance scientifique de Kach Kouch comble un vide majeur dans l’histoire ancienne de l’Afrique du Nord-Ouest et corrige des lectures longtemps marquées par des biais idéologiques, qu’ils soient eurocentriques ou régionalistes. Elle démontre que le Maroc antique n’était ni périphérique ni en attente de civilisations importées, mais un foyer précoce d’innovation agricole, sociale et architecturale, connecté aux grandes dynamiques méditerranéennes.


Aujourd’hui, le site n’est pas encore ouvert au public afin de préserver les vestiges, et les fouilles se poursuivent. Son impact est néanmoins déjà considérable. Il inspire de nouvelles recherches dans d’autres régions marocaines, notamment autour de l’Oued Beht, et renforce une vérité historique désormais établie : en dehors de l’Égypte, la plus ancienne ville d’Afrique du Nord se trouve au Maroc.



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