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LALLA FATIMA

Lalla Fatima bent Solaïmane ben Ismail est l'une des épouses du sultan Mohammed III, au même titre que Dawiya, ou Marthe Franscechini étudiée dans le chapitre précédent. Lalla Fatima est intervenue dans la sphère politique nationale et internationale.


À l'échelle nationale, Lalla Fatima a contribué à élargir le territoire qui se trouve sous la domination du sultan. Rappelons que quand Mohammed ben Abdellah, connu par Mohammed III, accède au pouvoir après le décès de son père en 1757, le Maroc se divise en deux zones. D'une part, une zone se trouve sous l'autorité politique du sultan, et elle est donc gérée par le makhzen. D'autre part, une zone, constituée de tribus autonomes qui, bien que reconnaissant l'autorité spirituelle du sultan, s'autogèrent. Or l'un des objectifs du sultan est de consolider son pouvoir dans la totalité du territoire marocain et de centraliser son administration. Pour ce faire, en 1179, il entreprend un voyage où il visite les pays du Rif. Aussi, il tente de nouer des relations avec les habitants de Tataouine, Ghmara, Jart, Taza et ceux d'autres tribus reculées de Jbala et des montagnes du Rif. Il profite également de cette occasion pour présenter son fils, Abou al-Hassan Ali, et son calife à Fès.


Cette visite est aussitôt suivie par celle de Lalla Fatima. Escortée par mille cavaliers esclaves, celle-ci chemine le long des routes qui relient Marrakech à Larache, en passant par Fès. Elle s'arrête pour se recueillir dans les sanctuaires les plus renommés de Fès, Sefrou, al-Ksar et Larache. C'est dans ces sanctuaires qu'elle offre des dons de charité aux personnes dans le besoin ainsi que des cadeaux onéreux et du soutien financier aux nobles et aux oulamas de la région. Sa visite est une réussite, car selon les historiens, elle impressionne les habitants. Autrement dit, Lalla Fatima remplit l'objectif visé, à savoir qu'elle contribue au prestige de la monarchie dans des régions où la légitimité de cette monarchie est précaire.


Lalla Fatima a-t-elle agi uniquement pour les intérêts de la monarchie, c'est-à-dire ceux de sa classe d'appartenance? Ou a-t-elle également voulu promouvoir la carrière politique de son fils Abou al-Hassan Ali, l'aîné du sultan ? Rappelons que Mohammed III a de nombreux fils, avec des épouses différentes. Cela va sans dire que cette situation crée des tensions aussi bien entre les princes qui aspirent au trône qu'entre leurs mères. Certes, aucun document ne nous permet d'affirmer que Lalla Fatima a œuvré pour assurer l'accession au trône de l'un de ses fils, que ce soit Abou al-Hassan, al-Ma'moune, Hicham ou Abd Salam.


Par contre, une lettre qu'une rivale adresse à l'un de ses fils montre que les mères interviennent dans le processus de succession au trône pour favoriser leur descendance. Aussi dans cette lettre, Shahrazade, mère du futur sultan Yazid et de Salama, connu sous le nom de Moulay Slimane, encourage les ambitions de ses fils au détriment des enfants de ses rivales, dont ceux de Lalla Fatima.


Parallèlement à ses activités nationales, Lalla Fatima a représenté le Maroc auprès des nations européennes. De fait, elle est connue pour sa correspondance diplomatique avec les princesses européennes. Parmi cette correspondance figure une lettre qu'elle adresse à la grande princesse espagnole Louisa Di Asterias, rédigée à Meknès, en 1774. Le ton de la lettre, à la fois formel et informel, indique que les deux princesses se sont probablement déjà rencontrées. Cependant, il s'agit d'une correspondance diplomatique, puisque cette lettre négocie la libération de deux femmes esclaves marocaines en Espagne en échange de la libération de femmes esclaves espagnoles au Maroc. Mentionnons à ce propos qu'au 18 siècle, l'esclavage se pratique au Maroc, comme partout ailleurs dans le monde. Mais en ce qui nous concerne, les esclaves sont en général des captifs de guerre, ou encore des otages que les pirates capturent principalement dans la Méditerranée, comme on l'a vu avec le destin invraisemblable de Dawiya. Cela dit, après la bismallah, la lettre de Lalla Fatima déclare:


De la part de la grande sultane du Royaume du Maroc, notre Lalla et notre Dame Fatima que Dieu perpétue sa gloire, l'épouse de notre seigneur, le plus grand des sultans, le sultan de Marrakech, Fès, Meknès, Tafilelt, Sous et Draa, que Dieu le glorifie.
A son Altesse royale, la princesse Louisa Di Asterias. Nous vous envoyons nos salutations distinguées, et nous vous souhaitons une vie heureuse. Étant donné votre amitié pour nous, nous vous avons envoyé par l'intermédiaire du consul Atomas Aprim un coffret de perles, et si nous avions encore des captives chrétiennes dans notre territoire, je vous les aurais envoyées. Les captives chrétiennes dans notre royaume ont été soit libérées, soit rançonnées, soit vendues. Vous allez recevoir avec cette lettre une paire de bracelets en or; cet or nous parvient par le biais de notre commerce. Ces bijoux sont nos cadeaux pour vous. Nous souhaitons vous demander la libération d'une ou de deux captives musulmanes. Cette libération serait bénéfique pour nos deux pays. Avec notre grand respect pour vous.
Rédigé à Meknès, le 12 du mois de Ramadan, de l'année 1158 du calendrier hégire735

Bien qu'elle ne soit pas reconnue comme telle par les historiens de l'époque, Lalla Fatima

a joué le rôle de représentante du palais royal en territoire marocain et celui d'ambassadrice auprès des autres nations.

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