LES DYNASTIES MAROCAINES
Dernière mise à jour : 2 sept.
Six dynasties, douze siècles, un seul Maroc. Voilà ce qui distingue le Royaume de la plupart de ses voisins : ses souverains ont changé de nom, de tribu et parfois d'origine géographique, sans que le Maroc change d'identité. Que ce soient les Idrissides, chérifs venus du Hijaz, les Almoravides et les Almohades, confédérations berbères sahariennes puis atlassiques, les Mérinides zénètes, ou les Saadiens et les Alaouites, chérifs originaires du Tafilalt, chaque dynastie a fondé sa légitimité sur la bay'a, le serment d'allégeance que les tribus et les oulémas renouvellent au souverain : un mécanisme intérieur de continuité qui traverse tous les changements de maison régnante, comme le rappelle notre dossier sur les douze siècles de souveraineté marocaine. Le droit international consacre le même principe sous le nom de continuité de l'État : un changement de dynastie ou de forme de gouvernement n'éteint jamais la personnalité juridique d'un État tant que son territoire, sa population et l'exercice effectif de l'autorité perdurent, selon la définition qu'en donne l'Oxford/Max Planck Encyclopedia of Public International Law. C'est donc bien la même entité étatique, marocaine depuis 789, que ces six dynasties ont façonnée sans jamais l'interrompre.
DYNASTIE IDRISSIDE (789-974)

La dynastie Idrisside, dont le fondateur Idriss Ier avait fait de Volubilis (Oualili) sa capitale, a été la première à unifier durablement le Maroc, pour plus d'un siècle. De 789 à 925, elle a dominé une bonne partie de l'Afrique du Nord, en particulier le territoire du Maroc actuel, comme le détaille notre article consacré à la dynastie idrisside. Première dynastie royale du Maroc, les Idrissides ont bâti à travers le temps de nouvelles villes, dont Fès, devenue capitale après Oualili sous le règne du fils et successeur Idriss II. Plusieurs monuments témoignent encore de leurs œuvres architecturales et religieuses, comme la mosquée Al-Qarawiyine, l'une des plus importantes du Maroc et un réel chef-d'œuvre artistique. Après plus d'un siècle de règne, la dynastie a chuté, laissant place aux Almoravides.
DYNASTIE ALMORAVIDE (1060-1147)

Après les Idrissides, une nouvelle dynastie s'est imposée sur le territoire marocain : les Almoravides. Après avoir soumis les routes commerçantes du Sahara, ils se sont attaqués au nord et ont fondé Marrakech en 1062, comme le confirme l'Encyclopaedia Britannica. Ils sont parvenus à régner sur toute l'Afrique du Nord occidentale et sur l'Al-Andalus, et ont fait de Marrakech leur capitale. Cette deuxième ville impériale est devenue un centre de commerce, trait d'union entre l'Afrique subsaharienne et l'Afrique du Nord. Ils y ont édifié plusieurs œuvres religieuses, dont les premières constructions de la mosquée de la Koutoubia, des médersas coraniques, des remparts et des palais, ainsi qu'un système d'irrigation pour alimenter toute la région en eau.
DYNASTIE ALMOHADE (1145-1248)

Les Almohades ont conquis le Maroc en renversant la dynastie almoravide, prenant Marrakech en 1147. Guidés dans un premier temps par Ibn Toumert, ils déclarent la guerre aux Almoravides sous prétexte religieux : leur nom arabe, tiré de l'unicité divine « at-tawhid », est l'objet même de leur proclamation. L'architecture et la culture, deux piliers de cette dynastie, restent ancrées dans les monuments emblématiques de Marrakech, sa capitale, à travers la mosquée de la Koutoubia, dont le minaret servira de modèle à la Giralda de Séville, comme le documente la base académique Archnet. La dynastie almohade a régné plus d'un siècle, affaiblie après sa défaite contre les chrétiens à Las Navas de Tolosa en 1212, avant de s'effondrer définitivement en 1269.
DYNASTIE MÉRINIDE (1244-1465)

Fondée par le chef berbère Abou Yahia, avec Fès pour capitale, la dynastie mérinide a renversé les Almohades en les chassant d'Afrique du Nord. Son règne, miné par des crises internes, s'achève après plus de deux siècles sous la pression portugaise, qui s'empare de Ceuta dès 1415 puis d'autres places du littoral proches du détroit de Gibraltar. Motivés par la transmission des valeurs religieuses, les mérinides édifient plusieurs zaouïas, mosquées et médersas coraniques, comme celle de Salé. Plusieurs réalisations caractérisent cette dynastie : décors en bois et en stuc, toits de tuiles vernissées, céramique émaillée. La nécropole de Chellah, à Rabat, abrite des vestiges qui témoignent de la richesse de cette dynastie en matière de culture, d'histoire, d'architecture et d'institutions religieuses.
DYNASTIE SAADIENNE (1554-1659)

La dynastie saadienne a chassé les Wattassides, derniers héritiers du pouvoir mérinide, en s'imposant d'abord à Marrakech avant de s'emparer de Fès en 1554, comme le confirme l'Encyclopædia Universalis. Elle a déclaré la guerre aux Portugais et récupéré plusieurs villes, dont Agadir, tout en cherchant l'alliance de l'Espagne face à la menace ottomane. Durant tout son règne, le Maroc a connu des années de gloire, à son apogée en matière de culture, de savoir et de richesse. Les Saadiens se sont emparés de l'or du Soudan après avoir vaincu l'empire africain du Songhaï, et ont canalisé ces richesses dans plusieurs œuvres artistiques. À Fès, ils édifient les Borjs et offrent une cure de jouvence à la mosquée Al-Qarawiyine. À Marrakech, ils élèvent les tombeaux saadiens, la médersa Ben Youssef et le palais El Badiî.
II
DYNASTIE ALAOUITE (1666-présent)

Les Saadiens ont été détrônés par la dynastie alaouite. Originaire du Tafilalt, elle s'empare du pouvoir royal en 1666. Elle a d'abord pour capitale Fès, avant que le sultan Moulay Ismaïl ne la déplace à Meknès, où il fait édifier la fameuse porte de Bab Mansour, puis qu'elle soit transférée à Rabat, capitale actuelle du Royaume depuis 1912. C'est aussi grâce à cette dynastie que Fès connaît une nouvelle cure de jouvence, avec l'embellissement de la ville et le renforcement de ses murailles. La dynastie poursuit son règne jusqu'à aujourd'hui : SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, en est le vingt-troisième souverain, veillant à l'unification du Royaume et à la transmission des valeurs religieuses.







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