MAROC-ISRAËL-USA À NEW YORK, POURQUOI CEUX QUI CRIENT À LA TRAHISON SE TRAHISSENT EUX-MÊMES

Le 16 septembre 2026, en marge de la 81ème session de l'Assemblée Générale des Nations Unies à New York, le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita, son homologue israélien Gideon Sa'ar et l'ambassadeur américain auprès de l'ONU Mike Waltz se sont réunis dans ce qui constitue le moment le plus concret dans les relations Maroc-Israël depuis les Accords d'Abraham de décembre 2020. À l'issue de ce sommet trilatéral, les trois parties ont annoncé l'élévation des bureaux de liaison maroco-israéliens au rang d'ambassades, avec nomination d'ambassadeurs. Rabat et Tel-Aviv se sont également engagés, à finaliser avant la fin de l'année 2026 deux instruments juridiques majeurs : un accord de protection réciproque des investissements et une convention destinée à éviter la double imposition. Des liaisons aériennes directes assurées par des compagnies marocaines doivent également être lancées dans les prochaines semaines. Cette réunion se tenait au lendemain d'une réception organisée par Mike Waltz pour marquer le sixième anniversaire des Accords d'Abraham, à laquelle participaient également des représentants des Émirats arabes unis, de Bahreïn et du Kazakhstan, ce dernier ayant rejoint les accords en novembre 2025.
Avant même que l'encre des communiqués ne soit sèche, les accusations commencèrent à circuler sur les réseaux sociaux. "Trahison", "honte", "complicité d'un génocide" : les formules habituelles, orchestrées par les relais numériques ordinaires. Maroc Patriotique ne répondra pas à ces formules avec d'autres formules. Nous leur opposerons des faits, des chiffres et une analyse que ceux qui brandissent la bannière palestinienne pour attaquer le Maroc n'ont ni la capacité ni l'honnêteté de produire.
Avant d'analyser ce qui agite certains, il faut d'abord lire ce que cette réunion dit sur la nature de la diplomatie marocaine. Rappelons que les Accords d'Abraham de décembre 2020 n'étaient pas une simple déclaration de bonnes intentions. Ils étaient accompagnés d'une reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, un fait stratégique majeur que les adversaires du Maroc ont soigneusement évité de mentionner dans leurs condamnations. La politique étrangère marocaine n'est pas un exercice de charité. Elle est la défense méthodique des intérêts du Royaume, conduite par SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, avec une constance et une cohérence que les résultats confirment décennie après décennie.
L'élévation des représentations au rang d'ambassades est un signe de maturité et de normalisation complète de relations diplomatiques déjà existantes depuis 2020. Les accords économiques annoncés créeront des opportunités d'investissement et de commerce bilatéral qui bénéficieront aux entreprises et aux travailleurs marocains. Les nouvelles liaisons aériennes directes renforceront la connectivité du Maroc avec une région méditerranéenne où ses intérêts sont multiples. Rien de tout cela n'est une trahison, il s'agit de politique étrangère.
Ceux qui brandissent la cause palestinienne pour attaquer le Maroc oublient généralement de mentionner quelques faits embarrassants. Le premier concerne les Palestiniens eux-mêmes.
Selon le Bureau Central de Statistiques Palestinien (PCBS), autorité officielle palestinienne dont les données constituent la référence académique sur le marché du travail palestinien, et selon les données du Parlement israélien (Knesset) publiées via Statista, à la veille du 7 octobre 2023, environ 165 000 travailleurs palestiniens de Cisjordanie et de Gaza étaient employés en Israël, représentant selon le PCBS "un cinquième des travailleurs palestiniens" et constituant une part significative des revenus qui alimentaient l'économie des territoires. Ce ne sont pas des collaborateurs. Ce sont des pères de famille qui nourrissaient leurs enfants. La question qui s'impose est simple : si toute relation économique avec Israël est une trahison, que dit-on de ces 165 000 familles palestiniennes dont les revenus dépendaient de l'économie israélienne ?
Le second fait embarrassant concerne les dirigeants palestiniens eux-mêmes. Le compte X officiel et vérifié de Benny Gantz (@gantzbe), ancien ministre israélien de la Défense, documente à lui seul au moins trois rencontres directes avec le président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas entre 2021 et 2022, toutes annoncées publiquement par Gantz lui-même. Le 29 août 2021, il écrivait : "This evening I met with PA Chairman Mahmoud Abbas to discuss security-policy, civilian and economic issues." Le 28 décembre 2021 : "This evening I met with PA President, Mahmoud Abbas. We discussed the implementation of economic and civilian measures, and emphasized the importance of deepening security coordination." Le 28 décembre 2022 enfin : "I spoke with PA Chairman Mahmoud Abbas and emphasized the important ties that have developed between Israel's defense establishment and political echelon and the PA." Ces rencontres n'ont suscité aucune tempête sur les réseaux sociaux arabophones. Aucune page algérienne n'a crié à la trahison. Aucune page n'a exigé la démission de Mahmoud Abbas. La question qui s'impose est simple : si maintenir des canaux de dialogue avec Israël est une trahison, pourquoi ce silence absolu face aux rencontres répétées entre le président palestinien lui-même et les dirigeants de l'État hébreu ?
Ces questions ne sont pas rhétoriques mais elles posent un problème de fond : la politique étrangère, pour tous les acteurs, y compris palestiniens, ne se réduit jamais à une posture morale absolue. Elle est la gestion d'intérêts, de rapports de force et d'espaces de négociation. Le Maroc, en maintenant ses canaux de dialogue avec Israël, préserve précisément sa capacité à peser dans les dynamiques régionales et à servir de médiateur potentiel, rôle qu'il a historiquement joué et que sa neutralité complète rendrait impossible.
Contrairement à ce que laissent entendre ses détracteurs, le Maroc n'a jamais abandonné la cause palestinienne. SM le Roi Mohammed VI préside le Comité Al-Quds de l'Organisation de la Coopération Islamique, qui œuvre à la préservation du statut juridique et physique de Jérusalem. Le Maroc est l'un des contributeurs les plus importants à l'UNRWA, l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens. Le Maroc vote systématiquement aux Nations Unies en faveur de la solution à deux États et des résolutions soutenant les droits palestiniens. Les accords de normalisation de décembre 2020 n'ont inclus aucune reconnaissance de la souveraineté israélienne sur Jérusalem, aucune légitimation de la politique de colonisation et aucun abandon de la position marocaine en faveur de la création d'un État palestinien indépendant.
Ce sont les intérêts du Maroc et ceux de la Palestine qui ne sont pas contradictoires : un Maroc fort, reconnu, respecté et doté de canaux de dialogue avec tous les acteurs régionaux est en meilleure position pour défendre la cause palestinienne qu'un Maroc isolé et donneur de leçons.
Parmi ceux qui se sont empressés de dénoncer le Maroc après les annonces de New York, les relais algériens figuraient en bonne place. L'Algérie, qui se présente depuis des décennies comme le champion des peuples opprimés et le gardien de la légitimité islamique dans la région, mérite à ce titre un examen un peu plus rigoureux de son propre bilan.
Lors de la guerre de Bosnie (1992-1995), quand des musulmans bosniaques étaient victimes d'un nettoyage ethnique documenté par le Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie, l'Algérie a adopté une position d'équidistance qui revenait concrètement à ne pas condamner la Serbie. Elle était moins prompte à défendre des musulmans européens massacrés par des chrétiens ortodoxes qu'à condamner des États arabes qui normalisent avec Israël.
Sur la question des Ouïghours, minorité musulmane de Chine soumise à une répression documentée par les Nations Unies et plusieurs gouvernements occidentaux, l'Algérie a systématiquement évité de critiquer Pékin, préférant la rhétorique de la non-ingérence dans les affaires intérieures quand cela arrangeait ses relations diplomatiques et ses importations d'armements chinois.
Sur la Syrie de Bachar al-Assad, qui a utilisé des armes chimiques contre sa propre population et tué des centaines de milliers de civils musulmans, l'Algérie a défendu jusqu'au bout le maintien de la Syrie dans la Ligue Arabe et entretenu des relations avec un régime que la communauté internationale avait isolé pour des crimes de guerre caractérisés.
Sur les Houthis, la diplomatie algérienne a adopté des positions qui convergent avec leur argumentaire sur Gaza. En janvier 2024, l'Algérie s'est abstenue sur la résolution 2722 du Conseil de Sécurité concernant les attaques houthies en mer Rouge, en expliquant que le texte ne prenait pas suffisamment en compte le lien avec la guerre à Gaza. En janvier 2025, elle s'est à nouveau abstenue sur la résolution 2768 réitérant la demande faite aux Houthis de cesser leurs attaques contre les navires marchands. Le représentant algérien avait alors explicitement précisé que cette abstention "ne devait pas être interprétée comme un consentement aux attaques des Houthis." Cette double précaution rhétorique n'empêche pas de noter que dans les deux cas, le bénéficiaire politique de l'abstention algérienne était le camp qui multipliait les attaques contre des navires civils en mer Rouge. Lorsque les Houthis ont frappé la Mecque, l'Algérie les a finalement condamnés. Ce revirement tardif dit quelque chose sur la nature sélective de l'indignation algérienne : condamner la même organisation selon que sa cible change de nature n'est pas une position de principe. C'est une posture circonstancielle.
Le paradoxe le plus frappant réside dans la relation algérienne aux États-Unis. L'Algérie n'a jamais hésité à présenter Washington comme un partenaire stratégique, à rechercher des investissements américains, à envoyer ses étudiants dans les universités américaines et à entretenir des relations diplomatiques denses avec la puissance qui est, sans aucune contestation possible, le premier soutien militaire, financier et diplomatique d'Israël dans le monde. Les États-Unis fournissent à Israël des milliards de dollars d'aide militaire annuelle, lui garantissent une protection au Conseil de Sécurité par leur droit de veto et ont reconnu Jérusalem comme capitale de l'État hébreu en 2017. Si avoir des relations avec Israël est une trahison de la cause palestinienne, qu'est-ce qu'avoir des relations avec le financier et protecteur principal d'Israël ? L'Algérie a une réponse à cette question : le silence.
Ce deux poids deux mesures n'est pas un hasard. Il révèle la nature de la critique algérienne du Maroc : elle n'est pas motivée par la solidarité palestinienne. Elle est motivée par la rivalité régionale. La Palestine n'est, dans ce contexte, qu'un instrument rhétorique au service d'un objectif géopolitique qui n'a rien à voir avec elle.

Le politologue américain Hans Morgenthau, fondateur de l'école réaliste des relations internationales, posait dans son ouvrage fondateur "Politics Among Nations" (1948) un principe que soixante-dix ans d'histoire internationale ont confirmé : les États agissent en fonction de leurs intérêts nationaux, et ceux qui prétendent agir uniquement par principe moral finissent par servir les intérêts d'autres acteurs plutôt que les leurs. Cette règle s'applique à tous les États sans exception, y compris ceux qui se proclament les gardiens de la morale internationale.
Le Maroc a intégré cette réalité depuis longtemps. Ses relations avec Israël ne sont pas une approbation de la politique israélienne à Gaza, de la même façon que ses relations avec les États-Unis ne sont pas une approbation de toutes les interventions militaires américaines, ou que ses relations avec la France ne sont pas une approbation de la politique française en Afrique. La diplomatie est l'art de maintenir des canaux ouverts avec des acteurs dont on ne partage pas nécessairement toutes les positions, afin de préserver la capacité d'influence et de négociation.
Le Maroc soutient la cause palestinienne. Il le fait dans les enceintes internationales, par sa contribution financière aux agences de soutien aux réfugiés, par la voix de son Roi au Comité Al-Quds, et par ses positions claires sur la solution à deux États. Il le fait d'autant plus efficacement qu'il n'est pas isolé, qu'il parle à tous les acteurs et qu'il conserve sa capacité d'interlocuteur crédible dans la région. Un Maroc qui aurait coupé ses liens avec Israël n'aurait aucune influence sur ce qui se passe dans la région. Un Maroc qui maintient ces canaux peut, au moins, contribuer aux dynamiques qui peuvent conduire à une paix juste.
Maroc Patriotique dit ceci avec clarté : la cause palestinienne est juste. Les souffrances des civils de Gaza sont réelles et intolérables. Et le Maroc, par la voix de son Roi et de sa diplomatie, a toujours défendu le droit des Palestiniens à un État viable et souverain.
Mais soyez vigilants face à ceux qui utilisent cette cause pour attaquer votre pays et vos compatriotes. Quand une page algérienne ou une page du Polisario vous présente la diplomatie marocaine comme une trahison, demandez-vous : qui parle ? Dans quel intérêt ? Et quel est leur bilan réel en matière de solidarité avec les peuples opprimés ?
La réponse à ces questions dira tout sur la sincérité de leur indignation.
Allah Al Watan Al Malik. Et le Maroc, avant toute cause extérieure, défend ses propres intérêts. C'est sa dignité. C'est sa souveraineté. Et personne n'a à s'en excuser.







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