Rabat
top of page

RUMEURS LEKJAA, POURQUOI LES MAROCAINS PEUVENT DORMIR SUR LEURS DEUX OREILLES

RUMEURS LEKJAA, POURQUOI LES MAROCAINS PEUVENT DORMIR SUR LEURS DEUX OREILLES

Depuis quelques semaines, une question agite les réseaux sociaux et les médias sportifs marocains : Fouzi Lekjaa va-t-il quitter la présidence de la Fédération Royale Marocaine de Football ? L'élection du président de l'instance, dont le troisième mandat est arrivé à échéance le 5 juin 2026, a été reportée à septembre prochain lors de l'assemblée générale du Complexe Mohammed VI. Des sources concordantes, citées notamment par Le Desk et Maroc Hebdo, rapportent que le ministre délégué chargé du Budget aurait accepté de porter les couleurs du Parti Authenticité et Modernité aux législatives du 23 septembre 2026, dans la circonscription de Berkane, sa région natale. Fouzi Lekjaa a pour sa part déclaré à Médias24, le 10 juin 2026 : "Je n'appartiens actuellement à aucun parti politique", tout en reconnaissant que s'il décidait d'entrer en politique, il l'annoncerait lui-même officiellement. À la date du 21 juillet 2026, la date limite de dépôt des candidatures est fixée au 24 juillet, et la question reste donc formellement ouverte, malgré l'insistance du PAM, dont le président du groupe parlementaire Ahmed Touizi déclarait encore à Médias24 le 13 juillet que "l'hypothèse reste plus que d'actualité."


Cette incertitude mérite d'être lue pour ce qu'elle est, à savoir qu'une question institutionnelle sur la direction d'une fédération sportive, pas une menace existentielle pour le football marocain. Et pour comprendre pourquoi, il faut d'abord distinguer les faits des rumeurs, puis rappeler ce sur quoi ce football est réellement construit.


Sur le plan juridique, les statuts de la FRMF, adossés à la loi 30-09 relative à l'éducation physique et aux sports, limitent le mandat du président à deux mandats successifs de quatre ans. Fouzi Lekjaa a exercé un premier mandat de 2014 à 2017, un second de 2017 à 2021, puis un troisième de 2021 à 2025-2026, rendu possible par une clause dérogatoire prévue par ces mêmes statuts : le mandat peut être prolongé lorsque la fonction du président au sein d'une fédération internationale ou continentale est liée à son poste national, ou lorsque sa présence est jugée liée à un "intérêt national suprême." Lekjaa a utilisé cette clause en s'appuyant sur son statut de premier vice-président de la Confédération Africaine de Football et de membre du Conseil de la FIFA depuis 2021. C'est sur cette même base juridique que l'assemblée générale du 5 juin a décidé de reporter l'élection à septembre plutôt que de la tenir immédiatement. Un potentiel quatrième mandat serait donc possible en théorie et rien dans tout cela ne constitue une crise. C'est le fonctionnement ordinaire des institutions sportives marocaines.


Ce qui est en revanche remarquable, c'est que cette question institutionnelle, si fondamentale soit-elle pour la gouvernance du football, ne touche pas aux fondations réelles sur lesquelles le football marocain a été construit. Et ces fondations ne sont pas l'œuvre d'un homme seul, si brillant soit-il. Elles portent une signature royale que rien ne peut remettre en cause.



SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, a compris bien avant que les premières victoires ne viennent confirmer sa vision que le football marocain ne pouvait atteindre le niveau mondial qu'à travers une transformation structurelle profonde. Le Complexe Mohammed VI de football de Salé, inauguré en décembre 2019 en Sa Présence, sur 29,3 hectares, pour un investissement de 630 millions de dirhams, est la pièce centrale de ce dispositif. Ce n'est pas un stade. C'est une infrastructure de formation permanente, accueillant vingt-six équipes nationales toutes catégories confondues, dotée d'une cellule médicale aux normes FIFA, d'une salle de cryothérapie, de sept terrains de surface différente et d'un centre de données qui suit en temps réel la progression de chaque joueur. C'est dans ce complexe que sont désormais formés les sélectionneurs, les entraîneurs, les analystes vidéo et les médecins du football national. C'est dans ce complexe que le Real Madrid a choisi de s'installer en stage lors du Mondial des clubs 2023, conférant au football marocain une reconnaissance internationale que peu avaient anticipée en 2014.


L'Académie Mohammed VI de Football, créée en 2010 sur initiative royale, est la seconde fondation de cette transformation. C'est elle qui a produit une partie des joueurs qui portaient le maillot marocain en quart de finale face à la France le 9 juillet dernier. Et le programme de formation en partenariat avec EVO Sport, reconnu par la FIFA, qui structure la progression des jeunes talents en trois étapes cohérentes, de la détection régionale au niveau national, est le produit de décisions institutionnelles prises sur des années, pas de l'improvisation d'une personnalité.


C'est d'ailleurs ce que confirme, au fond, le parcours de Fouzi Lekjaa lui-même. Quand il arrive à la tête de la FRMF en 2014, le Maroc est classé 81e au classement FIFA. Sous sa direction, la fédération a systématisé le recrutement des talents binationaux, multiplié les matchs de préparation contre des nations du top mondial, et accompagné chaque grande décision par un investissement structurel : le Complexe Mohammed VI n'a pas été décidé par la fédération, il a été décidé par SM le roi Mohammed VI. Le label "Morocco Handmade" n'est pas une initiative privée, il est le produit d'une politique nationale de valorisation. La candidature pour la Coupe du monde 2030 n'est pas une idée de dirigeant de club, c'est une décision royale de positionnement géopolitique et sportif.



L'éventuel départ de Fouzi Lekjaa de la FRMF, qu'il intervienne en septembre prochain ou plus tard, sera donc une transition de gouvernance, pas un changement de cap. Le cap, lui, a été fixé il y a bien longtemps, depuis des Assises nationales du sport tenues sous la présidence royale, depuis les orientations données au développement du football féminin, depuis la décision de co-organiser la Coupe du monde 2030 avec l'Espagne et le Portugal, qui fera du Maroc une plateforme de compétition mondiale pendant des années. Ces décisions ne disparaissent pas avec le départ d'un dirigeant fédéral, aussi compétent et méritant soit-il. Elles sont inscrites dans les institutions, dans les contrats, dans les programmes de formation et dans la vision du Souverain qui en est le garant permanent.


Il y a un dernier élément que les Marocains feraient bien d'anticiper. À mesure que l'échéance de septembre approchera et que la question de la succession à la tête de la FRMF deviendra plus concrète, la machine de propagande des médias à la solde du régime algérien se mettra inévitablement en marche. On commence à en avoir l'habitude. Ils n'ont pas diffusé les scores du Maroc pendant le Mondial. Ils ont fabriqué l'affaire Wassim. Ils instrumentalisent chaque incident pour ternir l'image des Marocains. Sur le dossier Lekjaa, le scénario est déjà écrit : ils feront de sa fin de mandat statutaire un scandale, ils inventeront une fuite ou un échec voir un abandon, peut-être même une disgrâce. Ils recycleront chaque rumeur non confirmée en "révélation exclusive" pour nourrir leur narratif favori, celui d'un football marocain fragilisé, d'une institution en crise, d'un projet en train de s'effondrer. Préparez-vous à lire que c'est "la fin du football marocain." Nous avons vu cette séquence trop souvent pour ne pas la reconnaître à l'avance. La meilleure réponse à cette propagande, c'est la connaissance des faits, celle que cet article s'efforce de vous donner.


L'histoire du football mondial offre de nombreux exemples de fédérations qui ont traversé des changements de leadership sans rupture de trajectoire, précisément parce que leurs structures étaient suffisamment solides pour résister à l'aléa humain. Le football marocain, en 2026, en est là. Son classement mondial actuel, sixième nation de la planète et c'est le résultat d'un projet construit sur des décennies, irrigué par une volonté royale constante, structuré par des investissements massifs en infrastructure et en formation, et porté par une génération de joueurs exceptionnels formés sur ce terreau. La prochaine assemblée générale élective de la FRMF, quelle qu'en soit l'issue, viendra éventuellement ajouter un nom à cette histoire mais elle ne réécrira pas les fondations.

Commentaires


bottom of page