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DÉCÈS DE CHEIKH LARBI BEN CHEIKH MOHAMED LAGHDAF, GARDIEN DE LA MÉMOIRE RELIGIEUSE ET SAHARIENNE DU ROYAUME

DÉCÈS DE CHEIKH LARBI BEN CHEIKH MOHAMED LAGHDAF, GARDIEN DE LA MÉMOIRE RELIGIEUSE ET SAHARIENNE DU ROYAUME

La nouvelle est tombée dans la nuit du 2 septembre 2026, correspondant au 20 rabii al-awwal 1448 de l'hégire, portée par le porte-parole du Khalifat général de la confrérie Qadiriyya, le Cheikh Taleb Bouy Ben Cheikh Ayah : Cheikh Larbi Ben Cheikh Mohamed Laghdaf Ben Cheikh Maa El Ainin vient de s'éteindre au Maroc. L'homme n'était pas une figure religieuse parmi d'autres. Ancien responsable de la Ligue des oulémas du Maroc, ancien président du Conseil local des oulémas de Laâyoune et ancien président de la Cour d'appel de la même ville, il portait un nom qui, depuis plus d'un siècle, se confond avec l'histoire du Sahara marocain.


Ce nom est celui de la famille de Cheikh Maa El Ainin, son grand-père, l'un des derniers grands résistants sahariens face aux entreprises coloniales espagnole et française à la charnière des XIXe et XXe siècles, né vers 1831 près d'Oualata et mort en 1910 à Tiznit. Fidèle du sultan Moulay Hassan Ier, qui le charge de représenter l'autorité chérifienne dans les confins sahariens du Royaume, Cheikh Maa El Ainin fonde en 1898 la ville de Smara, conçue comme un foyer d'enseignement religieux et un rempart face à la pénétration coloniale française venue du sud. Il y organise la résistance des tribus sahariennes, avant d'être finalement contraint à la retraite en 1910 face à l'avancée des troupes coloniales françaises, épisode qui précipite sa mort la même année à Tiznit. Pivot spirituel de la résistance saharienne, il a transmis à sa descendance un rôle de médiation religieuse et politique entre les tribus du Sahara et le Trône alaouite, qui allait traverser tout le XXe siècle.



C'est le père du défunt, Cheikh Mohamed Laghdaf Ben Cheikh Maa El Ainin, qui a porté ce rôle jusqu'à la fin du protectorat. Fondateur de la zaouïa Maainiya dans la région de Tafoudarte, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Laâyoune, dès 1895, il multiplie à partir de 1906 les déplacements vers le nord du Royaume pour renouveler son allégeance au Trône, avant d'être nommé, au milieu des années 1930, khalifa du sultan pour les régions du Sud marocain. Lorsque Feu SM le Roi Mohammed V, qu'Allah ait Sa sainte âme, est contraint à l'exil en août 1953, la zaouïa Maainiya observe un deuil qui ne prend fin qu'avec le retour triomphal du Souverain. En 1956, les tribus sahraouies organisent dans le Sud marocain leur plus grande conférence pour envoyer une délégation à Rabat renouveler leur bay'a au père de la nation, un geste qui inquiète suffisamment les autorités espagnoles pour qu'elles contraignent Cheikh Mohamed Laghdaf à résider de force à Tan-Tan. Il y meurt en 1961. Feu SM le Roi Hassan II y fait ériger son tombeau et donne son nom au plus grand stade de Laâyoune, en hommage à ce savant et patriote.


C'est dans cet héritage que Cheikh Larbi construit sa propre trajectoire. Représentant de la Ligue des oulémas du Maroc à Tan-Tan puis à Laâyoune, il est ensuite élu premier vice-secrétaire général de cette même Ligue, avant d'occuper les fonctions de président de la Cour d'appel de Laâyoune. Il est ensuite nommé par dahir royal président du Conseil local des oulémas de la ville, une fonction qui consacre son autorité scientifique et religieuse sur l'ensemble de la région saharienne. Toute sa carrière durant, il se consacre à l'enseignement des sciences religieuses et de la langue arabe, formant plusieurs générations de savants et de prédicateurs, tout en publiant plusieurs ouvrages consacrés à ces mêmes disciplines et en participant à de nombreux congrès scientifiques, selon le communiqué officiel du Khalifat général de la confrérie Qadiriyya en Afrique de l'Ouest relayé par l'agence mauritanienne Alwiam.


Cette double casquette, de magistrat et de savant religieux, fait de lui une figure rare dans le paysage institutionnel de Laâyoune. Peu d'hommes ont cumulé, comme lui, la présidence d'une juridiction d'appel et la direction du conseil scientifique local, deux fonctions qui exigent une autorité morale reconnue autant par l'administration que par les fidèles. Ses élèves, formés pendant des décennies à la zaouïa Maainiya et dans les cercles d'enseignement qu'il animait à Laâyoune, occupent aujourd'hui des postes de prédicateurs et d'enseignants religieux dans plusieurs provinces du Sud marocain, perpétuant ainsi une chaîne de transmission du savoir entamée par son grand-père plus d'un siècle auparavant.



DÉCÈS DE CHEIKH LARBI BEN CHEIKH MOHAMED LAGHDAF, GARDIEN DE LA MÉMOIRE RELIGIEUSE ET SAHARIENNE DU ROYAUME

Cet attachement à l'unité du Royaume, hérité de son père et de son grand-père, n'est pas resté théorique. En 2007, alors responsable de la zaouïa Maainiya, Cheikh Larbi déclarait lui-même que cette institution « se déploie constamment en faveur de la préservation de l'intégrité territoriale, tout en accomplissant ses missions sur les plans spirituel, éducatif et social ». Le communiqué du Khalifat général de la Qadiriyya, publié au lendemain de son décès, confirme cette dimension en précisant que les décorations royales qui ont marqué son parcours récompensaient notamment ses efforts « dans le champ scientifique et religieux et pour la défense de l'unité nationale ». Une continuité de trois générations, du grand-père résistant au petit-fils ouléma, toutes tournées vers le même attachement au Trône et à l'unité du Sahara marocain.


Cet attachement, le Royaume le lui a rendu à plusieurs reprises. En 1974, Feu SM le Roi Hassan II le décore à Agadir du grade de Chevalier. En 1975, il reçoit la Médaille de la Marche verte, en reconnaissance de l'engagement de sa famille dans la marocanité du Sahara. En 1994, il est élevé au grade d'officier, avant de recevoir, en l'an 2000 à Marrakech, la décoration de Commandeur de l'ordre du Trône des mains de SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste. En 2003 enfin, il est fait Commandeur de la décoration de la Résistance, distinction qui souligne, une fois encore, la dimension patriotique de son parcours autant que sa stature religieuse.


Sa disparition a été accueillie avec une profonde émotion bien au-delà des frontières du Royaume. Dans son communiqué de condoléances, le Khalifat général de la confrérie Qadiriyya en Afrique de l'Ouest salue « un reste des pieux prédécesseurs » et un savant qui « a œuvré dans plusieurs centres scientifiques » selon une approche de modération et d'équilibre. La confrérie souligne également que son départ prive la scène scientifique et éducative de l'un de ses hommes ayant réuni le savoir, l'éducation, la piété et la réforme sociale, laissant à ses disciples un héritage de valeurs qui continuera de guider les générations formées à son contact.



DÉCÈS DE CHEIKH LARBI BEN CHEIKH MOHAMED LAGHDAF, GARDIEN DE LA MÉMOIRE RELIGIEUSE ET SAHARIENNE DU ROYAUME

À Laâyoune, la nouvelle du décès s'est propagée dès l'annonce du Khalifat général de la Qadiriyya, relayée dans la nuit par les réseaux de la confrérie en Afrique de l'Ouest avant même sa reprise par la presse marocaine. Les condoléances affluent des cercles religieux de Mauritanie, du Sénégal et du Mali, où la Qadiriyya conserve une influence considérable et où le nom de Maa El Ainin reste associé à plusieurs générations de savants formés dans son sillage. Cette dimension ouest-africaine du deuil illustre le rayonnement d'une famille dont l'autorité religieuse a longtemps dépassé les frontières strictement sahariennes, sans jamais se détacher de son ancrage marocain. La zaouïa Maainiya, aujourd'hui installée dans la région de Laâyoune après son déplacement forcé de l'époque coloniale, continue d'accueillir chaque année des cérémonies religieuses et des rencontres scientifiques qui perpétuent l'œuvre d'enseignement entamée par Cheikh Maa El Ainin il y a plus d'un siècle.


Avec le départ de Cheikh Larbi Ben Cheikh Mohamed Laghdaf s'achève un cycle familial entamé plus d'un siècle plus tôt par Cheikh Maa El Ainin dans les sables du Sahara marocain. Trois générations d'une même lignée auront ainsi incarné, tour à tour, la résistance à la présence étrangère, la fidélité au Trône alaouite lors des heures les plus incertaines de l'histoire nationale, puis la transmission patiente du savoir religieux à Laâyoune. La zaouïa Maainiya, que Feu SM le Roi Hassan II avait tenu à honorer d'un tombeau et d'un stade, et que SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, continue de soutenir chaque année, demeure aujourd'hui le lieu vivant de cette mémoire.


Elle rappelle, à travers le parcours d'un homme discret mais déterminant, que l'histoire du Sahara marocain s'est aussi écrite dans les salles d'étude et les conseils d'oulémas, autant que sur les champs de bataille ou dans les tractations diplomatiques. Loin des estrades politiques et des tribunes internationales, c'est par l'enseignement, la magistrature religieuse et la fidélité tranquille à la zaouïa fondée par son grand-père que Cheikh Larbi Ben Cheikh Mohamed Laghdaf aura, à sa manière, servi la cause de l'unité nationale. Sa disparition n'efface rien de cet héritage puisque les générations d'oulémas qu'il a formées à Laâyoune, les ouvrages qu'il a publiés et l'exemple d'une famille tout entière tournée vers le service du Trône et de la nation continueront de porter, bien après lui, la mémoire vivante du Sahara marocain. Que Allah accorde à Cheikh Larbi Ben Cheikh Mohamed Laghdaf Sa vaste miséricorde, et inspire à sa famille, à ses disciples et à l'ensemble des Marocains qui l'ont connu la patience et le réconfort face à cette perte qui touche tout autant Laâyoune que l'ensemble du Royaume.

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