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MARCHE NOIRE, LE JOUR OÙ LA POLITIQUE A PIÉTINÉ L’ISLAM

  • 29 déc. 2025
  • 5 min de lecture
MARCHE NOIRE, LE JOUR OÙ LA POLITIQUE A PIÉTINÉ L’ISLAM

En Afrique du Nord, l’année 1975 restera comme une césure morale et humaine. Au lendemain de la Marche Verte et des Accords de Madrid, alors que Feu SM le Roi Hassan II réorientait pacifiquement le destin du Sahara vers son ancrage historique marocain, le régime d’Alger choisit une réponse contraire à toute fraternité et à tout droit : l’expulsion massive et brutale de centaines de milliers de Marocains résidant légalement sur son territoire. Le 18 décembre 1975, jour de l’Aïd al-Adha, des familles furent arrachées à leurs maisons, des couples mixtes séparés, des enfants dispersés, des biens saisis ; ce drame est entré dans la mémoire sous un nom donné par ceux qui l’ont subi : la « Marche noire ». Des sources internationales de référence situent l’ordre de grandeur à 45.000 familles (souvent chiffrées entre 200.000 et 350.000 personnes), expulsées soudainement avec un mode opératoire qui heurta les consciences et les règles les plus élémentaires de l’État de droit. Crisis Group


Raconter la « Marche noire », c’est d’abord donner la parole aux faits. Les documents et images d’archives de décembre 1975 montrent des colonnes de Marocains aux postes frontaliers de l’Est, des bus et camions réquisitionnés, des files serrées, des visages incrédules. La presse filmée internationale immortalisa ces scènes : des familles débarquant à Oujda après avoir tout perdu en quelques heures. Ces archives permettent de lever toute ambiguïté : il ne s’agit pas d’un récit « construit », mais d’une réalité visible, documentée et datée, conséquence directe d’une décision politique algérienne prise en représailles au processus de décolonisation du Sahara conduit par le Maroc. YouTube


MARCHE NOIRE, LE JOUR OÙ LA POLITIQUE A PIÉTINÉ L’ISLAM

Le choc humain fut d’abord celui de l’arrachement. Parmi les expulsés, beaucoup vivaient en Algérie depuis des décennies et parfois depuis l’époque coloniale, avec des commerces, des fermes, des emplois, et des fratries mêlant Marocains et Algériens. Dans la précipitation, des couples mixtes furent séparés, des enfants éloignés d’un parent resté de l’autre côté de la frontière. Des ONG et chercheurs relèvent que la mesure s’est accompagnée de spoliations : domiciles, boutiques, équipements et économies laissés sur place, souvent consignés par l’administration avant d’être incorporés au domaine de l’État algérien, notamment à la faveur d’évolutions législatives ultérieures. migrationpolicy.org


Ce vécu s’est doublé d’un traumatisme religieux : l’expulsion s’est déclenchée le jour de l’Aïd al-Adha, l’une des plus grandes fêtes de l’Islam. Pour un pays se revendiquant musulman, atteindre ainsi des familles voisines, des coreligionnaires, au moment du sacrifice d’Ibrahim, a été perçu comme une transgression symbolique majeure. Les témoignages recueillis depuis un demi-siècle répètent la même blessure : l’humiliation publique d’un départ forcé « en habits de fête », les portes scellées, les troupeaux et magasins laissés derrière soi, l’absence d’assistance juridique, et, pour nombre d’entre eux, l’interdiction de récupérer leurs biens ou de réunifier leurs familles. Crisis Group



Sur le plan juridique et international, le dossier s’est structuré avec le temps. D’une part, le cadre du droit algérien des étrangers (Ordonnance 66-211 du 21 juillet 1966) ne saurait justifier des expulsions collectives dépourvues de garanties individuelles ; d’autre part, au regard du droit international des droits humains (Déclaration universelle, Pacte international relatif aux droits civils et politiques, instruments onusiens sur les travailleurs migrants), l’expulsion collective, la séparation familiale et la spoliation de biens constituent des violations reprochées de longue date à l’État algérien par des associations de victimes, dans leurs communications aux organes onusiens. Plusieurs notes et dossiers soumis à Genève (Comité des droits de l’homme/CCPR ; Comité des travailleurs migrants/CMW ; EPU) détaillent précisément les griefs : expulsions arbitraires, traitements inhumains, atteintes à la vie familiale et dépossessions. CEJA


Les preuves documentaires ne se limitent pas aux ONG marocaines. Des think tanks internationaux et centres spécialisés traitant des relations Maroc-Algérie et des dynamiques du Sahara mentionnent expressément l’expulsion de 45.000 familles en décembre 1975, et replacent l’épisode au cœur de la détérioration bilatérale qui suivra (reconnaissance de la « RASD » par Alger en 1976, rupture diplomatique). La Carnegie Endowment et International Crisis Group l’intègrent comme événement clé des antagonismes régionaux. Le Migration Policy Institute, organisme américain indépendant, rappelle également que jusqu’à 350.000 Marocains ont été expulsés par les autorités algériennes en 1975. Ces sources, extérieures au Maroc, confirment la matérialité et l’ampleur du drame. Carnegie Endowment



Sur le terrain politique et diplomatique, le Maroc a constamment remis ce dossier sur la table internationale. Dès les années 2000-2010, des auditions parlementaires en Europe et des démarches de diplomatie publique ont permis aux victimes de témoigner, notamment devant le Sénat de Belgique qui a enregistré en 2012 une proposition de résolution consacrée aux Marocains expulsés d’Algérie en 1975, symbole fort d’une reconnaissance internationale de la question. À Rabat, le sujet a été confirmé prioritaire dans les questions sociales et consulaires en suspens avec Alger, la diplomatie marocaine appelant celle-ci à un dialogue sérieux pour la vérité, la restitution et la réparation. Sénat de Belgique


Côté société civile, l’AMVEAA (Association des Marocains Victimes d’Expulsion Arbitraire d’Algérie) porte depuis 2006 la voix des familles. Elle a saisi les mécanismes onusiens, documenté les spoliations, et défendu le droit à la réparation intégrale. En 2021, le Collectif international de soutien aux familles d’origine marocaine expulsées d’Algérie (CiMEA-75) a renforcé l’action par une stratégie de plaidoyer international, rappelant la responsabilité de l’État algérien et l’exigence d’indemnisation, de réunification familiale, et d’accès aux biens. Des médias généralistes et spécialisés ont relayé ces mobilisations et leur base probatoire (inventaires, actes, témoignages notariés, photos, correspondances administratives de l’époque). amveaa.org


Au-delà des normes et des chiffres, il y a les récits de vie. La « Marche noire » a produit des trajectoires brisées et, parfois, des résiliences exemplaires. À Oujda, Figuig, Jerada et dans d’autres villes d’accueil, des chaînes de solidarité se sont organisées ; des familles ont reconstruit des commerces à partir de rien ; des enfants séparés de leur mère algérienne ont dû, des années durant, batailler pour obtenir un simple droit de visite. Des vidéogrammes d’époque et des reportages plus récents ont enregistré ces voix, qui demandent moins la vengeance que la vérité, la mémoire et une justice réparatrice. Ce triptyque, vérité, mémoire, réparation n’est pas une revendication « politique » : c’est une exigence humaine et juridique au regard des standards internationaux et des engagements africains et onusiens. YouTube


Dans cette continuité mémorielle, un événement récent est venu rappeler que la « Marche noire » n’appartient pas au passé figé des archives, mais à une mémoire toujours vivante. À l’initiative conjointe de la FMRE et de l’AMVEAA, une marche commémorative silencieuse s’est tenue à Paris, reliant la place de Clichy après près de quatre kilomètres de recueillement, en hommage aux Marocains expulsés d’Algérie en décembre 1975. Cette mobilisation a été accompagnée d’une exposition de photographies et de documents d’archives retraçant les scènes de la déportation, ainsi que d’une conférence de près de deux heures, ponctuée par la projection d’un documentaire consacré à la « Marche noire ». Moment central de cette rencontre : la prise de parole de victimes et d’enfants de déportés, livrant des témoignages directs, sobres et bouleversants, rappelant l’arrachement, la séparation familiale et la dépossession subis. Par cette initiative, la société civile a réaffirmé une exigence fondamentale : inscrire ce drame dans la mémoire collective internationale et refuser l’effacement d’une injustice historique documentée.


Ce dossier interroge enfin la cohérence morale d’un État se réclamant de l’Oumma. Le 18 décembre 1975, au lieu de porter secours au voisin et de protéger les plus vulnérables, il leur fut imposé l’exil et la dépossession. Aujourd’hui, sous l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI, la diplomatie marocaine continue de privilégier la main tendue, la stabilité régionale et la coopération au service des peuples. Reconnaître officiellement la « Marche noire », s’excuser, restituer les biens spoliés, indemniser les familles et faciliter les réunifications ne diminuerait pas l’Algérie : au contraire, cet acte d’honnêteté contribuerait à refermer une plaie. La mémoire est une boussole. Et tant que la vérité ne sera pas dite, les expulsés de 1975, Marocains et conjoints algériens resteront prisonniers d’un passé qui n’appartient pas à leur dignité. Crisis Group



2 commentaires


Membre inconnu
31 déc. 2025

Malheureusement c'est une tragédie sombre de notre histoire, qui doit figurer dans les manuels scolaires de notre royaume.

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Membre inconnu
29 déc. 2025

Oui, ni oublie ni pardon..

Et les khawa khawa qui nous parle d’islam

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