FOUZI LEKJAA, OU L'ART DE TRANSFORMER L'AMBITION EN RÉSULTAT
- Brahim Al Maghribi

- il y a 2 jours
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Il ne court pas après les caméras et ne célèbre pas ses victoires dans les micros tendus. Fouzi Lekjaa laisse parler les chiffres, les résultats et les faits. Et les faits, en douze ans de présidence à la tête de la Fédération Royale Marocaine de Football, sont d'une éloquence qui n'a besoin d'aucun commentaire. En avril 2014, lorsqu'il prend les rênes de la FRMF, le Maroc pointe à la 81ème place du classement FIFA. L'équipe nationale vient d'être suspendue de la Coupe d'Afrique des Nations 2015, une sanction infligée par la CAF après le retrait marocain pour cause d'épidémie d'Ebola. La fédération est fragilisée, les infrastructures sont insuffisantes, l'ambition nationale est en berne. Aujourd'hui, les Lions de l'Atlas s'apprêtent à disputer un quart de finale de Coupe du monde contre la France, sixièmes au classement mondial, invaincus depuis janvier 2024, avec une génération de joueurs que les plus grandes nations du monde s'arrachaient il y a encore quelques années. Cette transformation n'est pas une coïncidence. Elle porte un nom, une méthode, une vision. Et derrière tout cela, la main ferme et constante de SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, dont Fouzi Lekjaa applique la feuille de route avec la précision d'un ingénieur d'État et l'obsession d'un bâtisseur.
Comprendre Lekjaa, c'est d'abord comprendre d'où il vient et ce qu'il représente dans la culture administrative marocaine. Né le 23 juillet 1970 à Berkane, cette ville de l'Oriental qui produit depuis des générations des hommes de rigueur et de méthode, il construit son parcours loin des sentiers balisés du football traditionnel. Inspecteur des finances de formation, il gravit les échelons du ministère de l'Économie avec une réputation solide : organisation millimétrée, capacité à mener des chantiers complexes, sens du détail et refus absolu du gaspillage. En 2011, à seulement quarante et un ans, il devient le plus jeune directeur du Budget du Royaume. Ce détail biographique dit tout sur la densité du personnage. Lekjaa est un technocrate de haut vol qui a mis son expertise au service d'un sport qu'il aime depuis l'enfance, ayant dirigé la RS Berkane à partir de 2009 avant d'en faire un club de Botola Pro, lui qui en était absent depuis 1984. Quand il prend la présidence de la FRMF au printemps 2014, il ne vient pas avec des discours. mais avec un véritable diagnostic, un plan et une exigence.
La première décision structurante arrive rapidement : bâtir les fondations avant de parler de résultats. Dès ses premiers mois à la tête de la fédération, Lekjaa engage un travail de fond sur la gouvernance, les centres de formation, la structuration des clubs et la professionnalisation de l'encadrement. Mais c'est en 2014 que prend forme l'alliance la plus déterminante de sa trajectoire. Cette année-là, Fouzi Lekjaa bâtit avec SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, une volonté politique commune d'investir massivement dans le football national. Le Souverain, dont l'engagement personnel pour le sport comme levier de développement humain remonte aux Assises nationales de Skhirat en 2008, apporte à cette alliance quelque chose qu'aucun budget ne peut acheter : une vision de long terme, une continuité dans l'investissement et une légitimité institutionnelle qui permet d'aligner des ressources à la hauteur des ambitions. Ce partenariat entre un Roi visionnaire et un technocrate obsédé par l'excellence va produire, en moins d'une décennie, l'une des transformations les plus spectaculaires de l'histoire du football africain.
La pièce maîtresse de cette transformation s'inaugure le 9 décembre 2019, en présence de SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, qui accepte d'y apposer son nom : le Complexe Mohammed VI de Football. Érigé à Salé sur trente hectares, pensé et construit en cinq ans pour un investissement de 650 millions de dirhams, ce complexe ne ressemble à aucun autre sur le continent africain. Neuf terrains d'entraînement aux normes FIFA, une salle couverte, une clinique médicale de 400 mètres carrés, des hébergements intégrés, des espaces de récupération, une infrastructure dédiée exclusivement aux sélections nationales dans toutes leurs catégories, masculines et féminines. Lekjaa le considère lui-même comme l'un des cinq meilleurs complexes footballistiques du monde, et les observateurs internationaux qui ont eu l'occasion de le visiter ne contredisent pas cette affirmation. C'est une usine à champions, pensée pour fabriquer de l'excellence quotidienne, pour que les joueurs marocains aient les mêmes conditions de travail que leurs homologues des grandes nations européennes. Lorsque les joueurs binationaux hésitaient entre le maillot de leur pays de naissance et celui du Maroc, la visite du Complexe Mohammed VI suffisait souvent à emporter la décision. Les infrastructures ne font pas gagner des matchs, mais elles disent à un joueur ce que la fédération pense de lui.
La politique de recrutement des binationaux constitue l'autre grand chantier de la méthode Lekjaa. Pendant des années, le Maroc a regardé avec une certaine résignation des talents nés dans la diaspora choisir les équipes de France, des Pays-Bas, de Belgique ou d'Espagne. Lekjaa a retourné cette logique. Avec une patience et une méthode qui rappellent ses années au ministère des Finances, la FRMF a construit une stratégie de conviction fondée sur trois piliers : le projet sportif, les infrastructures et la fierté nationale. Le résultat parle de lui-même. Face au Brésil lors du premier match de ce Mondial 2026, le onze de départ des Lions de l'Atlas était composé de joueurs nés à l'étranger. Ayyoub Bouaddi, milieu de Lille longtemps suivi par les Bleus, a finalement choisi le Maroc après plusieurs années de travail de conviction de la fédération. C'est la démonstration que le projet marocain est devenu suffisamment attractif pour rivaliser avec les championnats les plus huppés d'Europe dans la course aux talents. Et ce renversement de situation est l'oeuvre directe de la stratégie patiente et méthodique engagée depuis 2014.
La formation constitue le troisième pilier du dispositif. L'Académie Mohammed VI de Football, relancée et modernisée sous l'impulsion royale, a produit plusieurs internationaux désormais au coeur des sélections nationales, dont Azzedine Ounahi et Nayef Aguerd, deux artisans majeurs de l'épopée qatarie de 2022. Le programme Evo Sport, déployé dans les clubs à l'échelle nationale, accompagne le développement des jeunes talents avec une méthodologie harmonisée par la Direction Technique Nationale. Mais Lekjaa a insisté publiquement sur une dimension que les observateurs extérieurs oublient parfois : dans les centres de formation répartis à travers le Royaume, des milliers de jeunes Marocains bénéficient d'un encadrement qui associe sport et scolarité. L'objectif n'est pas uniquement de former des professionnels. C'est de fabriquer des citoyens disciplinés, responsables, armés pour la vie. Le football comme école de la vie, avant d'être une industrie du spectacle.
Les résultats de cette stratégie s'expriment sur tous les tableaux simultaneously. Demi-finale de Coupe du monde en 2022, une première absolue pour l'Afrique et le monde arabe. Titre mondial U20 au Chili en 2025, preuve que le renouvellement générationnel est assuré et que la formation produit ses fruits. Champion d'Afrique des Nations organisée sur le sol national. Et en ce mois de juillet 2026, un quart de finale de Mondial contre la France, abordé comme une étape normale dans la progression d'une équipe qui se sait désormais sixième nation mondiale. Lekjaa résume cette dynamique dans une formule qui dit l'essentiel du changement de paradigme opéré : le succès du football marocain est le résultat direct de la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Sans la décision royale d'investir massivement dans les infrastructures, sans la continuité garantie par la confiance souveraine, sans l'alignement entre les ambitions fédérales et les priorités de l'État, rien de ce qui a été construit depuis 2014 n'aurait pu l'être à cette échelle et dans ces délais.
L'influence de Fouzi Lekjaa dépasse aujourd'hui largement les frontières du Maroc. Membre du Conseil de la FIFA depuis 2021, élu lors de la 43ème Assemblée générale de la CAF, vice-président de la Confédération africaine de football, président de la commission des finances de la CAF, il incarne sur la scène internationale un Maroc qui ne se contente plus d'être spectateur des grandes décisions du football mondial. Dans un contexte africain longtemps marqué par l'instabilité institutionnelle, Lekjaa a constamment porté le plaidoyer pour davantage de rigueur administrative, de transparence financière et de professionnalisation des fédérations, contribuant à renforcer la crédibilité de la CAF auprès de ses partenaires institutionnels. Ce positionnement lui a valu un respect sincère au sein des instances internationales, bien au-delà de la diplomatie footballistique habituelle. Et en juin 2026, son troisième mandat à la tête de la FRMF officiellement terminé, l'assemblée générale a préféré reporter l'élection à septembre, la loi 30.09 autorisant le maintien d'un président dont les fonctions dans les instances internationales relèvent de l'intérêt national. Signal éloquent de la densité et de l'irremplaçabilité du personnage.
La confiance que SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, lui accorde en le nommant président du Comité Maroc-Espagne-Portugal pour la Coupe du Monde 2030 dit, mieux que n'importe quelle analyse, le niveau de responsabilité qui lui est confié. Organiser un Mondial sur sol marocain, aux côtés de l'Espagne et du Portugal, dans un pays qui ambitionne de faire partie des favoris à domicile est la mission d'un bâtisseur capable de penser à vingt ans, de livrer dans les délais et de transformer chaque ambition en réalité mesurable. Fouzi Lekjaa, ingénieur d'État converti en architecte du football national, est précisément cet homme-là. Quand il déclare que l'impossible n'est pas marocain, il parle en technocrate qui a tenu ses promesses, qui a livré ses chantiers et qui regarde maintenant vers 2030 avec la même rigueur froide et la même conviction profonde qu'il avait en avril 2014, quand tout restait à construire.
Douze ans après sa première élection à la présidence de la FRMF, la vraie leçon de Fouzi Lekjaa n'est pas footballistique mais systémique. Elle prouve qu'au Maroc, quand une vision royale claire rencontre une méthode irréprochable et une exigence d'excellence sans compromis, les résultats ne sont pas une question de miracle mais de travail, de planification et de temps. Le football marocain a cessé d'improviser et il a commencé à construire. Et cette construction, pierre après pierre, pelouse après pelouse, talent après talent, produit aujourd'hui un édifice dont le monde entier observe la solidité avec un respect mêlé d'admiration. Fouzi Lekjaa a dit un jour qu'il ne faisait pas de miracles, seulement du travail. C'est peut-être la phrase la plus honnête qu'un dirigeant sportif ait prononcée depuis longtemps. Et c'est précisément pour cette raison que son legs au football marocain sera durable, bien au-delà du résultat du prochain match.






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