LE RAYONNEMENT DU MAROC A RÉVÉLÉ LE MAL QUI RONGE UNE PARTIE DE L'AFRIQUE
- Brahim Al Maghribi

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Le 9 juillet 2026, à Kansas City, les Lions de l'Atlas ont été éliminés en quart de finale de la Coupe du monde par la France. Une élimination douloureuse, mais qui ne saurait occulter ce que ce Mondial a révélé bien au-delà du terrain de football. Car pendant que les images de supporters marocains en liesse faisaient le tour du monde depuis Boston, New York, Los Angeles, Paris, Dubaï ou Bruxelles, quelque chose d'autre se déroulait en parallèle, plus discret mais tout aussi significatif. Deux regards se posaient sur le Maroc, et ils ne se ressemblaient pas : d'un côté, le monde entier, sans aucun lien particulier avec le Royaume, qui s'émerveillait ; de l'autre, une frange du continent africain qui se crispait.
Ce contraste n'est pas anodin. Il mérite une analyse honnête, parce que les Marocains doivent le comprendre pour ne plus en être les victimes naïves.
Le sociologue marocain Moussa Ould Hamed a décrit dès 2022, dans ses travaux sur les dynamiques identitaires postcoloniales en Afrique, un phénomène qu'il nomme "la jalousie de voisinage", une forme d'hostilité qui se développe non pas envers les ennemis, mais envers ceux qui réussissent à proximité. Cette jalousie n'est pas irrationnelle. Elle répond à une logique psychosociale documentée par le psychologue américain Richard Smith de l'Université du Kentucky, spécialiste de l'envie comparée entre groupes : selon ses travaux, l'envie sociale est d'autant plus intense que la réussite observée appartient à un groupe perçu comme "similar" ou appartenant au même espace de référence. Le succès d'un pair est plus menaçant que le succès d'un étranger parce qu'il brise la hiérarchie intérieure et remet en cause la narration dans laquelle chacun se reconnaissait.
Le Maroc appartient à l'Afrique et au monde arabe, deux espaces où sa réussite sportive, économique et diplomatique brouille les repères de sociétés et de régimes qui avaient besoin d'une Afrique du Nord relativement indifférenciée pour maintenir leurs propres récits nationaux. La CAN 2025, organisée au Maroc avec des infrastructures saluées par la FIFA elle-même et une organisation unanimement reconnue par les observateurs étrangers, a été le premier grand révélateur de ce malaise. Dès la phase de groupes, les critiques ont afflué des médias d'Afrique subsaharienne et de certains pays nord-africains : l'accueil était insuffisant, les stades mal organisés, les déplacements difficiles, l'arbitrage favorisait l'équipe nationale. Ces griefs auraient pu être des retours constructifs si la même rigueur avait été appliquée aux précédentes éditions organisées par d'autres. Ce n'était pas le cas. Les sélectionneurs et joueurs adverses ont pris l'habitude peu commune de commenter publiquement l'organisation avant même la fin des rencontres, comme si Marrakech et Casablanca n'avaient pas le droit d'être à la hauteur.
La sociologue française Nacira Guénif-Souilamas, qui a étudié les représentations de l'Afrique du Nord dans les médias africains et européens, note dans ses travaux récents un mécanisme qu'elle appelle "le refus de l'ascension" : lorsqu'un groupe minoritaire ou périphérique dépasse les attentes qui lui étaient assignées, une partie de son environnement produit des discours de minimisation ou de disqualification plutôt que des discours de reconnaissance. Ce mécanisme, documenté dans les contextes des diasporas européennes, se retrouve à l'identique à l'échelle continentale, quand un pays du Sud monte en gamme trop vite pour que ses voisins puissent ajuster leur regard sans remettre en cause leur propre posture.
La Coupe du monde 2026 a amplifié ce phénomène jusqu'à le rendre visible en temps réel. Après chaque victoire des Lions de l'Atlas, les réseaux sociaux ont fourni une carte instantanée de la géographie de l'envie : les pays sans aucun lien culturel, historique ou géographique particulier avec le Maroc, du Japon à l'Indonésie, du Mexique au Emirats, célébraient comme si l'équipe marocaine était leur propre sélection. Des familles en Syrie, en Turquie, au Brésil, en Arabie Saoudite brandissaient le drapeau rouge et vert avec une sincérité qui n'avait rien de commandée. Ces images, documentées par des dizaines de chaînes internationales, n'étaient pas orchestrées. Elles trahissaient une admiration spontanée pour ce que le Maroc représentait : la preuve qu'un pays arabe et africain pouvait rivaliser avec les meilleures équipes mondiales sur des critères objectifs, de la qualité du jeu à la discipline collective, de la valeur individuelle des joueurs à la solidité tactique du collectif.
Pendant ce temps, les médias algériens n'ont pas diffusé les résultats du Maroc et refusaient d'inscrire les résultats du Maroc alors qu'ils affichaient les autres matchs, certains comptes algériens organisaient des opérations de déstabilisation, et quelques voix se sont employées à minimiser la qualification en quart de finale comme si elle relevait de la chance ou des circonstances. L'analyse sociologique de ce silence ou de ce dénigrement est sans ambiguïté. Le psychologue social Leon Festinger, dans sa théorie de la comparaison sociale, établit que les individus comme les groupes humains ont un besoin fondamental d'évaluer leurs capacités et leurs performances par rapport à des référents proches. Quand ces référents les dépassent de manière trop éclatante, le dénigrement devient un mécanisme de protection de l'estime collective. C'est une réaction psychosociale prévisible, et les Marocains gagneraient à la comprendre plutôt qu'à s'en indigner.
Ce que le Maroc doit intégrer, collectivement et dans ses élites comme dans son opinion publique, c'est que sa réussite ne profite pas automatiquement à l'Afrique ou au monde arabe comme certains le croyaient encore en 2022. Elle profite au Maroc, et c'est déjà beaucoup. SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, l'avait dit avec clarté dans son discours royal à l'ouverture de la session parlementaire de 2014, des mots qui résonnent avec une acuité particulière aujourd'hui : "Notre pays jouit de considération, de respect, de confiance et de crédibilité, aux niveaux régional et international. Nous bénéficions, de surcroît, d'une image positive auprès des peuples du monde. Mais il faut que nous sachions tous qu'il existe, en revanche, des parties qui jalousent le Maroc pour son parcours politique, sa marche vers le développement, sa sécurité, sa stabilité et son capital historique et civilisationnel. Elles sont envieuses de la fierté qui anime les Marocains à l'égard de leur Patrie. Il Me vient à l'esprit ces paroles de Mon Aïeul, le Prophète Sidna Mohammed, Paix et salut sur Lui : que Dieu multiplie les jaloux qui nous envient. Car, en effet, la multiplication des envieux signifie la multiplication des réalisations et des ressources. En revanche, celui qui ne possède rien n'a rien à se faire envier."
Ces mots portent une sagesse d'une remarquable profondeur sociologique. La jalousie n'est pas un problème du jaloux à résoudre. C'est d'abord la preuve que celui qui en est l'objet possède quelque chose qui vaut d'être envié. Le Maroc doit donc changer d'approche mentale, et les Marocains avec lui. Continuer à croire que le rayonnement du Royaume bénéficie automatiquement à l'"Afrique qui gagne" ou au "monde arabe qui s'affirme" relève d'une générosité naïve qui se retourne régulièrement contre les intérêts marocains. Le Maroc qui rayonne, ce n'est pas l'Afrique qui gagne. C'est l'Afrique qui jalouse ce Maroc qui avance.
Ce que ce Mondial a également mis en lumière, c'est la nécessité que les Marocains adoptent une lecture lucide de leur propre bilan. Atteindre deux quarts de finale consécutifs d'une Coupe du monde, une performance qu'aucune équipe africaine n'avait réalisée avant ce soir du 9 juillet 2026, n'est pas un échec. C'est une confirmation de statut, la démonstration que 2022 n'était pas un accident historique mais l'expression d'un niveau réel et durable. Cinq pays de rêve comme le Brésil, L'Allemagne, le Portugal ou les Pays-Bas sont aussi sortis avant les demi-finales. L'élimination par la France, double championne du monde et numéro un mondial, ne diminue pas ce que les Lions de l'Atlas ont bâti depuis dix ans.
Ce que le football révèle en réalité, comme l'a analysé l'économiste marocain Driss Ksikes dans ses travaux sur le soft power marocain, c'est la réussite plus vaste d'un pays qui a réformé ses institutions, investi massivement dans ses infrastructures, développé une industrie automobile et aéronautique reconnue mondialement, construit des partenariats diplomatiques diversifiés et maintenu une stabilité politique qui lui permet de se projeter sur le très long terme.
Les Marocains ont donc deux tâches devant eux. La première est de célébrer ce rayonnement pour ce qu'il est, l'aboutissement d'une vision royale de longue haleine, d'une politique sportive structurée et d'une génération de joueurs exceptionnels, sans chercher à le partager avec ceux qui ne le méritent pas en refusant de le reconnaître. La seconde est d'élargir leur regard au-delà du terrain de football et de mesurer ce que le Maroc construit réellement, dans ses industries, sa diplomatie, ses universités, ses infrastructures et sa crédibilité internationale, une réussite globale qui provoquera toujours plus de jalousie à mesure qu'elle s'approfondit, et qui ne demande en retour aucune validation de ceux qui l'envient.
Cette jalousie, dans sa forme la plus dangereuse, n'est pas restée confinée aux médias ou aux réseaux sociaux. Elle a débordé dans les rues de France avec une violence documentée qui appelle à être nommée clairement. Dans les jours précédant le quart de finale France-Maroc, des drapeaux marocains ont été brûlés dans plusieurs villes françaises. Des individus se présentant comme algériens ont publié des menaces explicites contre les supporters marocains qui oseraient sortir fêter une victoire. Des appels ont circulé à porter délibérément le maillot de l'équipe nationale marocaine pour se fondre dans les rassemblements et y provoquer des incidents, faisant ainsi porter aux Marocains la responsabilité de violences qu'ils n'auraient pas commises. Ces publications n'ont pas été ignorées par les autorités françaises. Le Parisien, dans son édition du 8 juillet 2026, révélait le contenu d'une note confidentielle des Renseignements Territoriaux, reprise et confirmée par BFMTV, évoquant explicitement "des rumeurs visant à ternir l'image des supporters marocains" et "le risque de provocations attribuées à des personnes se faisant passer pour eux". Les services de renseignement intérieur français avaient donc officiellement documenté la menace du maillot marocain utilisé comme outil de manipulation. Une information de sécurité nationale française consignée dans une note officielle. Ce que cette séquence révèle dépasse la rivalité footballistique. La jalousie que le rayonnement marocain provoque dans certains cercles est devenue, pour une frange organisée, une stratégie d'hostilité active nourrie par des années de discours de haine en provenance d'Alger, qui se traduit concrètement par la volonté de détruire l'image des Marocains au moment précis où le monde les regarde avec admiration. C'est la jalousie dans sa forme la plus révélatrice : celle qui ne cherche pas à s'élever mais à faire tomber celui qui s'est levé.






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