GUERRE DE L'EAU, LE MAROC COUPE-T-IL LE ROBINET À L’ALGÉRIE ?
- Brahim Al Maghribi

- 2 mars
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Depuis plusieurs semaines, certains relais médiatiques algériens multiplient les récits de victoires militaires imaginaires, évoquant des territoires prétendument “repris” ou des affrontements inexistants avec le Maroc. Derrière ces discours spectaculaires se cache pourtant une réalité beaucoup plus concrète et stratégique : la question de l’eau dans le sud-ouest algérien.
Dans cette région désertique, l’approvisionnement en eau dépend historiquement d’un ouvrage majeur, le barrage de Jorf Torba, construit sur l’oued Guir près de Béchar. Cette retenue constitue depuis des décennies une ressource essentielle pour l’alimentation en eau des populations locales, mais aussi pour l’ensemble de la zone allant vers Tindouf. Dans un environnement saharien où les ressources hydriques sont rares, ce barrage joue un rôle vital pour les habitants, les installations militaires et les camps de Tindouf.
Mais la situation hydrologique de la région a changé avec une décision souveraine du Maroc. En 2021, le Royaume a mis en service le barrage de Kaddoussa, près de Boudnib, dans la province d’Errachidia. Ce projet s’inscrit dans la politique nationale de gestion de l’eau impulsée sous la vision de SM le Roi Mohammed VI, qu’Allah L’Assiste, visant à sécuriser les ressources hydriques et soutenir l’agriculture dans les zones arides.
Le barrage de Kaddoussa se situe sur le bassin de l’oued Guir, un cours d’eau transfrontalier qui poursuit ensuite son trajet vers l’Algérie avant d’alimenter le barrage de Jorf Torba. Ce simple fait géographique suffit à expliquer pourquoi certains responsables algériens parlent désormais de “guerre de l’eau”. Pourtant, la réalité est bien plus complexe.
Dans les régions désertiques, la gestion de l’eau en amont d’un bassin est une nécessité vitale et un droit souverain reconnu à chaque État. Le Maroc, confronté à des cycles de sécheresse de plus en plus fréquents, a investi massivement dans les barrages, le dessalement de l’eau de mer et la modernisation de l’irrigation. Le barrage de Kaddoussa n’est donc pas un outil politique, mais un instrument de survie économique et agricole pour les oasis du sud-est marocain, notamment pour la culture du palmier dattier.
Pour comprendre pleinement la situation, il faut remonter à la géographie elle-même. Une grande partie des précipitations de la région provient de l’Atlantique. Lorsque les masses d’air humide atteignent les chaînes montagneuses de l’Atlas, elles sont forcées de s’élever, se refroidissent et libèrent leur humidité sous forme de pluie ou de neige. Ce phénomène naturel, appelé effet orographique, concentre les précipitations du côté marocain des reliefs.
Une fois ces montagnes franchies, l’air redescend plus sec vers l’intérieur du continent, créant une ombre pluviométrique. Les régions situées à l’est, notamment vers Béchar et Tindouf, reçoivent alors beaucoup moins de précipitations. Cette configuration climatique existe depuis toujours et explique en grande partie la différence d’humidité entre le Maroc atlantique et le Sahara algérien.
Autrement dit, la rareté de l’eau dans cette zone ne peut être réduite à l’existence d’un barrage marocain. Elle résulte d’un ensemble de facteurs naturels : climat saharien, évaporation intense, cycles de sécheresse prolongés et variabilité des oueds intermittents comme l’oued Guir.
La polémique actuelle autour de l’eau révèle surtout un contraste entre deux dynamiques. D’un côté, un Maroc qui anticipe le stress hydrique en construisant des infrastructures et en développant ses territoires désertiques. De l’autre, une communication politique qui transforme un phénomène climatique et géographique ancien en confrontation artificielle.
Pendant que certains inventent des batailles, d’autres construisent des barrages. Et dans les régions désertiques, l’avenir appartient toujours à ceux qui savent gérer l’eau.






Un État sérieux construit des barrages, des stations de dessalement et une stratégie hydrique de long terme. Il ne fait pas de mise en scène. Le Maroc sécurise ses ressources dans un contexte climatique dur pour toute la région. D’autres confondent encore gouvernance et plateau télé.