LA BATAILLE DU SIÈCLE, COMMENT LE MAROC SE POSITIONNE AU CŒUR DE LA RÉVOLUTION DES BATTERIES ÉLECTRIQUES
- Loubna

- il y a 2 jours
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Le développement économique d'une nation exige d'orienter ses capitaux vers des secteurs créateurs de richesse durable, d'innovation et de puissance souveraine. À ce titre, le Maroc vit un tournant historique. Après avoir ancré sa dynamique industrielle dans l'automobile, l'aéronautique, les phosphates transformés et les énergies vertes, le Royaume s'attaque désormais aux industries technologiques de pointe qui gouverneront le 21e siècle. Cette ambition exige une véritable rupture culturelle : elle doit surmonter la persistance d'une économie de rente locale où l'immobilier et la spéculation, bien que rentables à court terme, captent des capitaux sans transformer l'appareil productif profond. L'industrie exige du temps et de lourds investissements, mais elle génère des écosystèmes complets d'ingénieurs, de sous-traitants et de centres de formation, érigeant la souveraineté économique en priorité nationale. Cette transition s'appuie sur une feuille de route claire initiée il y a plus de vingt ans sous l'impulsion de SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'assiste. Les résultats parlent d'eux-mêmes. Le Maroc s'est hissé au rang de premier constructeur automobile d'Afrique, les exportations du secteur ayant culminé à 157,6 milliards de dirhams en 2024 selon l'Office des Changes. Désormais, le défi réside dans la conquête de la souveraineté technologique, dictée par la maîtrise des brevets, des matériaux critiques et des chaînes de valeur.
Au cœur de cette reconfiguration mondiale, la batterie électrique s'impose comme le composant le plus convoité pour l'électrification des transports et le stockage d'énergies renouvelables. Face à l'hégémonie de l'axe asiatique, la Chine contrôle actuellement 93 % des cathodes LFP selon l'analyse publiée par La Relève en novembre 2025, l'Europe cherche désespérément à sécuriser ses approvisionnements. Un fait géopolitique aggrave cette urgence : en 2024, la Chine a restreint ses exportations d'engrais pour stabiliser ses prix domestiques, bouleversant les marchés mondiaux et rappelant la vulnérabilité structurelle de quiconque dépend de Pékin pour ses matières premières critiques. Le Maroc émerge alors comme l'alternative la plus crédible hors d'Asie pour intégrer une chaîne de valeur complète, grâce à son hub logistique de Tanger Med et sa proximité immédiate avec le Vieux Continent. Dans ses récentes interventions, le ministre de l'Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a fermement recadré le débat face aux crispations politiques de Bruxelles. Rejetant l'idée que le Royaume soit un simple "cheval de Troie" pour les intérêts chinois, il rappelle une réalité chiffrée : les investissements directs de Pékin au sein même de l'Union européenne restent largement supérieurs à ceux fléchés vers le Maroc. D'autre part, les politiques publiques du Royaume s'appuient sur les mêmes principes que ceux des pays européens durant leur propre révolution industrielle, avec une contrainte supplémentaire que ces pays n'avaient pas : le défi climatique. En résumé, le Royaume va chercher sa souveraineté industrielle dans un environnement très contraignant, mais la détermination de SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'assiste, et le temps long font la différence. À cela s'ajoute un environnement des affaires propice aux investissements et des accords de libre-échange qui renforcent ces politiques publiques. La stratégie chérifienne s'inscrit dans un co-développement transfrontalier visant à fournir aux partenaires européens et régionaux une alternative souveraine à la dépendance asiatique.
Le Maroc dispose d'un alignement de planètes inédit pour s'imposer dans cette filière. Outre son infrastructure de classe mondiale, il bénéficie d'une matrice énergétique de plus en plus décarbonée grâce à ses giga-projets solaires et éoliens, un critère éliminatoire pour des constructeurs occidentaux soumis à de strictes réglementations d'empreinte carbone — et notamment à l'introduction du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l'Union européenne dès 2026, qui pénalisera les productions industrielles intensives en émissions. Surtout, le pays possède l'arme ultime : la première réserve mondiale de phosphates. Le chiffre est documenté par plusieurs organismes internationaux indépendants : l'US Geological Survey et l'Agence internationale de l'énergie (AIE) retiennent 70 % des réserves mondiales de roche phosphatée, tandis qu'une analyse conjointe de la Banque africaine de développement et de l'Initiative pour la gouvernance des ressources naturelles (IGF) évalue la part marocaine à près de 80 % des ressources géologiquement identifiées. La seule mine de Khouribga représente à elle seule 45 % des réserves nationales. Cette concentration géologique n'a pas d'équivalent dans le monde des matières premières industrielles, là où le pétrole est extrait sur l'ensemble des continents, le phosphate est presque une affaire marocaine.
Longtemps confinée aux engrais agricoles, cette ressource est devenue hautement stratégique avec l'avènement des batteries Lithium-Fer-Phosphate (LFP). Moins coûteuses, plus stables et plus durables que leurs homologues au nickel et au cobalt, environ 30 % moins chères que les batteries NMC selon l'AIE, les chimies LFP s'imposent chez la majorité des constructeurs automobiles mondiaux. Leur part de marché dans les véhicules électriques est passée de 15 % en 2020 à 55 % en 2025, et celle dans le stockage stationnaire de 30 % à 90 % sur la même période, selon le Global Critical Minerals Outlook 2026 de l'AIE. Cette concentration donne au Maroc l'opportunité historique d'intégrer verticalement la filière, depuis l'extraction minière jusqu'à la production de cathodes et de cellules de batteries, tout en faisant émerger des champions industriels nationaux capables de piloter la recherche et le développement. La feuille de route du ministère fixe des jalons ambitieux sur ce chemin.
Cette ambition a franchi un cap décisif le 25 juin 2025 à Jorf Lasfar, avec l'inauguration de COBCO, Core Battery Components, première unité de production de matériaux pour batteries lithium-ion d'Afrique. Ce complexe industriel de 200 hectares, fruit d'un partenariat à 50/50 entre la holding royale Al Mada et le groupe chinois CNGR Advanced Materials, numéro un mondial des précurseurs de cathodes et fournisseur de Tesla, LG Chem et Samsung SDI, représente un investissement de 20 milliards de dirhams. La première phase produit 40 000 tonnes de matériaux actifs par an ; la capacité cible est de 120 000 tonnes pour une puissance de 70 GWh, soit de quoi équiper près d'un million de véhicules électriques par an. L'implantation à Jorf Lasfar n'est pas fortuite : la proximité immédiate de l'OCP confère à COBCO un avantage stratégique d'intégration locale que peu de concurrents mondiaux peuvent reproduire. Le complexe vise 80 % d'énergie renouvelable dès 2025 et 100 % dès fin 2026, avec une alimentation en eau entièrement issue de la désalinisation. En parallèle, l'arrivée imminente du groupe Gotion, autre géant chinois des batteries et le projet de NGB Materials, filiale de l'OCP et de l'Université Mohammed VI Polytechnique, qui prépare une ligne pilote de 1 000 tonnes de cathodes LFP avant une montée à 30 000 tonnes à partir de 2028, dessinent progressivement l'écosystème complet que vise le Royaume.
L'AIE formule cependant une mise en garde qui mérite d'être intégrée lucidement dans l'analyse : le Maroc ne représente aujourd'hui que 5 % des capacités mondiales d'acide phosphorique purifié de qualité batterie (PPA) projetées à l'horizon 2035. L'agence identifie également une vulnérabilité liée à l'acide sulfurique, intrant indispensable au traitement des phosphates, dont les tensions d'approvisionnement en 2026 au Moyen-Orient ont rappelé la fragilité. La chaîne de valeur est en construction, pas encore complète. C'est précisément pour cela que la vision de long terme portée par SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'assiste, est déterminante : les grandes transformations industrielles ne se mesurent pas à l'échelle d'un mandat mais d'une génération.
Alors que la guerre des batteries fait rage et que l'Occident, outre sa volonté de se réindustrialiser, redessine sa cartographie d'approvisionnement, le Maroc réunit stabilité politique, ressources critiques et vision à long terme. La question n'est plus de savoir si le Royaume participera à cette révolution technologique, mais quelle part de la richesse et de la puissance industrielle mondiale il parviendra à capter durablement.






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