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LA CONFÉRENCE D'ALGÉSIRAS


Pas moins de douze pays européens se réunirent autour de la table, entre le 16 janvier et le 7 avril 1906, pour savoir lesquels se partageraient le territoire marocain et les bénéfices qu’ils en récolteraient.


Arrivée des ambassadeurs marocains à Algésiras

La Conférence d’Algésiras s’inscrit dans le partage du continent africain, processus par lequel les puissances européennes se livrèrent une concurrence à couteaux tirés pour s’arroger les richesses naturelles du continent et asseoir, puis étendre, leur influence géopolitique, hard power oblige. C’est que la Conférence d’Algésiras, qui s’est tenue du 16 janvier au 7 avril 1906 et rassembla 12 pays européens en plus du Maroc, sous l’égide des Etats-Unis, n’avait d’autre objectif que celui de décider de l’avenir politique et économique du Maroc, et de savoir quelles puissances européennes s’en partageraient les bénéfices.


L’Allemagne voyait dans la Conférence d’Algésiras un moyen d’assurer un traitement égal entre puissances européennes et de lui ouvrir les portes d’un commerce plus juteux. «Un "esprit d’accord préalable" fut ensuite fixé, ce qui permit aux autres signataires de "surveiller" la France pour les années suivantes», indique Cristóbal Robles Muñoz. L’Allemagne «n’avait au Maroc que des intérêts économiques», précise de son côté J.-H. Lasserre-Bigorry.


Si cet évènement contribua à poser les jalons des visées coloniales des Européens sur le Maroc, le chercheur espagnol indique que «le Maroc a agi en tant qu’Etat indépendant et souverain», selon la documentation fournie par les archives des chancelleries des pays qui prirent part à la conférence.


Et d’ajouter : «Les données et arguments qui réfutent la thèse d’un "banquet colonial" peuvent être étendus. Par inertie, on parle encore de "répartition" entre l’Espagne et la France. La Conférence voulait empêcher cela et réussit à atténuer les effets de la crise marocaine. Il n’y eut donc pas d’occupation coloniale, mais un "protectorat" (…), deux statuts juridiques qui ne peuvent se confondre l’un avec l’autre. Il permit d’ailleurs de prolonger la souveraineté plaine du sultan jusqu’au traité de Fès, en mars 1912», souligne Cristóbal Robles Muñoz, toujours sur la base de l’ouvrage des deux historiens espagnols.


Au-delà du choix des mots, il est bon d’interroger également la tenue d’une conférence internationale sur le Maroc. Les convoitises commerciales expliquent en partie les visées des puissances européennes sur l’Empire chérifien, mais celles-ci avaient également à cœur de conforter le pouvoir du sultan, au vu des turbulences religieuses qui pouvaient agiter le pays. «Outre les motifs géostratégiques évidents, il y avait les motifs commerciaux. Le Maroc a longtemps compté sur les périodes de crise agraire en Europe, à l’instar de celle de 1898. C’est ce qui ressort de l’intervention russe à la Conférence sur le tarif des céréales», analyse dans un premier temps Cristóbal Robles Muñoz.


Et d’ajouter, dans un second : «Le caractère religieux des crises politiques internes dans un pays islamique et ses répercussions dans d’autres régions placées sous le contrôle des puissances européennes en Afrique et en Asie expliquent l’intérêt de légitimer le pouvoir du sultan, en le protégeant des intrigues internes et des appuis que pourraient recevoir d’autres "prétendants".»


In fine, le 7 avril 1906, les puissances signataires de la Convention de Madrid que furent l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, l’Espagne, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, le Maroc, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie et la Suède, s’accordent «sur un programme de réformes que le sultan s’engage à introduire au Maroc», d’après J.-H. Lasserre-Bigorry. Il sera nommé «Acte général de la Conférence d’Algésiras» et signé le 7 avril 1906. Il proclame «le triple principe de la souveraineté et de l’indépendance du sultan, de l’intégrité de ses Etats, de la liberté économique sans aucune inégalité». Les puissances adopteront entre autres une déclaration sur l’organisation de la police, un règlement sur la contrebande des armes, un acte de concession d’une banque d’Etat marocaine, et une déclaration relative à un meilleur rendement des impôts et à la création de nouveaux revenus.


Acte_général_de_la_Conférence1
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1 Comment


Unknown member
May 01

حبذا لو كان بالعربة حتى يفهم الذين لا يتقنون اللغة الفرنسية

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