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MESBAHIYYA, L'ÉCOLE DE MARBRE QUI A FAIT RAYONNER LE SAVOIR MÉRINIDE À FÈS

MESBAHIYYA, L'ÉCOLE DE MARBRE QUI A FAIT RAYONNER LE SAVOIR MÉRINIDE À FÈS

En 1346, dans le quartier de Boutouil à Fès, un sultan mérinide fait acheminer depuis Almería, en Andalousie, un bassin de marbre blanc de 140 quintaux pour orner la cour d'une école qui allait former des générations de savants pendant près de sept siècles. Cette école, c'est la médersa Mesbahiyya, et son histoire raconte à elle seule l'ambition intellectuelle d'une dynastie qui a fait de Fès la capitale du savoir en Afrique du Nord.


Le sultan Abou al-Hassan, souverain mérinide connu pour avoir multiplié les fondations éducatives à travers le royaume, ordonne la construction de cette médersa en 747 de l'hégire, soit 1346 de l'ère chrétienne. Il ne s'agit pas d'un geste isolé. Le même souverain fait bâtir la médersa Sahrij à Fès, la Nouvelle Médersa à Meknès et la médersa Tala'a à Salé, prolongeant une politique engagée par ses prédécesseurs qui avaient déjà doté Meknès, Ceuta, Tlemcen, Ksar El Kébir, Taza, Marrakech, Azemmour, Safi, Anfa et Aghmat d'établissements similaires. Fès concentre malgré tout le plus grand nombre de ces écoles, aux côtés de la prestigieuse université Al-Qarawiyyin, déjà vieille de plusieurs siècles à cette époque. Le voyageur Al-Hassan al-Wazzan, plus connu sous le nom de Léon l'Africain, décrit dans sa Description de l'Afrique onze collèges fassis très bien construits, ornés de mosaïques et de bois sculpté, certains pavés de marbre et d'autres de céramique de Majorque, tous fondés par les rois mérinides.



MESBAHIYYA, L'ÉCOLE DE MARBRE QUI A FAIT RAYONNER LE SAVOIR MÉRINIDE À FÈS
MISBAHIYYA - 1921

L'école tire son nom actuel d'un homme, Abou al-Diya Misbah ibn Abdallah al-Yasluti, jurisconsulte malikite mort en 750 de l'hégire, soit 1349, qui fut le premier enseignant à y donner cours après son achèvement. On l'appelle aussi École de Marbre, ou Madrasa ar-Rkham en arabe, en raison du bassin qui trône dans sa cour, et parfois École de la Fontaine. Ce bassin a d'abord été installé dans la médersa Sahrij avant d'être transféré à la Mesbahiyya des années plus tard, un déplacement que confirment plusieurs historiens de l'architecture mérinide, dont ceux ayant documenté le décor des médersas Sahrij et Sbaïyin. La pierre elle-même provient d'Almería, alors sous domination andalouse, preuve des échanges artistiques constants entre les deux rives du détroit à l'époque mérinide.


L'implantation de l'école n'a rien d'anodin. Bâtie sur un vaste terrain du quartier de Boutouil, elle jouxte la mosquée Qarawiyyin et fait face à sa porte nord, ancrant ainsi l'enseignement juridique et religieux au cœur du dispositif spirituel de la ville. Trois portes donnent accès au bâtiment, la principale, Bab al-Khassa, ouvrant sur l'un des canaux d'irrigation de la mosquée. Un couloir sinueux, orné de stucs finement sculptés et dont les murs se couvrent de zellige, mène ensuite à la cour intérieure, selon un principe de composition que l'on retrouve à la médersa Attarine. La fiche technique établie par le musée virtuel Discover Islamic Art confirme la présence, au centre de cette cour, du fameux bassin de marbre blanc mesurant 3,2 mètres de long sur 1,05 mètre de large.


Au nord de la cour s'ouvre la salle de prière, un espace carré de sept mètres sur sept dont les façades portent des motifs islamiques d'une grande finesse. Un large arc jumelé, unique dans l'architecture mérinide selon les spécialistes du patrimoine fassi, marque l'entrée de cette salle qui servait autrefois aussi de résidence au juge en chef de la ville. L'école pouvait accueillir jusqu'à 140 étudiants venus de toutes les régions du royaume, répartis dans 117 chambres, dont 23 au rez-de-chaussée et le reste réparti sur les étages supérieurs desservis par un escalier. Une fontaine dédiée aux ablutions complète le dispositif, installée à gauche de l'entrée principale.



MESBAHIYYA, L'ÉCOLE DE MARBRE QUI A FAIT RAYONNER LE SAVOIR MÉRINIDE À FÈS

Pendant des siècles, la Mesbahiyya forme des générations d'érudits en grammaire, en jurisprudence et en astronomie. Parmi les figures qui y ont enseigné ou étudié figurent Muhammad ibn Abd al-Salam al-Bannani, Abd al-Rahman al-Kalali, Moulay Abdallah al-Charif al-Wazzani, le cheikh Abd al-Qadir al-Fassi et Sidi Haddou al-Soussi. La tradition rapportée par les chroniqueurs locaux et relayée par l'Agence pour le développement et la réhabilitation de la ville de Fès veut même que le sultan alaouite Moulay Rachid ait suivi des cours dans ses murs avant d'unifier le royaume au XVIIe siècle, un fil qui relierait ainsi la dynastie mérinide, bâtisseuse de l'école, à la dynastie alaouite qui règne aujourd'hui sur le Maroc. Grâce aux nombreux dons habous qui lui sont consacrés, boutiques, maisons, fondouks, jardins et terrains, à l'intérieur comme à l'extérieur de la médina, la Misbahiyya devient l'école la plus riche de Fès, un statut qui lui permet d'entretenir son enseignement sur la durée malgré les aléas politiques que traverse le royaume.



MESBAHIYYA, L'ÉCOLE DE MARBRE QUI A FAIT RAYONNER LE SAVOIR MÉRINIDE À FÈS

L'usure du temps finit néanmoins par avoir raison du bâtiment, fermé après plusieurs siècles d'activité en raison de dommages structurels devenus trop importants pour permettre son usage. Sa seconde vie commence sous la supervision de l'Agence pour le développement et la réhabilitation de la ville de Fès, dans le cadre d'un vaste programme de restauration de la médina couvrant plusieurs monuments historiques, un chantier que la presse internationale, à l'image de CNN, a présenté comme l'un des plus ambitieux jamais menés sur le patrimoine architectural fassi. Le 23 mai 2017, SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, préside la cérémonie marquant l'aboutissement de ces travaux et visite plusieurs médersas restaurées, dont la Mohammadia, la Seffarine, la Sbaïyine et la Sahrij, aux côtés de la Mesbahiyya. La médersa est alors rattachée à l'université Al-Qarawiyyin, dont elle accueille désormais des enseignants venus de tout le Maroc et de l'étranger, tandis qu'une partie de ses locaux devient bureaux administratifs.


Cette réouverture ne relève pas du simple geste patrimonial. En restituant à l'université Al-Qarawiyyin l'un de ses satellites historiques, SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, inscrit la Mesbahiyya dans une continuité qui remonte à Feu SM le Roi Mohammed V, qu'Allah ait Sa sainte âme, et à Feu SM le Roi Hassan II, tous deux attachés à la préservation du patrimoine spirituel fassi comme pilier de l'identité nationale. Il y a aussi le rôle que ces médersas rénovées entendent jouer aujourd'hui dans la diffusion d'un enseignement religieux modéré, fidèle au rite malikite et au soufisme qui caractérisent la tradition marocaine.



MESBAHIYYA, L'ÉCOLE DE MARBRE QUI A FAIT RAYONNER LE SAVOIR MÉRINIDE À FÈS

La Mesbahiyya reste enfin attachée à une coutume propre aux médersas mérinides de Fès, celle du sultan étudiant, un représentant choisi parmi les élèves pour incarner leur voix face à l'administration de l'école. Ce détail, presque anecdotique, rappelle que ces institutions n'étaient pas seulement des lieux d'enseignement, mais de véritables microsociétés organisées, où se formaient aussi les futurs cadres religieux et administratifs du royaume.


Sept siècles après sa fondation, la médersa Mesbahiyya continue d'incarner ce que le Maroc a construit de plus précieux, un savoir enraciné dans la foi, transmis de maître à élève dans des murs où le marbre andalou et le zellige fassi racontent une même histoire, celle d'un royaume qui a toujours su faire de l'éducation un instrument de souveraineté. De Léon l'Africain émerveillé par les onze collèges de Fès jusqu'à SM le Roi Mohammed VI, qu'Allah L'Assiste, rouvrant ses portes à une nouvelle génération d'enseignants, la Mesbahiyya n'a jamais cessé d'appartenir à ceux qui, à Fès, considèrent le savoir comme un héritage sacré. Elle demeure aujourd'hui un jalon vivant entre l'âge d'or mérinide et le Maroc contemporain, la preuve tangible qu'un pays qui restaure ses écoles ancestrales prépare aussi, à sa manière, l'avenir de sa jeunesse.

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