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NUCLÉAIRE MONDIAL, NUCLÉAIRE CIVIL, OÙ EN EST LE MAROC DANS UN MONDE À 13 100 TÊTES NUCLÉAIRES ?

NUCLÉAIRE MONDIAL, NUCLÉAIRE CIVIL, OÙ EN EST LE MAROC DANS UN MONDE À 13 100 TÊTES NUCLÉAIRES ?

Il existe dans le monde environ 13 100 armes nucléaires, réparties entre neuf États qui détiennent collectivement la capacité de détruire plusieurs fois la civilisation humaine. Dans ce paysage stratégique dominé par la menace et la dissuasion, le Maroc a fait des choix clairs : zéro arme nucléaire, engagement international pour la non-prolifération, et simultanément, la construction patiente d'une expertise nucléaire civile validée par l'Agence internationale de l'énergie atomique. Comprendre où en est le Maroc dans ce domaine, c'est comprendre la vision stratégique d'un Royaume qui ne joue pas sur le registre de la peur mais sur celui de la compétence.


Pour mesurer la place du Maroc dans le débat nucléaire mondial, il faut d'abord poser le décor global avec précision. Selon la Nuclear Threat Initiative (NTI) et la Fédération des scientifiques américains, les neuf États détenteurs d'armes nucléaires se répartissent un arsenal d'environ 13 100 ogives, dont la grande majorité appartient à deux puissances historiques. La Russie, avec environ 5 977 ogives dont une partie déployée et une large portion en réserve, détient le premier arsenal mondial. Les États-Unis, avec environ 5 428 ogives, constituent le deuxième, étant par ailleurs les seuls à avoir utilisé l'arme nucléaire en combat, à Hiroshima le 6 août 1945 et Nagasaki le 9 août 1945. La France, avec 290 ogives, est la troisième puissance nucléaire occidentale et la première en Europe, sa dissuasion ayant acquis depuis les années 2020 une dimension européenne assumée par Paris. Le Royaume-Uni dispose d'environ 225 ogives. La Chine, qui a testé sa première bombe atomique en 1964 et une thermonucléaire en 1967, déclarait officiellement 290 ogives en 2021, mais sa modernisation accélérée et ses déclarations publiques indiquent une trajectoire de croissance significative. L'Inde et le Pakistan, rivaux régionaux dont les tensions ont plusieurs fois failli dégénérer en conflit, possèdent respectivement environ 160 et 165 ogives. Israël, qui pratique une politique officielle d'ambiguïté nucléaire depuis les années 1960 et ne confirme ni ne nie la possession de l'arme, est crédité par les experts d'un arsenal d'environ 90 ogives. La Corée du Nord, enfin, a effectué six essais nucléaires depuis 2006 et est considérée par l'AIEA comme capable de produire jusqu'à douze ogives par an depuis la reprise de ses activités nucléaires en 2021.



Le cadre juridique international qui régit ce paysage repose sur le Traité sur la Non-Prolifération des armes nucléaires (TNP), entré en vigueur en 1970, qui distingue les États dotés d'armes nucléaires des États non dotés et leur impose des obligations différenciées. Ce traité est l'instrument central de la non-prolifération, malgré ses insuffisances : trois des neuf pays nucléaires actuels (Inde, Pakistan, Corée du Nord) ne le respectent pas ou ne l'ont jamais signé, et Israël maintient son ambiguïté stratégique sans participation au régime de vérification. L'Iran, pour sa part, bien que signataire du TNP, développe un programme d'enrichissement d'uranium qui inquiète les capitales occidentales et israéliennes depuis deux décennies.


C'est dans ce contexte géopolitique que la position marocaine prend toute sa signification. Le Maroc est membre de l'AIEA depuis la fin des années 1950, signataire du TNP, et a ratifié le Traité de Pelindaba, qui institue l'Afrique en zone exempte d'armes nucléaires, accord adopté au Caire le 11 avril 1996. En 2021, le Maroc a présidé les travaux de la 1ère Commission de la 76ème session de l'Assemblée Générale des Nations Unies, la commission en charge du désarmement et de la sécurité internationale. Comme l'a exprimé le représentant marocain lors des débats onusiens, le Royaume reste "convaincu que la création de zones exemptes d'armes nucléaires contribue à la paix et à la sécurité tant au niveau régional qu'international" et "engagé dans les efforts régionaux et internationaux en matière de désarmement et de non-prolifération." Ce positionnement n'est pas de la rhétorique diplomatique mais il reflète une doctrine cohérente sur plusieurs décennies.



Mais réduire le Maroc à un simple consommateur passif des règles de la non-prolifération serait ignorer l'autre volet de sa stratégie, celui du nucléaire civil. L'intérêt marocain pour les applications civiles de l'énergie nucléaire remonte aux premières études de faisabilité menées dans les années 1980, au lendemain du premier choc pétrolier. Ces études avaient conclu à la pertinence de l'option nucléaire pour un pays importateur d'énergie fossile, mais les contraintes économiques de l'époque avaient retardé le projet. Il faut attendre 2003 pour que le Maroc se dote d'une infrastructure nucléaire civile réelle avec la création du Centre National de l'Énergie, des Sciences et des Techniques Nucléaires (CNESTEN), situé dans la forêt de Maâmora, à 35 kilomètres de Rabat. Ce centre abrite, depuis 2007, un réacteur de recherche de type TRIGA Mark II, d'une puissance de 2 mégawatts, fourni par l'américain General Atomics. Ce réacteur n'est pas un instrument de production d'électricité. C'est une plateforme scientifique qui forme les ingénieurs et chercheurs marocains aux techniques nucléaires, produit des radio-isotopes à usage médical et conduit des recherches dans les domaines de l'agriculture, de l'industrie et de l'hydrologie. C'est, en d'autres termes, l'école de la compétence nucléaire marocaine.


Le tournant décisif intervient en octobre 2015, quand une mission de l'AIEA conduite par Dohee Hahn, directeur de la Division de l'énergie nucléaire de l'Agence, se rend au Maroc pendant huit jours pour évaluer la capacité du Royaume à développer des centrales électronucléaires et à dessaler l'eau de mer par la voie nucléaire. Le 29 février 2016, le rapport final est remis au ministre marocain de l'Énergie, Abdelkader Amara. La conclusion est sans ambiguïté : le Maroc dispose des ressources humaines, des compétences techniques, du cadre législatif et des capacités institutionnelles pour se lancer dans le nucléaire civil. L'AIEA exprime sa "satisfaction quant aux avancées législatives et institutionnelles du Maroc dans le domaine du nucléaire." C'est la validation internationale d'un processus de montée en compétence conduit patiemment depuis vingt ans.



Cette validation ouvre la voie à une coopération internationale active. Depuis 2017, le Maroc entretient une relation de coopération nucléaire civile avec la Russie, à travers Rosatom, l'agence fédérale russe de l'énergie atomique. Un protocole initial a été signé en 2017 et ratifié par Moscou en octobre 2022. Lors du Forum Russie-Afrique de juillet 2023 à Saint-Pétersbourg, Rusatom Smart Utilities, filiale de Rosatom, et l'entreprise marocaine Water and Energy Solutions ont signé un protocole d'accord portant sur l'application du nucléaire au dessalement de l'eau de mer, sujet stratégique majeur pour un Maroc confronté au stress hydrique. En janvier 2024, à Vienne, le Maroc a signé avec l'AIEA un nouvel accord de coopération sur cinq ans articulé autour du développement du nucléaire civil et des techniques non destructives. La vision stratégique du CNESTEN à l'horizon 2030, publiée par le Ministère de l'Énergie, confirme que l'électronucléaire est désormais considéré comme "un enjeu stratégique national." Pour Rajaâa Cherkaoui El Moursli, experte marocaine en physique nucléaire interrogée par Médias24, la conclusion est nette : "Le Maroc n'a jamais abandonné l'option nucléaire."


L'intérêt marocain pour le nucléaire civil s'inscrit dans une logique de transition énergétique globale. Dans le mix électrique adopté en 2009, le gouvernement réservait déjà 10% à "d'autres sources d'énergie", ce qui incluait implicitement l'option nucléaire. L'objectif de 52% d'énergies renouvelables dans le mix électrique d'ici 2030, porté par des projets solaires comme Noor à Ouarzazate et des parcs éoliens comme Tarfaya, est le premier volet d'une transition que le nucléaire civil devrait compléter au-delà de 2030. Le nucléaire, qui ne produit pas d'émissions de CO2 en exploitation, est en effet classifié comme énergie propre dans le cadre marocain. Pour un pays qui importe encore une part importante de son énergie fossile et qui vise la souveraineté énergétique, la perspective d'une ou plusieurs centrales électronucléaires représente une réduction structurelle de la dépendance extérieure et une source d'électricité décarbonée, stable et prévisible.


La position marocaine dans le débat nucléaire mondial dit quelque chose de précis sur la vision stratégique du Royaume. Face aux neuf puissances nucléaires militaires dont certaines sont dans son voisinage immédiat ou élargi, le Maroc a choisi la voie de la responsabilité, de la transparence et de la compétence progressive. Zéro ogive, zéro ambiguïté, zéro course aux armements. Mais simultanément, une expertise civile construite sur vingt ans, validée par l'AIEA, soutenue par des partenariats avec les grandes puissances nucléaires civiles mondiales, et orientée vers des applications concrètes : énergie électrique propre, dessalement de l'eau, applications médicales et agricoles. Dans un monde qui compte 13 100 têtes nucléaires et dont le désarmement semble s'éloigner, la voie marocaine est celle d'un pays qui refuse l'intimidation sans pour autant renoncer à la maîtrise du savoir.



2 commentaires


Youssef.B
Youssef.B
il y a 2 heures

Une analyse factuelle et rigoureuse de la part de Maroc Patriotique, qui livre une lecture objective de la position marocaine sur l'échiquier nucléaire.


L'intérêt de cet article réside dans sa précision chirurgicale : l'auteur évite l'écueil de la spéculation géopolitique pour s'en tenir aux chiffres et aux traités. Le contraste établi entre le volume des arsenaux militaires mondiaux et la doctrine strictement civile du Maroc permet de bien saisir la spécificité de la position du Royaume.


L'article documente avec clarté la transition d'une diplomatie de non-prolifération vers une stratégie de développement technique actif, validée par l'AIEA. En rappelant les étapes clés — des recherches des années 1980 au réacteur de la Maâmora, jusqu'aux récents protocoles sur le dessalement —, le…


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Nadia
il y a 3 heures

Le Maroc fait le choix de la science plutôt que de l’armement une vision responsable et ambitieuse du nucléaire civil

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