AMANE ET MADAR, LA DGSN DÉPLOIE DES VÉHICULES DE PATROUILLE À INTELLIGENCE ARTIFICIELLE CONÇUS 100% AU MAROC
- Brahim Al Maghribi

- il y a 1 jour
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La Direction Générale de la Sûreté Nationale vient de franchir un cap technologique significatif. Depuis juillet 2026, deux véhicules de patrouille d'un genre entièrement nouveau circulent dans les rues de Rabat, Casablanca et Tanger : Amane et Madar, des plateformes mobiles de sécurité intégrant intelligence artificielle embarquée, reconnaissance faciale en temps réel, lecture automatique des plaques d'immatriculation et vision panoramique à 360 degrés. Ce qui les distingue autant que leur technologie, c'est leur origine : ces systèmes ont été conçus, développés et réalisés entièrement par les équipes techniques et d'ingénierie internes de la DGSN. Le Maroc ne les a pas achetés. Il les a fabriqués.
La mise en service d'Amane et Madar s'inscrit dans la stratégie globale de modernisation de la DGSN, pilotée depuis plusieurs années autour de l'intégration des technologies avancées dans les missions de sécurité publique. Leur déploiement a débuté à Rabat dans les premiers jours de juillet 2026, s'est étendu à Casablanca le 25 juillet, et doit se poursuivre progressivement à Tanger avant une généralisation aux principales préfectures de sécurité du Royaume. Cette séquence n'est pas anodine : elle accompagne la préparation du Maroc aux grands rendez-vous internationaux que sont la Coupe du monde 2030 et ses impératifs sécuritaires, une échéance que les forces de sécurité marocaines anticipent et préparent méthodiquement depuis plusieurs années.
Redouane Attinaoui, chef de la Sûreté urbaine du district d'Anfa à Casablanca, a résumé la logique de ce déploiement lors de la mise en service casablancaise : "Les deux véhicules embarquent des caméras de très haute précision, de nouvelle génération, chargées de détecter les anomalies dans l'espace public et de les transmettre aux équipes de sécurité. Elles ciblent notamment les véhicules et les personnes recherchés." Ces véhicules sont des plateformes analytiques autonomes capables de transformer un trajet de patrouille ordinaire en opération de renseignement opérationnel permanent.
Amane, développé en totalité par les ingénieurs et techniciens de la DGSN, représente la seconde version d'un système amorcé lors d'une génération précédente. Commissaire de police principale au sein de la DGSN, Loubna El Gamous en a détaillé l'architecture : "Cette année, nous avons lancé la deuxième version d'Amane. Il s'agit d'un véhicule de patrouille intelligent équipé de plusieurs caméras et d'un système de vision grand angle. Il analyse les données en temps réel et reconnaît également, de manière automatique, les plaques d'immatriculation avec une précision allant jusqu'à 95%." La commissaire El Gamous a précisé qu'Amane "identifie aussi les personnes recherchées par reconnaissance faciale et envoie des alertes immédiates aux équipes de sécurité dès qu'une situation nécessite une intervention."
Sur le plan technique, l'architecture d'Amane est celle d'un système de surveillance autonome complet. Le véhicule embarque 11 caméras personnalisées avec zoom optique, réparties comme suit : 4 caméras de coin de toit, 2 caméras latérales de toit, 2 caméras centrales de toit, une caméra panoramique effectuant une rotation complète en trois secondes avec un zoom atteignant 40 mètres de portée, 3 caméras LAPI (Lecture Automatique des Plaques d'Immatriculation) dédiées à la reconnaissance des plaques marocaines avec une précision de 90% en conditions standard portée à 95% en conditions opérationnelles, et une caméra intérieure assurant la reconnaissance faciale du conducteur et de l'assistant pour sécuriser l'accès au véhicule lui-même. Le cœur analytique est un mode patrouille par intelligence artificielle reposant sur une analyse comportementale en temps réel, une détection des intrusions et des anomalies fondée sur le machine learning, et un serveur d'analyse embarqué doté de capacités CPU et GPU dédiées. L'interface web intelligente, baptisée Smart.VIEWER, affiche simultanément les 8 flux caméras actifs et les alertes IA correspondantes. Un terminal de pointage permet aux agents de communiquer via le réseau interne et d'interroger directement la base de données centrale de la DGSN pour vérifier l'identité d'un individu ou d'un véhicule en quelques secondes. Chaque alerte générée, qu'il s'agisse d'une plaque signalée, d'un visage identifié ou d'une anomalie comportementale, est accompagnée d'une géolocalisation précise transmise aux unités de coordination. L'autonomie énergétique d'Amane atteint 16 heures de fonctionnement continu sans rechargement.
La conception physique d'Amane reflète l'intégration complète des contraintes opérationnelles. Le bloc caméras est intégré au toit par impression 3D en ABS, matériau léger et résistant aux chocs. Le pare-chocs, importé du Portugal, intègre deux caméras latérales supplémentaires pour une couverture angulaire maximale. Le compartiment arrière a été entièrement réaménagé pour accueillir l'armoire technique, qui regroupe les modules de traitement IA, de communication, d'alimentation et de gestion des équipements embarqués. Amane est conçu pour quatre catégories de déploiement : la patrouille urbaine ordinaire, la sécurité de proximité, la surveillance des événements et la gestion des foules, la gestion intelligente des villes dans le cadre des programmes "smart city", et la protection des infrastructures critiques.
Madar adopte une approche différente mais complémentaire. Là où Amane est un véhicule entièrement repensé de zéro, Madar est une plateforme de transformation : il convertit un véhicule de série standard en unité de sécurité de haute technologie, ce qui offre une flexibilité de déploiement considérable pour équiper rapidement un parc véhicules existant. Le gyrophare de Madar est intégralement conçu et imprimé en 3D. Il embarque des caméras haute résolution capables de capturer des mouvements rapides sans déformation, avec une couverture simultanée allant jusqu'à 6 voies de circulation. Trois caméras sont intégrées sur chaque section du gyrophare, associées à une caméra 360 degrés centrale assurant une couverture sans angle mort. Ces caméras assurent les mêmes fonctions LAPI et de reconnaissance faciale qu'Amane. La caméra panoramique effectue sa rotation complète en moins de trois secondes. Le système de signalisation lumineuse de Madar repose sur des stroboscopes intégrés derrière la lunette arrière pour une signalisation haute intensité lors des interventions, et des stroboscopes supplémentaires dans le pare-chocs pour renforcer la visibilité sur le terrain. Madar bénéficie de la même plateforme algorithmique qu'Amane, avec reconnaissance faciale en temps réel, lecture automatique des plaques, système d'alertes géolocalisées et accès direct à la base centrale via le terminal de pointage embarqué, l'ensemble piloté depuis l'application Smart.VIEWER.
La commissaire El Gamous a résumé l'objectif commun des deux systèmes : "Ces systèmes ne font pas que surveiller, ils peuvent reconnaître en temps réel les visages des personnes recherchées, ainsi que les plaques d'immatriculation des voitures volées ou suspectées." Cette capacité repose sur des algorithmes d'intelligence artificielle combinant vision par ordinateur, reconnaissance biométrique et analyse des scènes en temps réel. L'officier de police Abderrazak Safsafi, chef par intérim du Poste central de commandement et de coordination de la Préfecture de police de Casablanca, a souligné lors de la mise en service que ces véhicules, issus d'un projet "100% marocain", "permettent aux forces de sécurité d'accélérer les interventions et de renforcer la protection des personnes et des biens."
Cette dimension nationale de la réalisation mérite d'être soulignée. Dans un secteur, la sécurité technologique, où les pays africains sont généralement importateurs de systèmes conçus en Israël, aux États-Unis, en Chine ou en Europe, le Maroc a choisi une trajectoire différente : développer en interne, par ses propres équipes d'ingénieurs et de techniciens formés dans le pays, des solutions adaptées à ses spécificités (plaques d'immatriculation marocaines, caractéristiques du réseau urbain national, base de données de la DGSN). Cette démarche de souveraineté technologique dans le domaine de la sécurité publique produit des systèmes mieux calibrés que des solutions importées standardisées, et construit durablement une expertise locale dont les prochaines versions profiteront directement. Le passage à une deuxième version d'Amane, mentionné par la commissaire El Gamous, confirme le cycle continu d'amélioration itérative et la marque des programmes technologiques qui durent.






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